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04 mai 2010

Le meilleur moyen de se suicider

Si vous cherchez le meilleur moyen de vous tuer (ce qui est probable si vous avez trouvé cet article par un moteur de recherche) vous allez peut-être être déçu, mais lisez quand même, car si vous ne découvrez pas de recette inédite, vous découvrirez tout de même quelque chose qui vous aidera dans votre choix d'un moyen en lisant cet article.

Si vous voulez mourir, c'est que vous voulez mettre un terme à une situation insupportable - n'est-ce pas ?

Et un moyen ne peut pas être en contradiction avec la fin que l'on poursuit. Par exemple, si votre but était de faire le bonheur de l'humanité, vous ne pourriez pas l'atteindre en condamnant la moitié de l'humanité à d'atroces tortures. En effet ce moyen vous éloignerait de votre but.

De même, quand on veut escalader l'Himalaya, on ne s'entraîne pas en faisant de la plongée sous-marine... car ce "moyen" n'en est pas un, compte tenu du but que l'on s'est fixé.

Dans le suicide, ce n'est pas la mort que vous cherchez. Enfin, c'est l'hypothèse que je me permets de faire. Ce que vous cherchez, c'est plutôt... la fin d'une situation insupportable. Un changement pour le mieux. Un apaisement. Bref : un mieux.

Mais comment savoir si vous avez choisi le bon moyen pour la fin que vous vous proposez ?

Si vous connaissez un suicidé qui, ressuscité, vous a formellement garanti que son suicide lui a apporté la paix, alors oui, vous êtes sûr d'avoir choisi le bon moyen.

Mais connaissez-vous un tel personnage ?

Si un ami à vous, qui s'est tué, est venu vous rendre visite dans un rêve pour vous assurer de cela, méfiez-vous. Ce n'est peut-être pas votre ami. C'est peut-être un ennemi qui a pris la forme de votre ami.

Avant, donc, de vous préoccuper de trouver le meilleur moyen de vous tuer, vous devriez peut-être vous demander si vous tuer est meilleur moyen d'obtenir ce que vous cherchez, d'atteindre votre objectif.

Que la souffrance ne vous brouille pas les idées... Qu'elle ne vous conduise pas à prendre une décision hâtive... C'est précisément dans ces moments-là - dans les moments où l'on souffre intensément - qu'on a le plus besoin de sa tête, de toute sa tête.

On en a besoin pour prendre une bonne décision...

...Ou pour s'abstenir d'en prendre une très mauvaise.

Si, donc, vous êtes d'accord avec moi pour dire que ce que vous cherchez, c'est la paix, ou du moins un changement de situation qui soit une amélioration, même minime, peut-être qu'il y a des moyens plus sûrs, moins paradoxaux, que vous tuer.

L'après-mort où vous débarqueriez en cas de suicide serait inauguré par un acte de violence et de désespoir : est-ce vraiment la meilleure façon de commencer son existence dans l'au-delà ?...

Et si vous ne croyez pas du tout à l'au-delà, avez-vous la preuve écrite, la garantie, qu'effectivement il n'y a rien après ?

Supposons deux minutes, juste deux minutes, qu'après le suicide la personne suicidée se retrouve non pas dans un autre monde merveilleux ou dans un paisible néant, mais en un lieu où elle revit ses derniers instants.

Si elle s'est pendue... elle étouffe, asphyxiée, encore et encore.
Quel que soit le moyen qu'elle a choisi, elle revit son agonie en détails, encore et encore.

Supposition gratuite, malsaine ?

Dans la mythologie gréco-romaine-romaine, les enfers sont un tel lieu : ceux qui y sont revivent encore et encore le même supplice. Je ne crois pas à la mythologie gréco-romaine, et vous non plus, mais parfois les vieux mythes comportent la trace d'un très ancien savoir.

Et si le meilleur moyen de se suicider n'évitait pas la souffrance ?

Et si toute mort était douloureuse ?

Et si, en cas de suicide, ce qu'il y a après était pire que ce qu'il y avant ?

La seule bonne mort, c'est peut-être celle qu'on n'a pas choisie...
Après tout, question choix, la vie en est riche. Et si votre but est la paix, il y a réellement des moyens plus efficaces, plus sûrs que la mort.

Quel moyen, me direz-vous peut-être ?

C'est un vaste sujet... Et peut-être que pour l'aborder, il faut déjà avoir fait un bon choix - celui de la vie. De la même manière que pour entrer dans telle grande école, il faut avoir réussi certains examens, pour trouver la paix du cœur et de l'esprit, il faut peut-être commencer par opter sincèrement pour la vie.

Au final, j'aimerais que vous ayez pitié de vous. Vous méritez mieux que ce que vous voulez vous infliger. Et vos véritables objectifs (ceux auxquels vous avez renoncé depuis trop longtemps, ceux qui vous tiennent à cœur, ceux que vous avez oubliés) vous pouvez les atteindre. Vous pouvez réaliser vos rêves ici, sur cette terre. Vous n'avez pas besoin de la quitter pour trouver une place, votre place. Vous pouvez exister pleinement, vous pouvez devenir vous-même... et vivre. C'est même la seule manière, le seul moyen.

De même que la viande la moins grasse est plus grasse que le poisson le plus gras, le meilleur moyen de vous suicider est bien inférieur au pire moyen de vous construire, de réaliser vos rêves, de devenir pleinement vous-mêmes, dans votre individualité unique.

Vous avez peut-être été piétiné par la vie... par les autres... par vous-mêmes... Mais tout est encore possible. Comme dit un proverbe, tant qu'elle n'est pas coupée, la tête peut espérer porter un chapeau ! Et vous, vous pouvez briser la glace qui vous sépare des autres et de vous-mêmes, vous pouvez sentir la vie qui vous caresse tendrement, sentir la brise et la lumière du soleil. Vous pouvez vivre.

01 mai 2010

Pourquoi a-t-on envie de mourir ?

Le cerveau est un organe conçu pour poursuivre des buts.
Quand nous ne sommes pas en train d'avancer vers un but, nous sommes mal.

L'une des principales raisons pour lesquelles on souhaite mourir, c'est qu'on a renoncé aux buts qui sont les plus précieux à nos yeux - ou peut-être qu'on ne les a jamais distingués clairement.
Ne percevant pas d'objectif valable, nous manquons de la motivation pour avancer.
Et sans cette motivation, la vie n'a pas de sens.

De nos jours, l'idée complètement fausse circule que lorsqu'on a de quoi manger tous les jours et un boulot rémunéré, on a tout ce dont a besoin.

En réalité, ce dont on a le plus besoin, c'est d'un but.
Pas un qui nous soit imposé de l'extérieur, non.
Un qui surgit, qui monte du centre même de notre âme, un qui nous tient littéralement au cœur.

Si vous n'avez pas de but... ou plutôt si vous croyez ne pas en avoir... il faut découvrir le vôtre. C'est quelque chose de très intime, de très personnel - quelque chose qui vous excite, qui vous fait vibrer. Qui vous fait peur aussi, peut-être... c'est pour ça que vous y avez renoncé.

Mais cette peur-là nous rend vivant, elle nous sensibilise à la lumière, à l'air, à la beauté et à la fragilité de l'existence. Essayer, trébucher, se relever... et apprendre, le cœur battant, c'est vivre.

Pleurez un bon coup, mettez-vous à l'écoute de votre cœur, prenez en compte ce qu'il vous dit, et mettez-vous au boulot - changez vos rêves en objectifs. Changez vos rêves en projets. Faites atterrir vos rêveries sur la piste d'atterrissage de la réalité. Vous pouvez obtenir ce que vous désirez. Vous en avez les moyens - même si vous n'en avez pas conscience.

Toutes les limites, toutes les impossibilités auxquelles vous vous heurtez sont dans votre tête - pas ailleurs. Vous pouvez très bien franchir tous les obstacles, traverser toutes ces rivières, car ces obstacles et ces rivières sont uniquement dans votre tête.

Ce n'est pas la réalité qui dit "non, impossible", c'est vous - et de la même façon que vous avez le pouvoir de dire "non", vous avez le pouvoir de dire "oui".
De la même façon que vous avez le pouvoir de dire "je ne peux pas", vous avez le pouvoir de dire "je peux".
De la même façon que voua avez le pouvoir de vous détruire, de vous tuer, vous avez le pouvoir de vous construire, de renaître pour le succès.

27 avril 2010

Chagrin d'amour et suicide

Il n'y a pas de bonne raison de se tuer - il n'y a que des prétextes de se tuer.

Mais parmi tous les prétextes, celui qui ressemble le plus à une bonne raison, c'est probablement le chagrin d'amour. être quitté par l'être qu'on aime le plus au monde... l'être auquel on a confié son coeur, auquel on s'est entièrement ouvert... c'est franchement horrible.

Ceux qui prétendent qu' "un(e) de perdu, dix de retrouvés" ne savent pas ce qu'ils racontent.

L'amour nous touche dans ce que nous avons de plus intime, de plus personnel. Perdre l'être qu'on aime, c'est le pire.

Si vous êtes dans ce cas - si vous souffrez d'un grand chagrin d'amour et que du coup, vous pensez au suicide - je vous demande tout de même d'y réfléchir encore.

Vous avez l'impression que vous avez perdu l'homme ou la femme de votre vie ?
Que vous ne pourrez jamais aimé et être aimé comme vous l'avez aimé, comme il ou elle vous a aimé ?

Vous pensez que si ce n'est pas lui ou elle... autant mourir ?

Réfléchissez encore. Vous n'avez pas fait le tour de la question.

Qui sait si ce grand amour qui vous déchire n'est pas, en réalité, le pâle brouillon, voire le négatif, d'un amour beaucoup plus grand et beaucoup plus beau qui vous attend ?...

J'ai été consumé pendant quatre ans par une passion dévorante pour un homme que je considérais comme l'homme de ma vie en même temps que l'homme de mes rêves. Il était seulement l'homme de mes rêves, et mes rêves n'étaient pas fameux.

Aujourd'hui, je lui suis très reconnaissante de ne pas avoir voulu de moi...

En me repoussant, il m'a brisé le cœur, c'est vrai. Mais le grand chagrin, la grande souffrance qui m'a mis par terre ont été le point de départ d'une nouvelle vie. La souffrance a du bon : elle est la matière première d'un changement radical.

Si vous n'êtes pas, ou si vous n'êtes plus, avec "l'homme de votre vie", c'est peut-être que ce n'est pas l'homme de votre vie.

Votre vie est faite de vos jours, elle n'est pas faite de vos rêves.

Si vous vous tuez aujourd'hui, vous ne saurez jamais s'il n'y a pas, quelque part, votre âme-sœur qui vous attend et vous espère.

Après mon pseudo grand amour, après mon terrible chagrin, j'ai rencontré l'homme de ma vie... le vrai.

Votre chagrin d'amour actuel sonne le glas non de votre existence, mais d'un chapitre de votre existence. Il met un terme non à votre être, mais à une partie de votre être. Et qui sait si cette part est la meilleure, ou la pire ?...

Vous n'avez pas besoin de mourir. Faites seulement le deuil de vos illusions, de l'avenir que vous aviez imaginé. La vie, c'est ce qui arrive lorsqu'on avait prévu autre chose.

Peut-être que le véritable amour, celui qui est tendresse, confiance, partage, celui qui nourrit l'âme et le corps, vous est encore inconnu...

Peut-être que ce que vous avez perdu est d'une qualité bien inférieure à ce qui vous attend.

Peut-être que le grand amour réel est situé quelque part dans votre futur.

Peut-être que votre cœur brisé va se réparer lui-même, comme un tissu qui cicatrise ou un os qui se ressoude. Peut-être que la graine de l'amour, du plus bel amour, est déjà là, dans votre cœur. Peut-être qu'elle germe déjà invisiblement. Peut-être que la graine de l'amour, du plus bel amour, est déjà dans le cœur de cet inconnu(e) qui vous espère - votre allié(e), votre meilleur(e) ami(e), votre âme-sœur.

Et quand vous l'aurez rencontré(e), quand vous serez en couple avec lui ou elle, vous repenserez à votre chagrin de naguère, c'est-à-dire à votre chagrin d'aujourd'hui, vous aurez pitié de vous-même, et vous serez reconnaissant(e).

30 septembre 2009

Le suicide : la pensée et l'acte

Même si l’un s’inscrit dans le prolongement de l’autre, la pensée du suicide et l’acte du suicide ne sont pas à ranger dans le même panier ; il faut faire une différence – une différence morale - entre les deux.
Le suicide est un acte volontaire ; la tentation est une pensée involontaire. Il y a autant de différence entre eux qu’il y en a entre le coup de couteau mortel dont un assassin frappe sa victime et une agressivité refoulée qui ne fait de mal à personne, si ce n’est à celui qui la ressent et la combat en lui-même... Le suicide est un meurtre et une défaite, mais penser au suicide, être tenté par lui, n’en est pas vraiment une (même si, bien sûr, c’est le signe d’un très grand mal-être).
Beaucoup d’hommes et de femmes de grande valeur ont pensé au suicide. Des personnalités exceptionnelles, extraordinaires, ont été tenté, parfois même obsédé, par le suicide. Mais lorsqu’elles avaient de la noblesse, du courage et du dévouement, elles n’ont pas cédé à cette tentation. Elles ont lutté et triomphé de cette pensée. Elles ont vécu jusqu’au bout, passant par tous les hauts et les bas que leur réservait l’existence ; elles ont joué leur rôle sans se défiler, elles ont apporté leur contribution à l’humanité, elles ont vécu pour les autres autant que pour elles. Elles ont surmonté l’égoïsme comme elles ont surmonté le désespoir ; elles ont goûté à la coupe amère plus souvent qu’à leur tour, mais elles ont tenu. Les hommes et les femmes qui ont la volonté irrévocable d’apporter une contribution positive à l’humanité n’imitent pas Néron et Hitler.
Et si vous m’objectez Hemingway ou Montherlant, je vous répondrai qu’ils n’ont jamais aidé personne à se construire. Ils avaient de la profondeur, mais ne donnaient pas de lumière. Vous avez à m’opposer un autre génie tourmenté que vous aimez tout particulièrement et qui a mis fin à ses jours ?... Cela ne prouve qu’une chose : que lorsqu’on est déprimé, les guides auxquels on fait confiance sont rarement qualifiés.
Même en cherchant bien, vous ne trouverez parmi les suicidés célèbres aucune personnalité-phare. Les personnalités lumineuses qui ont guidé les autres vers plus de force et de bonheur sont mortes comme elles ont vécu : en faisant preuve de patience devant les épreuves et d’un sens aigu de leurs responsabilités. Les grands sont intègres et leurs vies sont complètes.

24 avril 2009

Le suicide, poétique ?

Stylé, émouvant, poétique, ténébreux, romantique, élégamment gothique… le suicide se lève lorsque le soleil se couche, tel un vampire élégant - peut-être Lestat.

Tout le monde n’est pas sensible à son charme, mais lorsqu’on va vraiment très mal il est rare qu’on ne lui trouve pas un petit quelque chose, un certain je-ne-sais-quoi d’attirant. En effet d’innombrables films, chansons et livres l’ont enjolivé, vernissé d’art.

Virginia Woolf ne noie sur la belle musique de Philip Glass dans The Hours ; Jacques, le héros du Grand Bleu, plonge rejoindre les dauphins pour voir ce qui se passe lorsqu’on n’a plus d’air ; la jolie chanteuse du groupe Evanescence se jette en nuisette du haut d’un immeuble, et chante sans perdre son sang froid entre le quinzième étage et le sol, qu’elle n’atteint jamais ; dans Histoires de pouvoir, Carlos Castaneda saute du haut d’un précipice parce que c’est tellement toltèque (dans le tome suivant il ne se souvient de rien mais n’a apparemment rien de cassé)… Bref : le suicide est glamour, sexy, poétique, aventureux, spirituel, transcendantal, ésotérique. Et on n’en meurt pas. Enfin si, on en meurt, mais dans une ellipse narrative, en dehors du cadre, de l’histoire, loin des regards fascinés qui s’attardent sur l’envol[1]… quelle belle antiphrase pour chute.

Et dans la réalité, ça ressemble à quoi, un suicide ?

Ça ressemble à du sang, du vomi, un corps inerte qui pendouille au bout d’une corde, des intestins qui se vident, une langue qui sort. Ça ressemble à un traumatisme tellement atroce qu’il salit tous les souvenirs associés à celui ou celle qui est mort ainsi, cachet d’horreur, empreinte ineffaçable. Ça ressemble au plus ignoble et sordide héritage qu’on puisse laisser à une famille ou à des amis. Ça ressemble à une malédiction ; ça ressemble à de nouveaux suicides tout aussi atroces, conséquences du premier.


[1] L'Envol de Sarah : Ma fille : sa vie, son suicide est un livre d’Agnès Favre.

17 mars 2009

Vivre imparfait, ou mourir ?

Cette alternative demande à être examinée de près... car aucune de ses issues n'est satisfaisante. Lorsqu'on vous demande de choisir entre Charybde et Scylla, dites-vous bien qu'il y a un troisième choix (infiniment plus constructif) qu'on ne vous a pas présenté.

"Mourir" est clair - c'est ici un euphémisme pour se suicider.

Mais "vivre imparfait" est beaucoup plus opaque.
Que signifie "imparfait" ?
On peut diviser ce mot en deux, car au fond, il ne correspond pas à une notion mais bien à deux.

Il y a d'une part l'imperfection inhérente à la condition humaine. Aucun être humain n'est Dieu - ça fait partie de son programme de ne pas l'être. Cette imperfection-là n'est pas négociable ; il est aussi absurde de la refuser que de refuser d'être né (ce qui n'empêche pas ce refus-là d'être fréquent...)

Et venons-en à la deuxième imperfection. Celle-ci n'est pas inhérente à la condition humaine ; elle est inhérente à un individu particulier à un point donné de son parcours. J'ai tel ou tel défaut bien précis, bien particulier : c'est ça, mon imperfection à moi.

Par exemple, je parle trop et je n'écoute pas assez (c'est un exemple d'imperfection).

Cette imperfection-là, personne ne nous force à la garder : si nous voulons nous en débarrasser, nous le pouvons. ça dépend entièrement de nous. Pour nous améliorer - pour nous débarrasser d'un de nos défauts - nous devons seulement :
- identifier la faille ;
- décider d'y remédier ;
- prendre les mesures qui s'imposent, sans se lasser ni se décourager, jusqu'au succès.

Procédure extrêmement simple (ce qui ne veut pas dire facile) qui est ouverte à n'importe qui.

Mais bizarrement, rares sont ceux qui cherchent à franchir cette porte...

Alors que ceux qui refusent l'imperfection du premier type - celle à laquelle on ne peut rien changer - sont excessivement nombreux.

Quand on se focalise sur ce qui ne sera jamais, on perd de vue ce qui peut être. Autrement dit, lorsqu'on veut décrocher la lune (ce qui est impossible), on oublie d'escalader la montagne (ce qui est possible).
Il est vrai que rêver de décrocher la lune ne demande aucun effort ou remise en question, et ne fait pas suer. Alors qu'escalader la montagne est fatiguant, essoufflant, et donne mal aux mollets.

La meilleure façon d'accepter son imperfection humaine, c'est de s'améliorer. Mais qui est prêt à cet effort-là ?...

05 janvier 2009

Se suicider = les suicider

En se suicidant on encourage involontairement mais très réellement ceux qui nous aiment à se suicider aussi.

ça a déjà été dit et prouvé plusieurs fois (cf. les autres posts de ce blog sur le suicide), en voici une nouvelle preuve...

L'auteur du "Diable Intérieur" a tenté 1 fois de se suicider.

Or... sa mère, atteinte par un cancer incurable, s'est suicidée. Son mari et ses fils - dont l'auteur du "Diable Intérieur" - l'y ont aidé.

Elle a demandé à son fils, en mourant, de continuer à vivre une vie pleine et heureuse... comme si se tuer, qui plus est avec son aide, en était le moyen !

"C'était comme si, en projetant de prendre les pilules restantes, nous étions en quelque sorte reliés à ma mère, comme si nous pouvions la rejoindre en mourant de la même mort qu'elle. Je compris alors le sens des épidémies de suicides. Notre unique réconfort devant la perte de ma mère était d'envisager pour notre compte personnel une répétition de son départ."

Ce père et ce fils qui cherchent tous deux à récupérer les cachets restants - moyens du suicide de la mère - pour les avoir "au cas où" - au cas où ils voudraient eux aussi mettre fin à leurs jours...

Ce n'est pas ce qu'elle souhaitait.

Mais c'est ce qu'elle a semé, et ce qui a poussé : même avec la meilleure bonne volonté du monde, lorsqu'on se suicide, on pousse ceux qui nous aiment à en faire autant.

26 novembre 2008

Les antidépresseurs en perspective

Si on garde le nez collé sur la boite, on ne peut pas comprendre ce que sont réellement ces petits cachets aux propriétés étonnantes, un peu inquiétantes.

Pour découvrir de quoi il s'agit, il faut les replacer dans leur contexte. Prendre du recul. Faire un zoom arrière pour voir le tableau dans son ensemble...

Et que découvre-t-on ?

Que les antidépresseurs se situent au carrefour de deux routes.

L'une, celle des traitements psychiatriques (utilisés dans les hôpitaux psychiatriques sur des patients qui n'ont pas vraiment le choix - même aujourd'hui) ; l'autre, celle des produits utilisés par des médecins pour remonter le moral de leurs patients démoralisés, "dépressifs".

C'est en prenant en compte ces deux lignes, que l'on peut comprendre ce que sont les antidépresseurs - point où elles se croisent.

Traitements psychiatriques.
Dans les années cinquante, on connaissait trois méthodes "efficaces" - enfin, c'est ainsi qu'on les considérait à l'époque. Efficaces, car "de choc". Et si le "car" vous semble discutable, c'est que nous ne sommes plus dans les années cinquante. De nos jours, un peu de subtilité est devenue de mise. Bref.

La première méthode : la lobotomie.
On ouvre le crâne du patient (qui n'est pas consentant : puisqu'il est fou on ne lui demande pas son avis) et on coupe délicatement quelque chose - ne me demandez pas quoi - dans son cerveau. Puis on referme le tout.

Le patient est beaucoup plus calme ensuite.

Deuxième méthode : le choc insulinique.
On injecte de fortes doses d'insulines au patient (auquel on n'a toujours pas demandé son avis, puisqu'on vous dit qu'il est fou), qui tombe dans le comas - son cerveau manquant de sucre. Juste avant qu'il ne meure, on le ranime avec du jus d'orange et du sucre.

Le patient est beaucoup plus calme ensuite. Et si on répète suffisamment le traitement, il devient aussi beaucoup plus obèse.

Troisième méthode : les électrochocs.
On électrocute le patient, enfin sa tête.

Le patient est beaucoup plus calme ensuite.
Et comme il oublie la séance d'électrochocs, et que ses capacités intellectuelles diminuées ne lui permettent pas de se rendre compte qu'il en a perdu (des capacités intellectuelles), il ne sait pas vraiment ce qu'on lui a pris.

Les conséquences de ces trois méthodes sont proches : cerveau abîmé, personnalité amoindrie, voire anéantie, et parfois une reconnaissance proche du syndrome de Stockholm à l'égard du personnel soignant, qui tue (presque) le patient et le rattrape aux portes de la mort... Les otages qui aiment leurs ravisseurs les aiment pour le mal qu'ils ne leur font pas et qu'ils pourraient leur faire - ici, c'est un peu pareil.

Et puis vinrent les cachets...

Non, ils n'ont pas tout chamboulé ; le changement est plus superficiel, plus apparent que profond. La violence dérangeante - et qui dérangeait même certains psychiatres, qui trouvaient que le visage angoissé du patient soumis au "traitement" était désagréable à voir - s'est estompée, certes. Mais les effets sont plus ou moins les mêmes.

Cerveau abîmé, personnalité amoindrie, voire anéantie.

La grande nouveauté, c'est que même si l'on continue à "soigner" les patients contre leur gré dans les hôpitaux, il y a, dans le vaste monde où chacun fait ce qu'il veut, des gens pour s'imposer à eux-mêmes les mêmes traitements qu'on impose de force dans les institutions psychiatriques.

Quoi de plus étrange ?...

Qu'un être humain libre - du moins il en a l'air - choisisse d'abîmer son cerveau, d'amoindrir, voire d'anéantir, sa personnalité ?

Mais peut-être cette liberté n'est qu'apparente... Est-on libre lorsque, soumis au bombardement d'une propagande perpétuelle, on suit à toute allure les rails du métro-boulot-dodo ?... Pour être libre, il faut être informé ; la désinformation préserve l'apparence de la liberté, en la vidant de son contenu.

Les consommateurs d'antidépresseurs n'ont pas choisi les antidépresseurs par leur propre volonté éclairée, ils les ont choisi par défaut, ils les ont choisi parce qu'ils ont laissé quelqu'un d'autre choisir à leur place.

Et - si ça fait longtemps qu'ils en prennent - il se peut que leurs facultés intellectuelles amoindries ne leur permettent pas de réaliser ce que ces cachets leur ont volé.

C'est ce qu'on appelle l'anosognosie - une inconscience de ce qu'on a perdu. De même que certains malades ne savent pas, en toute bonne foi, qu'ils sont devenus aveugles, même s'ils se cognent au mur, de même sous l'effet des antidépresseurs, on peut très bien ne pas se rendre compte des capacités cognitives et volitives que l'on a perdues.

Et c'est logique : comment s'en rendrait-on compte, si c'est justement une partie de son intelligence que l'on a perdue ?...

Lorsqu'une personne vous parle au ralenti, comme s'il y avait entre elle et vous des kilomètres d'eau, lorsque (de toute évidence) son esprit est à la traîne quelque part derrière son corps ; lorsque sa bouche s'entr'ouvre et que son regard se vide ; elle ne se rend pas compte qu'il y a quelque chose qui cloche.

Ce n'est pas comme un ancien sportif, qui est bien obligé de se rendre compte qu'il n'a plus les capacités physiques qu'il avait, car il a encore toute sa tête pour mesurer l'écart entre avant et après.

Lorsqu'on perd la tête (la volonté, l'intelligence, le logique, ou pire encore les trois), on n'a plus ce qu'il faut pour mesurer l'écart entre avant et après.

C'est pourquoi les gens qui prennent des antidépresseurs se croient parfois "sauvés" par leurs cachets, auxquels ils ne voient que des bons côtés - alors même que leur entourage constate et déplore la diminution de leur personnalité et de leur intelligence.

C'est seulement lorsqu'on arrête les cachets - et que leurs effets a commencé à s'estomper, ce qui peut prendre du temps, et parfois hélas les dommages sont irréversibles - qu'on prend conscience de ce qu'on avait perdu... et qu'on est en train de récupérer.

De la lobotomie aux antidépresseurs, il n'y a eu progrès que sur l'emballage.
La lobotomie ne faisait envie à personne ; personne ne voulait subir de lobotomie. Les antidépresseurs suscitent eux une certaine convoitise : et si le bonheur, c'était aussi simple qu'un cachet avec un verre d'eau ?...

La "solution de facilité" nous prépare des lendemains sinistres, mais nous n'en avons pas conscience.

De la lobotomie aux antidépresseurs, le dommage est mieux caché, le crime moins apparent. Mais dans les deux cas, il y a crime. Et la victime n'est plus vraiment à même de savoir ce qu'on lui a volé - parfois avec son accord !

28 août 2008

MENACES VAGUES ET VRAI DANGER : L’AKATHISIE

Dans le discours officiel, on trouve parfois, par-ci par-là, quelques avertissements vaguement menaçants, tels que ceux-ci :

« Bien sûr, certains peuvent se trouver guéris, pour la raison que beaucoup de dépressions guérissent spontanément ; mais on ne sait jamais au bout de combien de mois de souffrance. Quant aux autres, c’est la dérive, le marasme, l’aggravation. »
« Avant les années 50, les médecins ne disposaient pas de médicaments antidépresseurs efficaces et les dépressifs étaient livrés à eux-mêmes et à leur souffrance. Sans traitement, une dépression modérée à sévère risque de ne pas guérir, ou de récidiver rapidement. »
Mais ce genre de mise en garde ne vaut pas une bonne étude bien objective. Pourquoi le discours officiel ne cite-t-il jamais de chiffres qui prouveraient par A plus B que, lorsqu’on est déprimé, consulter son médecin et suivre un traitement, c’est bon pour la santé ?...
La raison en est simple. Les chiffres disent le contraire. Ça semble difficile à croire, mais toutes les études sérieuses convergent dans le même sens : pour un dépressif, le fait de ne suivre aucun traitement est nettement moins dangereux que le fait de se laisser prescrire des antidépresseurs par son médecin.
Ainsi les chances de survie d’un dépressif qui se soigne tout seul aux huiles essentielles, ou qui ne se soigne pas du tout, sont bien plus élevées que celles d’un dépressif que son docteur soigne à la Paroxetine, par exemple. Des études très concluantes le démontrent : comparés aux adultes déprimés qui ne prennent qu’un placebo (autrement dit rien), les adultes déprimés qui prennent de la Paroxetine sont 6,4 fois plus nombreux à se suicider.
Lors des premières études menées sur le Prozac, le produit a été testé sur des personnes dont les dépressions étaient modérées ou légères, et qui n’avaient pas d’idées suicidaires. En tout, 286 personnes ont suivi le traitement jusqu’au bout (50% des participants ont arrêté, généralement à cause des effets secondaires). Parmi ces gens qui n’étaient pas suicidaires en commençant leur traitement au Prozac, 16 se sont suicidées. Le traitement ne durait pourtant que de quatre à six semaines.
D’autres études vont dans le même sens.
La présidente de l’association Prozac Survivor’s Support Group fait aussi part de ses observations : « J’ai personnellement parlé avec 400 personnes à qui le Prozac a été prescrit pour différentes raisons : obésité, tabagisme, dépression, etc. Le scénario est toujours le même. Ils ne sont pas suicidaires avant de commencer le traitement, mais ils le deviennent après. Quand ils arrêtent, ils ne le sont plus. »
Une petite question, posée sur l’un des forums de Doctissimo, est elle aussi significative : « Est-ce que c'est normal qu'après avoir pris mon cachet (fluoxerine, générique du prozac), j'ai encore plus envie de mourir et pire je me sens parfaitement capable de me suicider ? »
Ces informations peuvent choquer… mais le plus grand risque, c’est qu’elles ne choquent pas. Qu’elles passent inaperçues, noyés dans les flots épais du discours officiel. Ce qui est trop différent de l’horizon d’attente reste à la périphérie de la conscience, et en disparaît rapidement. Certaines informations sont trop décalées par rapport à notre univers de croyances pour qu’on les prenne sérieusement en considération, en examinant soigneusement tout ce qu’elles impliquent.
Ce que ces enquêtes ont mis en évidence, des enquêtes variées menées dans des pays variés, c’est que les antidépresseurs sont à l’origine de nombreux suicides. Bien sûr, ces médicaments (on ne va pas leur refuser ce nom, depuis le temps qu’ils le portent) ne convainquent pas tout le monde de se tuer – de même que le gens qui boivent de l’alcool ne deviennent pas tous alcooliques. Mais ces suicides-prozac et ces suicides-paroxetine sont aussi étroitement liés à ces molécules chimiques que l’alcoolisme est lié à l’alcool.
Puisque les antidépresseurs poussent au suicide, il faudrait peut-être changer leur nom. Au lieu de les appeler des « antidépresseurs », on devrait plutôt les appeler des « suicidatifs » - mot qui peut aussi s’épeler « suicide hâtif ».
Ce serait beaucoup plus clair, ça éviterait des quiproquos regrettables, et intellectuellement, ce serait plus honnête. Mais les responsables marketing de l’industrie pharmaceutique ne seraient probablement pas d’accord pour rebaptiser leur produit.
Les faits, et les chiffres, sont là, incontestables – mais comment les antidépresseurs poussent-ils au suicide ?... Le mécanisme reste difficilement compréhensible tant qu’on ne connaît pas l’existence de l’akathisie.
Ce mot étrange ressemble à du japonais, mais la réalité qu’il désigne n’a vraiment rien de zen. L’akathisie est un trouble neurologique atroce : on tremble, on est surexcité, on est dans un état d’agitation interne intense, on est dans l’impossibilité de rester tranquille, de s’asseoir, on a besoin de sortir de sa peau ; ces sensations sont tellement insupportables qu’on peut en devenir frénétique, furieux – dans certains cas jusqu’au meurtre, au suicide.
Voici un témoignage de première main sur l’akathisie : « Voilà ce qui se passait pour moi lorsque je prenais un neuroleptique quelconque (à dose "classique") : au bout de quelques heures pour certains (abilify, risperdal) ou au bout de plusieurs jours pour d'autres (zyprexa, solian), je sentais monter en moi à la fois un terrible sentiment de désarroi, d'angoisse en même temps qu'une extrême agitation : j'étais incapable de tenir en place et il fallait absolument que je bouge, que je marche, voire courir : c'était vraiment un cauchemar : ça allait jusqu'à me donner exprès des coups pour m'étourdir, à crier comme pour extirper de moi cet énervement. Ca durait ainsi au moins 4 à 5 heures (autant te dire qu'à chaque fois, je n'ai pas été loin d'être hospitalisé en urgence) puis ça se calmait très progressivement. J'ai compté qu'il me fallait minimum dix heures après le début des premiers signes pour retrouver complètement mon état normal. »
L’akathisie est répertoriée dans le répertoire des troubles mentaux ; ce n’est pas, cependant, une maladie en tant que telle, ou du moins ce n’est pas une maladie comparable à la dépression, puisque la cause de l’akathisie est, elle, parfaitement connue : on sait depuis longtemps que l’akathisie résulte de la consommation de psychotropes ou antidépresseurs. En fait, tous les médicaments du type IRS peuvent déclencher l’akathisie – autrement dit, non seulement le prozac… mais le… et le… peuvent tous provoquer l’akathisie qui mène au meurtre et/ou au suicide.
L’akathisie est le chaînon qui relie la prescription d’antidépresseurs par des médecins soucieux du bien-être de leurs patients et certains meurtres et suicides étranges.
De nombreux cas de suicide causé par l’akathisie ont été déjà répertoriés au Etats-Unis. Des procès ont été intentés contre des firmes pharmaceutiques à ce sujet. Quoique la France soit l’un des pays où l’on consomme le plus d’antidépresseurs, elle a par miracle été épargné jusqu’ici par l’akathisie – tout comme elle a été épargné par le nuage de Tchernobyl.
Les laboratoires pharmaceutiques ont de la chance : les suicides causés par l’akathisie ont toutes les chances de passer inaperçu. La personne qui se suicide était déprimée (c’est pour ça qu’elle prenait un antidépresseur) : on va donc très naturellement imputer son suicide à sa « dépression ». Encore une fois, ce n’est pas le médicament qui protège contre la maladie, mais la maladie qui protège le médicament.
Quant à la personne « soignée », rien ni personne ne la protège. Pour les firmes pharmaceutiques, la priorité numéro un est de mettre la réputation de leurs best-sellers à l’abri des faits qui pourrait leurs faire du mal - pas de mettre la vie des personnes à l’abri des effets de leurs best-sellers. Tant pis pour les gens : l’essentiel est que le prozac, lui, ne souffre pas.
Ce point de vue peut paraître cynique, et il l’est, mais qui a jamais cru que des grandes entreprises qui ramassent des millions, voire des milliards grâce à la maladie ont pour priorité la santé des gens ?... Ce serait étrange, carrément bizarre.
Vous vous dites peut-être que l’akathisie ne touche qu’un tout petit pourcentage de personnes, et qu’il n’y a donc aucune raison que ça tombe sur vous – mais ne supposez pas trop vite. Le pourcentage de cas d’akathisie n’a pas encore été calculé pour une seule raison : personne n’a intérêt à le connaître, si ce n’est les dépressifs, et eux ne sont pas en état de faire des enquêtes.
À partir des études préliminaires à la mise sur le marché du Prozac, on peut quand même avancer un pourcentage : sur un traitement court de 4 à 6 semaines, le pourcentage d’akithisie conduisant au suicide serait situé entre 5,29 % et 5,59 %. (Ce pourcentage ne prend pas en compte les akathisies qui n’ont pas conduit à la mort.) C’est bien plus que la probabilité de gagner au loto quand on y joue. Ce chiffre est obtenu en généralisant les résultats obtenus sur un petit nombre de personnes, mais il n’y là rien de choquant : c’est la manière habituelle dont procède l’industrie pharmaceutique. Il est à noter qu’on ne sait pas du tout quel est le pourcentage d’akathisies mortelles sur des personnes déjà suicidaires avant de commencer le traitement – mais on peut supposer qu’il est bien plus important.
Parmi les nombreux « drames familiaux » qui font si souvent la une du journal télévisé (un père de famille tue sa femme et ses enfants et se tue ensuite), certains sont probablement causé par l’akathisie – car il faut bien que le pourcentage se manifeste quelque part. Mais l’industrie pharmaceutique peut dormir tranquille : le discours dont elle a inondé les médias a suffisamment anesthésié les consciences pour que personne ne fasse le rapprochement.
Et d’ailleurs, comment suspecter un « antidépresseur » ?... Son nom même le met à l’abri de tout soupçon. Si le suicidatif s’avouait comme tel, là oui on serait méfiant – mais dans ce cas-là, le problème ne se poserait même pas : personne n’en voudrait pour se soigner.
L’histoire de l’akathisie ne s’arrête pas là. Comme l’industrie pharmaceutique n’est jamais à court de ressources, elle a inventé des médicaments contre l’akathisie. Quoi de plus ingénieux ?... De cette manière, un effet potentiellement mortel (et pas seulement pour celui qui en souffre, aussi pour ceux qui ont la malchance d’être à côté), effet qui aurait pu et aurait dû briser définitivement la carrière du dit médicament, devient lui-même une source de profits. Bien sûr, ces nouveaux médicaments ont lui-même de nouveaux effets négatifs. Qu’on traitera avec d’autres médicaments qui auront eux-mêmes d’autres effets négatifs, etc.
Quant à la solution la plus naïve, celle qui consiste à arrêter le médicament qui déclenche l’akathisie, elle est fortement déconseillée par les psychiatres : « Pour le patient, l'akathisie est très incommodante et constitue de ce fait un motif important d'arrêt du traitement. Mais arrêter ou diminuer la dose de la médication de sa propre initiative n'est jamais une bonne idée : en effet, les antipsychotiques ne sont pas prescrits sans raison. Si vous arrêtez de les prendre, vous risquez de retomber malade. »
Cette dernière phrase implique que quelqu’un qui souffre d’akathisie n’est pas malade… Mais qu’est-ce qui est le plus dangereux : être psychotique, ou risquer le meurtre ou le suicide par akathisie ? Dans le cadre du discours officiel, tout problème pour lequel on se fait soigner est, par principe et par définition, infiniment plus grave que toute conséquence du traitement pris pour se soigner – même si cette conséquence est la mort.
Ce type de minimisation ne change cependant rien à la réalité : les antidépresseurs sont un moyen mais aussi une cause de suicide – et c’est l’akathisie, ce trouble neurologique occulté, qui joue le rôle de facteur déclenchant.

24 août 2008

Molécule cherche maladie pour traitement

Au sein de l’Union Européenne, les entreprises du médicament n’ont pas le droit de vendre leurs cachets (ceux délivrés sur ordonnance) directement aux consommateurs. Et en France, elles n’ont pas non plus le droit de faire de la publicité auprès du public pour les médicaments remboursables par la Sécurité Sociale.
Or les entreprises du médicament sont des entreprises, pas des organisations philanthropiques : elles cherchent un retour sur investissement conséquent et rapide. Et de toute évidence, le moyen le plus sûr d’y parvenir serait de vanter au grand public les bienfaits de leurs petits cachets… Le problème que la législation leur pose est donc celui-ci : « Comment parvenir à faire de la publicité pour nos médicaments auprès du public – sans faire de la publicité pour nos médicaments auprès du public ? Autrement dit, comment populariser nos cachets sans en parler directement ?... »
La solution qu’ils ont trouvée à ce problème difficile est simple, élégante, et incroyablement efficace : au lieu de faire de la publicité pour leurs cachets, ils en font pour les maladies que ses cachets soignent !
Bien sûr, il ne faut pas prendre cette phrase au pied de la lettre. L’objectif étant financier, peu importe que ces maladies soient réelles ou imaginaires, que les cachets les soignent réellement ou seulement par la grâce de l’effet placebo, et que les dits-cachets aient ou non des effets plus graves que ce qu’ils sont sensés soigner. L’important n’est pas la réalité, mais la perception que le grand public en a. Comme le disent très justement deux experts en marketing : « Le monde du marketing n’est fait que de perceptions dans l’esprit des consommateurs ou des clients potentiels. La perception est la réalité du marketing. Tout le reste n’est qu’illusion. »
Dans son excellent livre Les inventeurs de maladie, le journaliste scientifique Jörg Blech explique très bien comment les choses se passent. La publicité dite de disease awareness (sensibilisation à la maladie) met en alerte les consommateurs ; ces vastes campagnes publicitaires convainquent la population des risques de certaines maladies. Avec une arrière-pensée : vendre les médicaments et traitements qui y correspondent. Cette forme indirecte de publicité pour des médicaments est de plus en plus prisée par les entreprises pharmaceutiques, qui informent sans cesse les gens de l’existence de symptômes et syndromes qui mettraient en danger leur bien-être.
De la publicité pour une maladie qui existe à la publicité pour une maladie qui n’existe pas, il n’y a qu’un pas facile à franchir. Lorsqu’on se situe dans une perspective purement commerciale, seule la perception compte : en marketing, lorsqu’on arrive à convaincre le grand public qu’une maladie existe, alors elle existe. C’est pourquoi, ces dernières années, l’industrie pharmaceutique s’est employée à morbiformer (à donner la forme d’une maladie) à toutes sortes de problèmes que l’humanité considérait depuis des milliers d’années comme relevant de domaines tout autres que la médecine, voire comme faisant parti inhérente de la condition humaine.
Cette stratégie est d’autant plus payante qu’elle a déjà été employée à mainte reprise. Il est en effet plus facile de morbiformer le vingtième et unième problème que le premier : à force d’être soumis à des campagnes publicitaires envahissantes, le grand public s’habitue peu à peu à envisager toutes les difficultés et défis de l’existence comme des maladies que seuls les docteurs sont aptes à soigner.
Prenons un exemple.
Jusqu’aux années cinquante, un enfant remuant et agité était considéré comme insuffisamment éduqué. On lui faisait donc recopier cent ou deux cents fois : « je ne dois pas me retourner pour parler à mon voisin » - il arrivait même qu’on le prive de dessert ou qu’on le frappe sur les doigts ou sur les fesses. Mais on ne se contentait pas de mesures punitives : on lui expliquait aussi en long, en large et en travers, à mainte reprise, l’importance de la concentration dans la vie, on lui faisait écrire une rédaction sur le thème de la distraction et de ses inconvénients, on valorisait à ses yeux l’obéissance, l’exactitude, l’assiduité, l’attention, l’application, l’ordre, la patience, et le travail – et on lui dépeignait sous des couleurs répugnantes les défauts inverses, ainsi que leurs tragiques conséquences. On s’efforçait aussi de lui donner l’exemple de toutes les qualités qu’on voulait lui voir acquérir. Il suffit de parcourir un manuel scolaire de cette époque pour comprendre que beaucoup d’intelligence, d’énergie et de temps était consacré à l’apprentissage de ce qu’on appelait alors un « bon comportement ».
Depuis que l’agitation enfantine a été morbiformé, tout est beaucoup plus simple. On diagnostique l’enfant agité : il souffre de trouble de déficit de l’attention/Hyperactivité (TDAH) - maladie dont l’existence a été voté à main levée lors d’une rencontre d’un comité de l’Association Psychiatrique Américaine en 1987. On lui fait donc avaler de la Ritaline, substance qui produit sur le cerveau un effet comparable à celui de la cocaïne et qui le rend beaucoup plus docile.
Mais pour que l’histoire soit complète, il faut aussi l’envisager sous un autre angle : l’angle marketing. Sous cet angle, le personnage principal ce n’est plus l’enfant surexcité (ou sa mère excédée) mais la molécule de méthylphénidate, plus connue sous le joli nom de Ritaline. Dans cette version de l’histoire, c’est elle la star – c’est elle qui cherche à conquérir son public.
La Ritaline existe depuis 1944 ; elle fut synthétisée par un chimiste employé par l’entreprise Ciba (qui fusionna par la suite pour donner Novartis, l’actuel fabricant de Ritaline). Pendant longtemps, cette molécule resta célibataire : elle ne trouvait aucune maladie bien claire à soigner. En termes de marketing, elle n’avait pas encore trouvé sa niche. Mais écoutez le bon conseil des spécialistes : « Vous n’êtes pas le premier occupant de votre catégorie ? Tout espoir n’est pas perdu… Trouvez-vous une nouvelle catégorie où vous serez le premier ! Ce n’est pas aussi difficile qu’il y paraît. »
Qui dit « nouvelle catégorie » dit ici « nouvelle maladie ». La nouvelle maladie en question, ce fut d’abord le « trouble fonctionnel du comportement », puis le « dysfonctionnement cérébral minime », le « trouble hypercinétique » et enfin, le TDAH (en américain, TDAH). Le TDAH a une supériorité évidente sur les précédents noms : c’est un acronyme qui n’est déchiffrable que par les initiés. Son obscurité est décourageante. Un médecin qui annonce « votre fils souffre d’un dysfonctionnement cérébral minime » peut toujours s’entendre rétorquer : « Il a eu 20/20 au dernier contrôle de maths ! », alors qu’un médecin qui annonce « votre fils souffre de TDAH » ne risque rien. Les parents se contentent de le regarder avec des yeux ronds et angoissés, avant de demander d’une petite voix : « C’est grave, docteur ?... »
C’est ainsi que la mignonne Ritaline trouva son prince charmant : TDAH. Ils vécurent longtemps heureux et eurent beaucoup d’enfants dociles. D’une manière comparable, un épisode normal de la vie des femmes, l’arrêt de la fertilité et donc des règles à un certain âge, a été morbiformé en ménopause (maladie du déficit oestrogénique). La ménopause est une maladie dont souffraient toutes les femmes mûres, sans le savoir et sans en souffrir, jusqu’à ce les hormones de synthèse du laboratoire pharmaceutique Wyeth-Ayerst ne volent à leur secours. Dans son livre, Jörg Blech cite Barbara Wanner, médecin à Zurich, qui dit ceci : « Il est intéressant de remarquer que la définition de la ménopause comme maladie est apparue exactement au moment où étaient disponibles des hormones de synthèse susceptibles de traiter cette maladie nouvellement définie ». C’est intéressant… et c’est logique.
L’agitation des enfants, la fin des règles chez les femmes, la vieillesse chez les hommes, la colère, la timidité, l’anxiété, le mauvais caractère, le deuil – n’importe quel problème est morbiformable, et peu à peu, au fil du temps et des opérations marketing de l’industrie pharmaceutique, n’importe quel problème se retrouve morbiformé. Chaque molécule se retrouve ainsi dotée de sa maladie personnelle, comme chaque homme d’état a son garde du corps. Car c’est la maladie qui protège le médicament, elle qui le justifie et l’excuse de tous ses défauts : « Oui, il a quelques petits effets secondaires, et alors ?... Pensez un peu à tous ces pauvres malades qu’il a soulagé… C’est vraiment un remède miracle, moi je lui dis chapeau ! » Sans la maladie réelle ou imaginaire dont il guérit ou prétend guérir, le médicament serait tout nu : une pauvre petite molécule chimique sans grand intérêt pour personne.
C’est dans ce contexte très vaste de la médicalisation de l’existence à des fins commerciales que se situe le discours officiel sur la dépression. Ce qu’on appelait avant « tristesse », « mélancolie », « problème existentiel », « errance spirituelle », « questionnement », « inquiétude », « angoisse métaphysique », « chagrin », « maussaderie », « pessimisme », « peur de la mort », « désespoir », « fatalisme », « misanthropie », etc., a été rassemblé et morbiformé en une maladie portant le nom de « dépression ». Et c’est cette « dépression » qui protège de son corps gigantesque toutes les petites molécules chimiques qui se cachent derrière elle, tout comme les guerriers athéniens se cachèrent dans le grand cheval de bois. Les troyens, intrigués par ce monument insolite, le firent entrer dans leur citadelle… on connaît la fin. Edouard Zarifian, un psychiatre connu et reconnu, dit dans son livre Des paradis plein la tête : « Il y a maintenant de la dépression partout parce qu'il y a un marché pour les antidépresseurs et pas l'inverse ».
Depuis 1990, soit en une quinzaine d’années, le chiffre d’affaire de l’industrie du médicament a été multiplié par trois. Quant au nombre de dépressifs soignés comme tels, il a connu une augmentation encore plus spectaculaire : le nombre de personnes souffrant de « dépression » en France et dans les pays occidentaux a été multiplié par sept en dix ans.

23 mai 2008

Le suicide en tant qu'assassinat

Si le suicide peut être, dans certaines circonstances et peut-être même dans toutes, un assassinat, c'est que cette mort a bien été voulu par quelqu'un d'autre.

Quelqu'un d'autre, ou quelques autres. Difficile à dire.

Vous dites : "non... c'est MOI qui veux me tuer. C'est MOI qui veux en finir."

Oui - d'accord. Mais pourquoi ?

C'est derrière ce "pourquoi" qu'il peut y avoir quelqu'un d'autre - quelques autres. Pas forcément des gens qui vous en veulent personnellement, mais peut-être des gens qui, pour des raisons très égoïstes, ne veulent pas que vous ayez accès aux informations qui vous permettraient d'envisager la vie sous un nouveau jour, et de garder ou de reprendre espoir.

Oui, je sais, ça paraît très abstrait dit comme ça. Mais peut-être que ça ne l'est pas tant que ça ; peut-être qu'il y a bien, dans l'ombre qui entoure un geste autodestructeur, des volontés perverses qui encouragent à la destruction de soi.

Pousser au suicide - ça paraît vraiment diabolique, et vraiment compliqué, mais peut-être que ce n'est pas si compliqué que ça... quand on sait comment s'y prendre.

Il faut bien sûr un motif ; mais les motifs ne manquent jamais.

La dépression écrase comme dans un étau ; mais en vérité, la "dépression" n'est que la somme des idées dépressives. Reformulons donc : les idées dépressives écrasent comme dans un étau. Mais en vérité, les "idées dépressives" ne sont que des idées fausses.

"Comment ça, idées fausses ?!... C'est ma lucidité qui me fait souffrir... y a que les imbéciles pour être heureux."

Faux !

Oui, c'est vrai, certains joyeux imbéciles ne se posent aucune question existentielle - mais ça ne prouve rien de positif sur votre mélancolie.

Qu'ils soient heureux de ne penser à rien ne signifie pas, automatiquement, que vous soyez malheureux de comprendre tout.

Comprendre (vraiment comprendre, et pas "croire qu'on comprend") est un plaisir raffiné. L'équivalent du caviar ou du foie gras - moi en fait je préfère les moules et les crevettes - à la vie intellectuelle. Si vraiment vous compreniez, vous ne seriez pas désespéré. Vous seriez content, très content, heureux, très heureux, de comprendre. Et même si ce que vous compreniez était, par bien des côtés, attristant, vous ne seriez pas triste, parce que vous jouiriez du plaisir délicat de comprendre, d'englober dans votre esprit tout un monde, de saisir par la pensée ce qui excède de si loin vos capacités physiques.

Si vous souffrez, c'est qu'à l'origine de votre souffrance, il y a des idées fausses.

Qui vous les a mis dans le crâne ?...
Non, inutile de prétendre que vous les avez inventées, brevetées, et qu'elles vous appartiennent en propre - c'est faux.
Vos idées, comme les miennes, comme celles de tout être humain sur cette terre, viennent d'ailleurs.

On vous les a données - même si vous avez d'abord fait des efforts pour les chercher vous-même.

Et si les personnes qui ont données aux personnes qui vous ont données les idées qui sont maintenant les vôtres avaient délibérément menties ?...

Hypothèse, simple hypothèse.

Plausible ou pas ?

On a trop tendance à expliquer par le hasard, par la chance ou par la malchance, ce qui a des causes bien précises, des causes humaines. Je ne parle pas des tremblements de terre - je parle de ce que font les gens.

Fumer.
Boire trop.
Conduire à 200 km/heure.
Se droguer.
Se suicider.

Un faisceau CONVERGENT de causes ont permis, encouragé, suscité, entretenu ces comportements aberrants.

Et il est trop facile de blâmer "pas de chance", fantôme élusif que personne n'a jamais vu, que de blâmer... qui ?

Voulez-vous mourir sans comprendre, ou voulez-vous comprendre avant de mourir ?

La vie est plus passionnante que le Da Vinci Code - à condition d'en chercher les clefs.

18 mai 2008

Suicide et Changement

Que ressens-t-on pour vouloir mourir ?

Que notre vie n'a pas de sens. Pas d'utilité. Que notre mort ne ferait, au fond, aucune différence.

Que la route est trop longue et que nous sommes trop fatigué. Que nous avons "assez donné". Que nous nous sommes suffisamment épuisé à tourner et errer dans le noir.

Que trop, c'est trop.

Que si on ne supporte plus... c'est que c'est insupportable.

Que respirer est devenu un effort trop difficile à fournir. Et que chaque seconde déchire quelque chose de plus dans les fibres de notre âme meurtrie et oubliée, muette. Comateuse.

Il semble alors que mourir soit la seule chose logique à faire. Du bon sens.

Mais si ce n'était pas vraiment ça ?...

S'il y avait un malentendu ?

Nous voulons la mort - mais c'est peut-être que nous croyons que seule la mort peut nous apporter ce changement radical dont nous avons effectivement besoin.

Un simple changement de souffrance serait déjà un soulagement ; ce qui est insupportable, c'est ce "toujours la même chose" - cette répétition obstinée, entêtée, de la même douleur.

Si nous pouvions troquer notre état actuel contre un autre, vraiment profondément différent, ne serions-nous pas satisfait, ou du moins soulagé ?...

Ce n'est pas à un changement de décor que l'on aspire, c'est à un changement intérieur. Un renouvellement. Une page qui se tourne pour s'ouvrir sur la belle plage lisse où tout est encore à écrire. Où tout est encore possible, où notre personnalité serait pareille à celle d'un bébé - fraîche et neuve et curieuse, et non désespérée et meurtrie et humiliée et aigrie.

Un changement radical.

Une nouvelle naissance.

C'est à ça qu'on aspire quand on croit aspirer à la mort. Et si on ne s'imaginait pas, obscurément, que la mort est bien cela, on ne voudrait pas de la mort.

Mais imaginons que l'après-suicide ne soit pas cette nouvelle naissance, mais au contraire une répétition encore plus odieuse du pire qu'on a vécu sur cette terre ?...

Qui, le sachant, voudrait encore se suicider ?...

Si l'après-suicide était un supplice à la manière de Tantale ou de Sisyphe - qui en voudrait ?

Le changement radical, le renouvellement intérieur sont possibles. Oui. Ils sont possibles tant qu'on est vivant - la mort vient mettre le mot "fin" au livre de notre destinée : fini le libre-arbitre. Finis les choix. Nous voilà pour l'éternité... quelque part.

C'est durant ce bref espace de temps, de vie, qui nous est imparti que tout est possible - même quand tout semble définitivement bloqué.

Les transformations, les métamorphoses, les virages à 180 degrés, les recommencements à zéro, ne sont possibles que durant la vie.

Il y en a qui se sentaient aussi mal que vous vous sentez et qui, après des années d'écoeurement et de souffrance toujours semblable, ont goûté au changement.

A cette fraicheur qui précède l'aube : un renouveau profond, secret, libérateur.

24 septembre 2006

Le suicide est-il un acte courageux ?

Le suicide est-il un acte courageux, un acte qui mérite qu'on lui dise "chapeau" ?...

Pour répondre à cette question, examinons le sens du mot "courage". En voici quelques définitions selon divers dictionnaires :
"Énergie et force de volonté manifestée devant un travail plus ou moins pénible."
"Zèle, bonne volonté, ardeur."
"Disposition de l'âme qui lui fait supporter la souffrance, braver le danger, entreprendre des choses difficiles, hardies."
"Force de caractère qui fait supporter la souffrance ou braver le danger".
"fermeté devant les épreuves"

Si le courage c'est (comme le disent les dictionnaires), supporter la souffrance et faire preuve de patience et d'endurance devant les épreuves, indiscutablement le suicide n'est pas du courage - plutôt le contraire... Si on se suicide c'est précisément parce qu'on ne supporte pas la souffrance, parce qu'on n'arrive pas à faire preuve de patience et d'endurance devant les épreuves.

Et si le courage c'est (comme le disent aussi les dictionnaires), "braver le danger" et "entreprendre des choses difficiles", le suicide n'est toujours pas le courage.

En effet, braver le danger, faire preuve de courage, ce n'est pas chercher délibérément la mort, mais être prêt à courir le risque de mourir - alors même qu'on aime la vie - ce qui est tout à fait différent. Braver le danger, faire preuve de courage, c'est risquer sa vie pour autre chose que sa vie : soit pour sauver une personne (exemple, les pompiers qui sauvent des vies au péril de la leur) soit pour faire triompher la justice, etc. On fait preuve de courage lorsqu'on risque sa vie pour quelque chose auquel on accorde une valeur plus grande.

Alors que le suicide est un acte qui n'implique nul dépassement de soi, seulement le refus d'une situation qu'on juste insupportable.

Le suicide, preuve de liberté ?

Est-ce que se suicider, c'est prouver sa liberté ?... Prouver qu'on est maître de sa vie, qu'on est pas un pantin dépendant des circonstances, qu'on a une dignité, qu'on est réellement libre ?

Pour le savoir, il faut se resituer dans la réalité d'une vie, n'importe quelle vie.

On naît - et on ne décide ni de ses parents, ni du moment de sa naissance, ni de la couleur de ses cheveux, etc.
On grandit - et on ne décide ni du nombre de centimètres, ni de la forme que prend notre corps adulte.
On vieillit - et on ne décide pas non plus de l'apparition des cheveux blancs ou des rides.
On meurt... et en général, là non plus, on ne décide rien.

(Quoique dans une perspective new age, on décide en réalité de tout... mais on ne sait pas qu'on décide de tout, ni pourquoi on a décidé ce qu'on a décidé.)

Par contre on décide de plein d'autres choses : king fish ou mac bacon ? bac littéraire ou scientifique ? J'aide à la vaisselle ou je les laisse se débrouiller sans moi ?... Etc.

Dire que le suicide est la preuve qu'on est maitre de sa vie, c'est un peu comme dire qu'on est propriétaire du World Trade Center parce qu'on l'a explosé.

La liberté de l'être humain se manifeste dans tous ses choix. Lorsqu'on décide de mettre ses chaussures, on fait la preuve de sa liberté. Lorsqu'on commet un meurtre, on fait la preuve de sa liberté. Lorsqu'on vole une voiture, on fait la preuve de sa liberté. Lorsqu'on sourit à son voisin, on fait la preuve de sa liberté. Lorsqu'on envoie une carte postale, on fait la preuve de sa liberté. Lorsqu'on se marie, on fait la preuve de sa liberté.

Tous comme les innombrables autres choix que l'on fait sans cesse, le suicide témoigne de notre liberté - mais pas plus que lorsqu'on choisit librement de se brosser les dents ou qu'on choisit librement de ne pas le faire. Il n'y a pas de choix qui prouve plus la liberté qu'un autre : tous les choix (qu'ils soient bons ou mauvais) témoignent de la liberté de l'être humain.

Par contre, le suicide a cela de particulier qu'après lui, il n'y a plus aucune liberté. Finie, la liberté. Un mort est par définition inerte et impuissant. Il ne peut plus rien, il n'a plus aucune espèce de choix.

Donc le suicide est un choix qui en tant que choix, prouve qu'on est libre (mais ça, n'importe quel autre choix le prouve aussi bien), mais qui a cette spécificité, qu'après lui il n'y a plus aucune liberté : c'est terminé.

C'est le choix qui met un terme à tous les choix. Le choix qui met un point final à toute liberté.

Aussi ce n'est que par un raisonnement tordu, inspiré par la souffrance et la petite voix insidieuse qui est toujours de mauvais conseil, qu'on peut s'imaginer qu'il constitue une espèce de déclaration de liberté, de dignité ou d'indépendance... alors qu'il constitue au contraire la seule manière de saboter définitivement sa liberté, de la saccager et détruire sans retour. Auto-destruction de ce qui fait précisément la dignité de l'être humain : sa faculté à faire des choix.

16 septembre 2006

Les conséquences d'un suicide

Souffrance, douleur, incompréhension... ça bien sûr, on s'en doute un peu. Ce à quoi on n'a pas forcément réfléchi, c'est que les conséquences d'un suicide sur ses proches (sa famille, ses amis, ses enfants) sont encore plus mortelles que ça.

En effet - cf l'article "suicide et esprit grégaire" - l'être humain est éminemment influençable. En particulier, influençable par les personnes qui lui sont le plus proches. Si un simple article dans un journal évoquant le suicide d'une célébrité peut déclencher un recrudescence impressionnante de suicides dans les jours qui suivent, l'influence du suicide d'un proche, pire encore du suicide d'un parent, sera certainement encore plus profonde et déterminante pour la suite - ou la non-suite.

Autrement dit, lorsqu'on se suicide, on trace pour toutes les personnes qui nous sont proches une route qui mène au suicide (le leur). Et si la route était déjà tracée, on l'élargit, on la goudronne : on la transforme en autoroute. On aurait tendance à interpréter les cas de "familles de suicidés" comme des exemples de "familles de désespérés", et bien sûr... cette interprétation est - partiellement - juste. Mais pour bien comprendre de quoi il s'agit, il faut s'interroger sur le poids des influences familiales sur les choix des individus.
Il y a des familles où tout le monde est pompier ; des familles où tout le monde est prof ; des familles où tout le monde joue aux dominos ; des familles où tout le monde joue au casino, etc. Jean-Pierre admire beaucoup son père, qui est médecin. Il a décidé de suivre sa route. Et maintenant, prenons un scénario (à peine) différent : Jean-Pierre admire beaucoup son père, qui s'est suicidé. Il a décidé... quoi ?

Lorsqu'on pense au suicide, il faut prendre conscience qu'en passant à l'acte, on va faciliter le suicide de toutes les personnes qui nous sont proches, et en particulier celui des personnes qui nous aiment le plus, celles qui nous admirent, celles qui s'identifient à nous. Au cours des années à venir, lorsque nos proches auront une difficulté, ils penseront tout de suite : "Et si je me suicidais, comme mon père (ma mère, ma soeur, mon frère) ?" Cette option leur apparaitra comme infiniment plus raisonnable, plus valable qu'elle ne leur paraissait avant notre suicide. L'être humain imite. Et ceux qu'il imite le plus naturellement, le plus inconsciemment, le plus irrésistiblement, ce sont ses proches. Les membres de sa famille.

Quoiqu'on en ait absolument pas l'intention, lorsqu'on se tue, on encourage, on pousse les gens qui nous aiment le plus à se tuer aussi... tôt ou tard.

12 septembre 2006

"Vaut-il mieux vivre malheureux ou mourir ?..." (Une question biaisée)

Je pose la question en ces termes, parce que lorsqu'on est très déprimé et malheureux, il peut arriver qu'on se la pose de cette façon.

En fait, cette question, qui est orientée vers une certaine réponse (la mort serait préférable), est subtilement biaisée.

Examinons comment.

On prétend parfois que les dépressifs n'arrivent pas à vivre dans l'instant présent et que c'est ce qui les rend dépressif. En réalité, lorsqu'on est déprimé on a plutôt la tendance inverse : on est tellement prisonnier de son pénible présent qu'on n'arrive pas à se projetter dans le futur, même dans un futur très proche. On arrive pas à imaginer demain, et encore moins, après-demain.

Ce qui fait que l'état de souffrance dans lequel on se trouve nous paraît sans limites : on en a oublié le commencement, qui se perd dans les brûmes d'un passé lointain même s'il est tout proche, et on arrive pas à concevoir sa fin, qui est peut-être toute proche elle aussi.

De la même façon, quelqu'un qui souffre sous la roulette du dentiste n'arrive pas à se souvenir de ce qu'il a fait hier, ni à penser à ce qu'il fera demain.

Dans un état de déprime, on oublie complètement et le passé, et le futur, pour ne plus vivre qu'aux dimensions d'un présent qui s'étire en éternité de souffrance... d'où cette question que l'on peut se poser : "vaut-il mieux vivre malheureux ou mourir ?"

Question d'où la dimension temporelle est complètement occultée, exclue. En fait, si on réintègre le temps, qui est une réalité, et tout ce qu'il apporte inéluctablement comme changements (ici comme changements positifs), il faudrait se poser la question en ces termes :

"Vaut-il mieux supporter d'être malheureux pendant un temps plus ou moins long, ou mourir ?"

Mais la question initiale est encore biaisée, déformée d'une autre manière.

En effet, personne n'a le choix entre vivre et mourir. Nous devrons tous mourir un jour, que nous le voulions ou non, que cela nous soulage d'un fardeau de souffrance ou non : toute âme goutera la mort.
Dans des circonstances normales, naturelles, ce passage inulectable à lieu plus tard que lorsqu'on se suicide.

Le choix n'est donc pas entre "vivre malheureux" et "mourir", mais plutôt entre "vivre malheureux" et "mourir avant son heure".

Ce qui donne donc :

"Vaut-il mieux supporter d'être malheureux pendant un temps plus ou moins long, ou mourir avant son heure ?"

Formulée de cette manière, la réponse est déjà moins évidente. Qu'est-ce qui est préférable : se montrer patient face à l'adversité, face aux souffrances morales, ou abréger prématurément le cours de sa vie ?...

La réponse que l'on choisira dépendra essentiellement de la manière dont on considère la vie et la mort.

Si l'on se croit né par hasard, sans but, la seule chose qui justifie notre existence c'est le bonheur - dès qu'on souffre, la vie parait absurde : elle n'avait déjà pas beaucoup de signification au départ, la tristesse lui ôte le peu qu'elle avait.

Si l'on croit que la mort est un repos, ou un retour à "une grande lumière" d'amour inconditionnel, on sera d'autant plus tenté par elle.

Vraies ou fausses, ces croyances répondent à des questions que parfois, on ne s'est même pas posées... c'est-à-dire que ce n'est pas toujours après un examen réfléchi et une recherche consciente qu'on a décidé de croire que "la vie n'a pas de but" ou que "la mort est une délivrance". On le croit souvent pour des raisons nettement moins rationnelles, telles que : autour de nous, tout le monde croit la même chose, ou : ce sont des idées que les films, les magazines, etc., véhiculent.

Pour revenir à la question initiale (vaut-il mieux vivre malheureux ou mourir ?), cette question occulte encore une autre dimension essentielle, un aspect pourtant très important du suicide, et qui devrait trouver sa place dans la question.

En effet, à moins d'être seul sur une île déserte comme Robinson sans Vendredi, on est en relations avec diverses personnes, sur lesquelles notre suicide aurait forcément un impact négatif et incitatif - cf. les articles "suicide et instinct grégaire" et "les conséquences d'un suicide". Plus les personnes nous aiment et nous admirent, plus l'impact sera fort.

Voici donc comment on peut reformuler la question pour qu'elle intègre ce facteur :

"Vaut-il mieux supporter d'être malheureux pendant un temps plus ou moins long, ou mourir avant son heure et pousser ainsi les gens qui nous aiment à se suicider eux aussi plus tard ?..."

Les questions que nous nous posons déterminent dans une grande mesure la qualité de nos vies. En effet, une question est comme un panneau de direction que notre esprit suit : si la question est mal posée, tendancieuse, biaisée, elle nous dirige vers une impasse, un champs de ronce, un gouffre. Si la question est bien posée, valable, elle nous dirige vers un endroit nettement plus agréable... parfois, vers le magnifique sommet d'une montagne.

Bouddha a dit : "je ne peux rien pour celui qui ne se pose pas de question".

Et effectivement, le fait de ne pas se poser de question du tout est peut-être plus tragique encore que le fait de ne pas se poser les bonnes questions. En effet, celui qui se pose de mauvaises questions peut toujours les corriger, tandis que quelqu'un qui ne se pose aucune question n'a aucun espoir d'arriver quelque part - ni dans un gouffre, ni au sommet d'une montagne.

Une loi naturelle aussi inévitable et systématique qu'une loi physique, est que toute personne qui cherche obstinément la réponse à une question, finit par la trouver (à moins bien sûr que la question soit trop mal foutue à la base).

Pour conclure, voici quelques questions qu'il peut être bon de se poser :

- Comment puis-je savoir en toute certitude ce que l'avenir me réserve de positif ? (sachant que les voyantes ne sont pas un moyen sûr).

- Dans quelles circonstances ai-je déjà eu de la chance ?

- Quelles sont les personnes qui ont moins de chance que moi, et pourquoi ?

- Quelles sont les questions dont j'ai besoin d'avoir les réponses pour être heureux, ou du moins, tranquille dans ma tête ?

- Où pourrais-je chercher leurs réponses ?

Il n'y a que les personnes qui ont renoncé à la recherche (parce qu'elles la croient vaine) qui désespèrent de la vie et d'eux-mêmes. Quelqu'un qui cherche n'est jamais complètement désespéré... et quelqu'un qui cherche, finit toujours par trouver.

28 juillet 2006

Lettre à quelqu'un qui a renoncé à l'idée du suicide.

je suis extrêmement heureuse d'apprendre que tu as choisi de faire preuve de courage (et non, comme tu crois, de lâcheté) en choisissant la solution de difficulté, c'est-à-dire la vie.

"Rappelez-vous ceci : une route facile devient souvent difficile, et une route difficile devient souvent facile."(Robert T. Kiyosaki)

Lorsqu'on est tenté par la mort, et qu'on résiste à cette tentation, on fait un choix - un bon choix - qui aura forcément des répercussions positives.

Descendre la pente - que ce soit par l'alcool ou autre chose - est toujours beaucoup plus facile que de la remonter. Mais ce n'est qu'en grimpant qu'on peut prendre de la hauteur et avoir une vue d'ensemble des choses.

A propos du suicide, Voltaire a dit quelque chose de très pertinent :

"Ce n'est pas que le suicide soit toujours de la folie. Mais en général, ce n'est pas dans un accès de raison que l'on se tue."

Pour se protéger du désespoir et des pensées suicidaires, développer sa raison est une solution, ou du moins un début de solution. Lorsqu'on se sent en pleine possession de sa logique, la petite voix diabolique qui chuchote ses conseils empoisonnés perd beaucoup de son pouvoir. Et on ne développe sa raison que par de (bonnes) discussions et de (bonnes) lectures...

L'alcool et la drogue, qui obscurcissent et voilent l'intelligence, sont l'une des armes secrètes du mauvais principe, celui qui pousse à la destruction et l'auto-destruction. S'en priver, c'est remporter une victoire contre l'adversaire.

Et chaque petite victoire contre ses faiblesses en prépare une plus grande. Peu importe combien de fois on tombe, l'important c'est de se relever une fois de plus.

Quel que soit l'endroit où tu te trouves, le point où tu en es arrivé à cet instant précis dans ta vie, quel que soit ton passé (et ce que tu as fait hier, c'est déjà ton passé), la seule chose qui compte c'est le choix que tu fais maintenant.
Tant que tu es en vie, il n'est jamais trop tard.

A ce propos, une petite histoire :

Il y avait un homme qui avait tué 99 personnes. Il demanda quel était le plus grand savant de la terre. On lui désigna un moine. Il alla le trouver et lui dit qu'il avait tué 99 personnes. Est-ce qu'il lui restait quelque possibilité de se repentir ?... Le moine dit aussitôt : non.Il le tua sur le coup et compléta ainsi à 100 le nombre de ses victimes.
Puis il demanda quel était l'homme le plus savant de la terre. On lui en désigna un. Il lui dit : "J'ai tué 100 personnes. Ai-je encore quelque possibilité de me repentir ?" Le savant répondit : "oui. Va à tel pays, là les gens font le bien. Ne retourne plus dans ton pays car c'est une terre de mal."Il se mit donc en marche et lorsqu'il fut à la moitié du chemin, il mourut.
Les anges du pardon se disputèrent à son sujet avec les anges de l'enfer. Les anges du pardon dirent : "il est venu plein de repentir désirant de tout coeur être pardonné", les anges de l'enfer dirent : "il n'a jamais fait de bien dans sa vie".

C'est alors qu'un ange vint comme arbitre. Il leur dit : "mesurez la distance qui le sépare de la terre du mal et celle qui le sépare de la terre du bien. Destinez-le ensuite à celle dont il est le plus proche". Ils mesurèrent et trouvèrent qu'il était plus près de la terre qu'il voulait rejoindre...Et ce furent les anges du pardon qui emportèrent son âme au paradis.

Moralité de cette histoire : il n'est jamais trop tard. Peu importe le passé. L'important c'est la terre que toi, tu décides de rejoindre... car c'est celle-là qui décidera de ton futur.

25 juillet 2006

Lettre à quelqu'un qui veut se tuer.

Tu n'as pas l'autorisation de te faire du mal.

Tu crois que le suicide est la porte du néant, la fin de toute souffrance, mais qui te le garantit ? Qui s'engage ?

Et si au lieu de partir pour un monde meilleur, ou du moins de mettre un point final à toutes tes souffrances, tu allais - Méfiance. Tu ne peux pas savoir ce qu'il y a après le suicide. Et si tu le savais, ce serait trop tard pour faire marche arrière.

Si personne ne revient pour raconter, ce n'est pas forcément parce qu'après, c'est génial. Une décision irréfléchie, un acte irréversible te conduirais peut-être là où pour rien au monde tu ne voudrais rester.
Et après, c'est trop tard. La porte est définitivement fermée. Aucun retour possible.

Si quelqu'un te conseillais de te tuer, que penserais-tu de lui ? Est-ce que tu penserais que c'est ton meilleur ami ? Alors prudence : cette petite voix insidieuse, perverse, qui te conseille de te suicider est peut-être la voix d'un ami qui "te veut du bien" à sa manière bien spéciale.

Lorsqu'on va mal, très mal, le plus grand courage est de continuer à vivre en cherchant une solution, une vraie solution.
Tout être humain devra goûter à la mort et il ne sera jamais trop tard pour mourir, de toute façon - alors pourquoi maintenant ?... Il ne sera jamais trop tard pour mourir. Pourquoi ne pas attendre encore ? La mort c'est l'impuissance, l'inaction. Etre vivant c'est avoir des possibles. Et tant que l'on vit, tout est possible - même si pendant des années, rien ne l'a été.

Il suffirait peut-être que tu résistes encore un jour, deux jours, trois jours - pour qu'il se passe dans ta vie quelque chose, apparemment un détail, qui de fil en aiguille changera tout. Il suffit parfois d'un petit quelque chose pour enclencher un grand quelque chose - avec la solution au bout. La vraie solution : c'est-à-dire, la paix de l'esprit et du coeur. Alors prends le temps.
Il y a quelque chose à quoi tu n'as pas encore pensé, et qui peut t'apporter ce qui te manque.

Il suffit parfois d'un battement d'aile de papillon en Chine pour qu'un cyclone ait lieu aux Etats Unis (ce que les scientifiques appellent l'effet papillon). De même, il suffit parfois d'une rencontre, d'une lecture, d'un site - pour que s'enclenche un processus qui conduit finalement à la libération, la paix, le calme intérieur.
Un petit événement peut enclencher un processus de changement exponentiel, qui débouche sur une métamorphose radicale.

C'est ce qui a eu lieu pour moi. Et si je m'étais suicidée avant cette rencontre fondatrice, germinale, j'aurai raté le meilleur de ma vie, le meilleur de la vie. On peut sortir définitivement de l'angoisse et de la souffrance, même lorsqu'elles ont duré des années, et qu'elles sont allées en s'aggravant.

Peut-être que le meilleur de ta vie t'attend encore - peut-être que tout ce que tu as vécu jusqu'ici n'est qu'un cauchemard étouffant au regard de ton futur, que pour l'instant tu ne connais pas et que tu ne peux même pas imaginer. Peut-être que tu n'es pas encore entrée dans ta vraie vie.

Il y a des amis que tu ne connais pas encore et qui t'attendent quelque part. Il y a de l'aide - une aide gratuite et extrêmement efficace - qui t'attend aussi quelque part. Si tu la cherches sans te décourager, sans renoncer, tu la trouveras. Le plus grand courage, c'est de continuer à vivre et de chercher.

PS : excuse-moi de te tutoyer... on ne se connait pas, mais je pense souvent à toi, et au bonheur que tu mérites et que tu n'as pas encore trouvé. Je te promets qu'il existe pour toi comme il existe pour moi, et que si tu cherches sans jamais renoncer, sans jamais perdre espoir, tu le trouveras comme je l'ai trouvé.

01 juillet 2006

Pourquoi a-t-on envie de mourir ?

A quelqu’un qui a envie de mourir, on propose en général toujours les mêmes conseils :

1/la première, c’est de penser à autre chose. Conseil inutile que la personne dépressive s’est déjà donnée à elle-même et qui ne lui a servi à rien.

2/La seconde, c’est de positiver. On lui explique alors que « la vie est belle ». Le problème, c'est que lorsqu'on est déprimé on la voit moche...

3/La troisième, c’est de s’occuper… c’est-à-dire de penser à autre chose (retour à la case départ).

4/La quatrième, c’est d’aller voir un psy. Le psy à son tour va lui expliquer soit que sa souffrance est causée par un traumatisme subi dans son enfance, ou bien qu’une personne de son entourage est directement ou indirectement responsable de tous ses problèmes (sa mère, son père, son grand-père, etc.), ou encore que le problème étant en elle, la solution est aussi en elle… Conséquences possibles : elle se fâche avec toutes sa famille. Et cherche en elle-même la solution à tous ses problèmes, sans la trouver.
Avec un peu de chance, le psy sera une personne attentive, chaleureuse et compréhensive, et on trouvera auprès d'elle un soutien psychologique de type amical ou parental, connaissances psychologiques en sus.

5/La cinquième, c’est d’aider les autres.
C’est-à-dire qu’on demande à quelqu’un qui se noie de devenir maître nageur.
Effectivement, lorsque la personne aura appris à nager, elle fera probablement un excellent maitre nageur, car elle connaîtra toutes les difficultés et les angoisses du débutant qui patauge et pourra aider ceux qui sont aux prises aux difficultés terribles qu'elle a traversées elle-même, et dont elle se souvient. Mais il ne faut pas mettre la charrue avant les boeufs.
Pour l'instant, la personne n'est pas encore sortie de l’eau… elle a besoin d'être aidée avant de pouvoir aider les autres.

Il faut chercher un peu plus loin. Pourquoi a-t-on envie de mourir ?

1/Parce qu’on a la sensation de mener une existence absurde, de dériver sans but : on ne voit pas l'intérêt de vivre, sachant qu'il faudra mourir un jour.

2/Parce qu’on souffre horriblement, et qu’on suppose - ce n'est qu'une supposition - que le suicide est un point final qui résout tous les problèmes.

3/Parce qu’on croit que la mort est une grande aventure.

Les psychanalystes insistent souvent sur la nécessité de « donner du sens » à sa vie… Le problème, c’est que si l’on « donne » du sens sur la vie, ça veut dire qu’en réalité, elle n’en a pas, et qu’il faut lui en rajouter artificiellement pour la rendre supportable…

Bien sûr certaines personnes ont des raisons plus « valables » que d’autres de sombrer dans la dépression. Mais la cause profonde d’une dépression n’est pas à chercher dans les circonstances qui semblent l’expliquer. La perte d’un emploi, d’un être cher, des souffrances subies dans l’enfance… sont plutôt des facteurs déclenchant.

La vraie raison d’un état dépressif qui dure plusieurs années est à chercher dans nos croyances.
C’est ce que nous croyons de nous-même, de la vie et de la mort qui nous rend dépressif – ou pas. Les personnes qui gardent toujours la tête hors de l’eau sont celles dont les croyances les protègent. Cela ne veut pas dire qu’il suffit de se répéter à longueur de journée « la vie est belle » pour y croire… (d’autant que ce n’est pas tout à fait vrai : même pour quelqu’un qui n’est pas dépressif, la vie ressemble plus à un examen qu'à des vacances…) Pour être protégé contre la dépression, il faut croire sincèrement, honnêtement aux croyances qui en protègent.
Autrement dit, il faut avoir trouvé le sens de la vie.

30 juin 2006

Chagrin d’amour et dépendance affective

Cécile a rencontré Jean - par internet ou autrement. Il est tout de suite tombé sur son charme, et l’a couvert de compliments qui lui ont fait plaisir… d’autant qu’elle doutait beaucoup de son charme. Puis, ça a été la passion : pendant un mois ils se sont aimés à la folie.
Avec le temps, l’amour de Cécile pour Jean a augmenté, tandis que celui de Jean pour Cécile a diminué. Cécile s’est montré « collante » du point de vue de Jean – c’est-à-dire qu’elle lui a montré, parce que c’était vraiment plus fort qu’elle, à quel point elle l’aimait et à quel point elle avait besoin de lui. Et finalement, Jean en a eu assez et a quitté Cécile. Elle a été désespéré, a tout fait pour le faire revenir, même de la magie noire, et au bout du compte, à force de s’enfoncer dans le désespoir en écoutant Evanescence pendant des heures, elle a commis une tentative de suicide. Heureusement, elle s’est ratée…

Ce genre d’histoire est hélas très courant.

Qu’est-ce qui explique que Cécile se soit retrouvée au bout du rouleau ?… C’est quoi, la vraie cause ?… On peut bien sûr blâmer Jean (effectivement c’est un sale type), mais si on lui met tout sur le dos, il n’y a plus aucun moyen que Cécile s’en sorte…

Pour comprendre de quoi il s’agit, il faut revenir au début de l’histoire. Cécile ne s’est jamais aimée ; elle a une piètre opinion d’elle-même. Alors bien sûr, le jour où un homme la couvre de flatteries, de compliments, et semble voir en elle la femme qu’elle a toujours rêvé d’être sans jamais y croire…, elle succombe complètement. Ce qu’elle aime, c’est Jean bien sûr, mais c’est aussi l’image merveilleuse qu’il lui renvoie d’elle-même. Il y a là un effet très pervers de (faux) miroir.
Jean, délibérément ou non, a commencé par tendre à Cécile un portrait très idéalisé d’elle en lui disant : « regarde… c’est toi… c’est bien toi… » Pour la première fois de sa vie, Cécile s’est sentie comprise et appréciée. Comprise, parce que l’image dans le miroir ressemble à son idéal d’elle-même. Mais cette image, ce faux reflet, n’a pas de réalité. Ce n’est qu’une image fictive, factice, comme celles très kitch de Pierre et Gilles. Un mensonge.
A ce mensonge, Cécile devient très vite dépendante. A l’amour réel qu’elle éprouve pour Jean et qu’éprouve Jean pour elle se mêle cette illusion : Cécile vue par Jean. Et lorsque Jean cesse d’aimer Cécile, c’est comme si brusquement il lui retirait de sous le nez le « miroir » où elle se voyait belle et radieuse pour lui en tendre un autre, où elle ne voit plus qu’une emmerdeuse, une chieuse, une collante, une pleurnicheuse, etc.
Ce changement brusque représente une énorme souffrance pour l’ego de Cécile. Quelque chose d’infiniment douloureux.
Jean lui semble maintenant beaucoup plus qu’un être humain ordinaire : il a un tel pouvoir sur elle, il peut par son comportement lui procurer une sensation d’euphorie comme la plonger dans le désespoir le plus noir. Pour Cécile, Jean devient beaucoup plus qu’un homme : le pivot de son existence, une idole à vénérer et à craindre. Il peut tout sur elle. S’il l’aime, elle est au paradis ; s’il ne l’aime pas, elle plonge en enfer.
C’est ce qu’on appelle parfois la « dépendance affective ».

Le premier problème, c’est l’image que Cécile a d’elle-même. Si dès le départ, elle avait su très clairement qui elle était, elle ne serait pas laissée leurrer par le miroir aux alouettes des flatteries.
L’autre problème, c’est que sans le décider consciemment, elle a pris un être humain ordinaire, et même très ordinaire, pour idole, ce qui est aussi dangereux que de prendre un macaque pour chef ou une girouette pour guide. Bref, elle a construit la maison de son amour sur des sables mouvants et pris comme appui ce qui n’a aucune stabilité, aucune solidité. Un peu comme quelqu’un qui prendrait comme bâton de montagne un spaghetti géant. Dès qu’il s’y appuie un peu, le spaghetti casse et le montagnard dégringole dans le ravin.