Recevez gratuitement les 20 premières pages du TRESOR + LA LETTRE BLEUE


 

12 septembre 2006

"Vaut-il mieux vivre malheureux ou mourir ?..." (Une question biaisée)

Je pose la question en ces termes, parce que lorsqu'on est très déprimé et malheureux, il peut arriver qu'on se la pose de cette façon.

En fait, cette question, qui est orientée vers une certaine réponse (la mort serait préférable), est subtilement biaisée.

Examinons comment.

On prétend parfois que les dépressifs n'arrivent pas à vivre dans l'instant présent et que c'est ce qui les rend dépressif. En réalité, lorsqu'on est déprimé on a plutôt la tendance inverse : on est tellement prisonnier de son pénible présent qu'on n'arrive pas à se projetter dans le futur, même dans un futur très proche. On arrive pas à imaginer demain, et encore moins, après-demain.

Ce qui fait que l'état de souffrance dans lequel on se trouve nous paraît sans limites : on en a oublié le commencement, qui se perd dans les brûmes d'un passé lointain même s'il est tout proche, et on arrive pas à concevoir sa fin, qui est peut-être toute proche elle aussi.

De la même façon, quelqu'un qui souffre sous la roulette du dentiste n'arrive pas à se souvenir de ce qu'il a fait hier, ni à penser à ce qu'il fera demain.

Dans un état de déprime, on oublie complètement et le passé, et le futur, pour ne plus vivre qu'aux dimensions d'un présent qui s'étire en éternité de souffrance... d'où cette question que l'on peut se poser : "vaut-il mieux vivre malheureux ou mourir ?"

Question d'où la dimension temporelle est complètement occultée, exclue. En fait, si on réintègre le temps, qui est une réalité, et tout ce qu'il apporte inéluctablement comme changements (ici comme changements positifs), il faudrait se poser la question en ces termes :

"Vaut-il mieux supporter d'être malheureux pendant un temps plus ou moins long, ou mourir ?"

Mais la question initiale est encore biaisée, déformée d'une autre manière.

En effet, personne n'a le choix entre vivre et mourir. Nous devrons tous mourir un jour, que nous le voulions ou non, que cela nous soulage d'un fardeau de souffrance ou non : toute âme goutera la mort.
Dans des circonstances normales, naturelles, ce passage inulectable à lieu plus tard que lorsqu'on se suicide.

Le choix n'est donc pas entre "vivre malheureux" et "mourir", mais plutôt entre "vivre malheureux" et "mourir avant son heure".

Ce qui donne donc :

"Vaut-il mieux supporter d'être malheureux pendant un temps plus ou moins long, ou mourir avant son heure ?"

Formulée de cette manière, la réponse est déjà moins évidente. Qu'est-ce qui est préférable : se montrer patient face à l'adversité, face aux souffrances morales, ou abréger prématurément le cours de sa vie ?...

La réponse que l'on choisira dépendra essentiellement de la manière dont on considère la vie et la mort.

Si l'on se croit né par hasard, sans but, la seule chose qui justifie notre existence c'est le bonheur - dès qu'on souffre, la vie parait absurde : elle n'avait déjà pas beaucoup de signification au départ, la tristesse lui ôte le peu qu'elle avait.

Si l'on croit que la mort est un repos, ou un retour à "une grande lumière" d'amour inconditionnel, on sera d'autant plus tenté par elle.

Vraies ou fausses, ces croyances répondent à des questions que parfois, on ne s'est même pas posées... c'est-à-dire que ce n'est pas toujours après un examen réfléchi et une recherche consciente qu'on a décidé de croire que "la vie n'a pas de but" ou que "la mort est une délivrance". On le croit souvent pour des raisons nettement moins rationnelles, telles que : autour de nous, tout le monde croit la même chose, ou : ce sont des idées que les films, les magazines, etc., véhiculent.

Pour revenir à la question initiale (vaut-il mieux vivre malheureux ou mourir ?), cette question occulte encore une autre dimension essentielle, un aspect pourtant très important du suicide, et qui devrait trouver sa place dans la question.

En effet, à moins d'être seul sur une île déserte comme Robinson sans Vendredi, on est en relations avec diverses personnes, sur lesquelles notre suicide aurait forcément un impact négatif et incitatif - cf. les articles "suicide et instinct grégaire" et "les conséquences d'un suicide". Plus les personnes nous aiment et nous admirent, plus l'impact sera fort.

Voici donc comment on peut reformuler la question pour qu'elle intègre ce facteur :

"Vaut-il mieux supporter d'être malheureux pendant un temps plus ou moins long, ou mourir avant son heure et pousser ainsi les gens qui nous aiment à se suicider eux aussi plus tard ?..."

Les questions que nous nous posons déterminent dans une grande mesure la qualité de nos vies. En effet, une question est comme un panneau de direction que notre esprit suit : si la question est mal posée, tendancieuse, biaisée, elle nous dirige vers une impasse, un champs de ronce, un gouffre. Si la question est bien posée, valable, elle nous dirige vers un endroit nettement plus agréable... parfois, vers le magnifique sommet d'une montagne.

Bouddha a dit : "je ne peux rien pour celui qui ne se pose pas de question".

Et effectivement, le fait de ne pas se poser de question du tout est peut-être plus tragique encore que le fait de ne pas se poser les bonnes questions. En effet, celui qui se pose de mauvaises questions peut toujours les corriger, tandis que quelqu'un qui ne se pose aucune question n'a aucun espoir d'arriver quelque part - ni dans un gouffre, ni au sommet d'une montagne.

Une loi naturelle aussi inévitable et systématique qu'une loi physique, est que toute personne qui cherche obstinément la réponse à une question, finit par la trouver (à moins bien sûr que la question soit trop mal foutue à la base).

Pour conclure, voici quelques questions qu'il peut être bon de se poser :

- Comment puis-je savoir en toute certitude ce que l'avenir me réserve de positif ? (sachant que les voyantes ne sont pas un moyen sûr).

- Dans quelles circonstances ai-je déjà eu de la chance ?

- Quelles sont les personnes qui ont moins de chance que moi, et pourquoi ?

- Quelles sont les questions dont j'ai besoin d'avoir les réponses pour être heureux, ou du moins, tranquille dans ma tête ?

- Où pourrais-je chercher leurs réponses ?

Il n'y a que les personnes qui ont renoncé à la recherche (parce qu'elles la croient vaine) qui désespèrent de la vie et d'eux-mêmes. Quelqu'un qui cherche n'est jamais complètement désespéré... et quelqu'un qui cherche, finit toujours par trouver.

9 commentaires:

  1. Je ne vais pas faire de long discours. Tes textes sont tellement parfais que d'essayer de rajouter quelque chose reviendrait à salire cette magnifiscence. J'admire ce que tu écris et je t'admire comme on admire une star. Tu as changé des choses en moi, j'adore te lire c'est si parfait...J'espère que ce que je te dit te fera plaisir car c'est plus que sincère. Je vais mettre ton site dans mes favoris ( 3 avec le tien ). Merci.

    Syou.

    RépondreSupprimer
  2. Syou, ça me fait plaisir - mais à moitié seulement. Ce n'est pas bon de vénérer une idole (j'en sais quelque chose pour en avoir vénéré plusieurs!) si tu veux vraiment admirer quelqu'un qui le mérite, admire celui qui m'a changé - et qui peut aussi te changer pour le mieux, et te donner la force, la paix, tout en fait !... Il est invisible, mais il t'a adressé une lettre qui t'attend dans une librairie - pourquoi tu ne vas pas chercher cette lettre ? elle pourrait changer ta vie comme elle a changé la mienne.

    Lucia

    RépondreSupprimer
  3. Et si on a deja toute les questions et que c'est pas tres positif.. On fait comment? Sa va faire 5 an que je pence a sa, et defois je trouve plus d'idée pour continué. J' ai perdu la force que j'avais... voila sinon joli texte

    RépondreSupprimer
  4. Si on a les questions il faut chercher les réponses... les vraies réponses sont positives.

    Il n'y a qu'une façon d'échouer, c'est de renoncer.

    L'échec est la graine du succès.

    RépondreSupprimer
  5. C'est bien beau ce que tu viens d'écrire. C'est vrai que la plus part des gens ne se posent pas de questions du tout ou se posent peu et vivent leur vie bêtement. Moi pour ma part je n’arrête pas de me poser des questions existentielles telles que pourquoi sont nous ici sur cette terre? C'est quoi la signification d'une vie? Enfin je me pose beaucoup de questions sur la nature humaine et ses penchants vers des pires atrocités et là je suis dégoûté d’être un être humain. J’aurais mille fois aimé être un animal qu’un être humain.
    Je crois seulement le quart de ce que tu dis peut être vrai mais pour le reste s’est discutable.

    RépondreSupprimer
  6. Il est des questions qui restent sans réponses. Peut-être parce qu'elles sont mal posées ou mauvaise ? Peut-être aussi parce que nul n'a réponse à tout ?

    RépondreSupprimer
  7. et quelqu'un qui cherche, finit toujours par trouver

    quelque chose...Pas toujours ce qu'il cherche.


    Cela dit, c'est à chacun de choisir si sa vie mérite d'être vécue.

    RépondreSupprimer
  8. Merci de votre commentaire.

    Oui c'est vrai on trouve parfois autre chose que ce qu'on cherche.

    Pour ce qui est de la décision, dit comme ça on dirait que se tuer est une affaire strictement personnelle, ça ne l'est pas.

    Ce sont "les autres" qui trouveront le cadavre, qui seront traumatisés, et qui se suicideront peut-être plus tard en suivant le mauvais exemple qu'on leur a donné...

    RépondreSupprimer
  9. lorsque l on est pas heureux sur des choses du passé qui sont irreversibles, que du mal a ete fait sur des peronnes proches et qu ils sont decedés par exemple, et que nous en avont de la compassion, vous pouvez vous poser toutes les questions du monde, il n y aurra pas de reponse car cela appartient au passé. et la entre vivre malheureux ou mourir, je choisirais vivre malheureux tant que rien ne garantie qu apres la vie, il y a quelque chose d autre. si la vie est cruelle c est une verité pour certains et d autre ont eu la chance de ne pas connaitre ces malheures, donc la vie n est pas belle pour tout le monde. allez me prouver le contraire..

    RépondreSupprimer