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19 octobre 2009

Maladie ou cinéma ? Dépasser l'opposition

En réponse à un avis...

Il est tout de même incroyable (ou gravement symptomatique de notre époque), que dans la tête de beaucoup, il n'y ait RIEN entre ces deux hypothèses :

- la dépression est une maladie ;

- la dépression est du cinéma (ic : la dépression est un caprice, de la paresse, la dépression n'est rien).

Si vous cherchez dans un dictionnaire les définitions de "désespoir" et "angoisse", vous verrez que ces deux notions ne sont ni à ranger dans la catégorie des maladies, ni à ranger dans la catégorie "cinéma". Alors pourquoi n'envisagez-vous pas que la dépression (dont la recette contient du désespoir et de l'angoisse) n'ait elle aussi rien à voir avec ces deux catégories-là ?

Que la dépression ait des conséquences sur le corps, le système immunitaire, etc., n'en fait pas plus une maladie qu'un accident de la route. Un accident a lui aussi des conséquences sur le corps - ça n'en fait pas une maladie. Les émotions négatives se répercutent sur le corps, on le sait depuis longtemps. L'amour aussi : il est bon pour la santé parce qu'il est bon pour le moral. Est-ce que ça en fait un médicament an sens littéral ?...

Le problème, c'est que la propagande actuelle s'emploie à élargir à outrance la définition de "maladie", pour que tout y rentre - y compris la dépression, et surtout la dépression.

Un coup de poing a pour conséquence un hématome : est-ce que ça signifie qu'un coup de poing est une vraie maladie ?...

Tout ce qui a des répercussions négatives sur l'organisme n'est pas ipso facto une maladie, j'espère que vous en conviendrez.

Donc pour prouver que la dépression est une maladie, il faudrait un peu plus que la fatigue, la baisse de libido, etc. Quand à la baisse de sérotonine, on n'a jamais constaté scientifiquement qu'elle était à l'origine de la dépression (même si cette idée fausse circule partout, propulsée par l'industrie pharmaceutique).

Les émotions négatives ont des effets sur le corps, sur les hormones, sur la chimie du cerveau, etc. Ce n'est pas un scoop et ça prouve seulement que l'esprit agit sur le corps.

Or quand on soutient que "la dépression est une vraie maladie", c'est exactement l'inverse qu'on veut dire : que la dépression est une vraie maladie du corps qui, ensuite, génère des idées noires, etc.

Vous allez me dire : "mais non... la dépression est une maladie mentale!"

Mais justement, qu'est-ce que ça veut dire, "maladie mentale" ? D'après un psychiatre connu, cette expression n'a strictement aucun sens. Ou elle n'a de sens que si on la prend au sens métaphorique. Une "maladie mentale" n'est pas une vraie maladie - elle est une maladie au même sens que la médisance est un cancer qui ronge les relations amicales.

Le mental n'est pas un organe. C'est le cerveau qui en est un. Il y a des maladies du cerveau ; il n'y a pas (au sens littéral) de maladie du mental, de maladie mentale. Par contre, il y a des esprits perturbés, des bouffées de folie, etc.

La psychiatrie joue sur les mots. Elle saute de manière sournoise du sens figuré au sens littéral de "maladie" pour vous faire croire que vos émotions naturelles et normale (même si elles sont douloureuses, même si vous devez bien sûr faire quelque chose pour en sortir) sont dues à des dysfonctionnements biologiques mystérieux (sérotonine, gène, etc.)

Alors, dites-vous, si la dépression n'est ni une maladie, ni du cinéma, qu'est-elle ?

Une émotion, ou plutôt, un ensemble d'émotions et de sentiments - et considérez que l'indifférence aussi en est une.

Cet ensemble d'émotions et de sentiments a pour origine des idées et des choix.

Changez (et améliorez) vos idées et vos choix, et vous pourrez dire "bye, bye" à la dépression.

Mais dès maintenant, vous pouvez dire "bye, bye" à l'idée que la dépression est une "vraie maladie qui se soigne", car cette idée-là n'est qu'une illusion, un leurre commercial visant à vous attirer dans les filets de l'industrie pharmaceutique, qui pratique la pèche au gros sans quota ni limite, dans toute la population.

Pour connaître les limites du développement personnel, c'est ici.
A propos de chômage et de dépression, ici et ici.
A propos de violence psychologique et de dépression, ici.

18 octobre 2009

Ne vous laissez pas manipuler

Ne vous laissez pas manipuler par le discours officiel.

Le discours officiel sur la dépression, vous le connaissez : "la dépression est une VRAIE maladie... la dépression n'a rien à voir avec la déprime..."

à force de lire ces phrases, et d'autres de même farine, vous avez tendance à y croire (moi aussi, j'aurais tendance à y croire, si je ne passais pas tant de temps à démonter les rouages de ce piège-à-déprimés).

Du coup, je lis des avis du style : "je fais cette fois-ci une vraie dépression pathologique... pas comme la fois d'avant, ou c'était purement réactionnel." (je cite de mémoire, je n'ai pas retrouvé l'avis).

ça veut dire quoi, réactionnel ? ça veut dire quoi, pathologique ?

Si par "réactionnel", il faut entendre "qui est la conséquence logique d'autre chose", toute dépression est réactionnelle. Toute maladie aussi d'ailleurs - mais la dépression n'est pas une maladie.

La seule raison pour laquelle vous vous imaginez que vous souffrez d'une "vraie maladie pathologique", c'est qu'on vous a répété deux mille fois que la dépression en est une. Mais où sont les preuves ? Le virus ? Le manque de sérotonine ? Renseignez-vous davantage, creusez : vous découvrirez que le discours médical sur la dépression n'est que du blabla médical. Du vent !

Il n'y a rien. Pas la moindre preuve. Pas le moindre indice !

En vous imaginant que vous souffrez d'une "pathologie", vous déguisez votre mal-être, vous l'affublez de lunettes noire, d'une fausse barbe et d'une perruque blond platine. Pas étonnant qu'ensuite, vous ne le reconnaissiez plus ! Et que vous en ayez peur... Il n'y a pas de raison d'avoir peur parce que vous ne souffrez PAS d'une pathologie. Vous ne souffrez PAS d'une dépression clinique. Vous ne souffrez PAS d'une "vraie maladie".

Vous être très malheureux, c'est tout.

Alors s'il vous plaît, déshabillez votre dépression, ôtez-lui cet accoutrement ridicule, cet attirail de termes médicaux et effrayants qui n'ont rien à faire sur elle. Si vous voulez avoir peur d'une maladie, ayez peur du cancer : votre dépression n'est pas une maladie.

Je sais bien que mes affirmations ne vont pas suffire à vous convaincre. Il faudrait que j'argumente bien davantage (ce que j'ai fait d'ailleurs dans d'autres posts).

Mais dans ce post, je voudrais du moins vous amener à vous poser quelques questions :

- si la dépression est une vraie maladie, comment se fait-il qu'il n'y ait aucun critère physiologique pour dire qu'on en souffre ? Depuis quand une vraie maladie ne présente-t-elle AUCUN symptôme physique ?

- est-ce que vous êtes prêt à croire que le comportement des gens qui s'énervent dans leurs voitures et insultent les autres automobilistes est le symptôme d'une vraie maladie, d'une pathologie ?... Si non, pourquoi ? (Et si oui, pourquoi aussi ?)


- est-ce que vous êtes prêt à croire [avec le DSM-IV] qu'il est anormal d'être triste pendant plus de 14 jours d'affilée ? Et si oui, pourquoi mettez-vous la limite à 14 jours précisément, et pas à 13 ou à 15 ?

- est-ce que vous êtes prêt à croire [avec le DSM-IV] qu'un enfant qui parle fort et qui n'écoute pas quand on lui parle a un comportement anormal, pathologique, qu'il souffre d'une vraie maladie ?...

- est-ce que vous êtes prêt à croire tout ce que dit un psychiatre - même s'il dit que la terre est plate et le soleil carré - et si oui, pourquoi ?

- où placez-vous la limite entre ce que vous considérez comme "pathologique" et ce que vous considérez comme "normal" ? et pourquoi la placez-vous là où vous la placez ?

- est-ce que vous avez conscience que les entreprises pharmaceutiques font un énorme travail de "communication" pour VOUS convaincre que la dépression est une vraie maladie qui se soigne... avec leurs cachets ?

- est-ce que vous savez comment on "découvre" les maladies mentales ? (Réponse : on ne les découvre pas, on les vote à main levée. )

- est-ce que vous savez qu'il y a des gens qui ont intérêt à vous convaincre que vous n'êtes pas normal, et que votre fonctionnement est bizarre, pathologique ? des gens qui se font beaucoup d'argent avec vos angoisses ?

- est-ce que vous avez envie de marcher avec le troupeau vers l'abattoir, ou est-ce que vous préférez ramer à contre-courant et sauver votre peau ?

- est-ce que vous pensez qu'à partir du moment où on a de quoi manger et un toit sur la tête, on a absolument toutes les raisons d'être heureux, et que si dans ces conditions-là on n'est pas heureux, c'est qu'on est malade ?

- est-ce que vous pensez que les êtres humains sont des animaux - avec exactement les mêmes besoins que les animaux - ou est-ce que vous pensez qu'ils ont peut-être d'autres caractéristiques et d'autres besoins ?

- est-ce que vous pensez que tout ce qui est important peut se voir, se toucher, se mesurer ?

- est-ce que vous avez envie d'être une dupe ? Et si oui, pourquoi ?

18 mai 2009

La dépression, un état d'esprit ?

L'industrie pharmaceutique s'échine à isoler la dépression de ses synonymes traditionnels, tels que "état d'âme", "mélancolie", "tristesse"...

La tristesse est un état d'âme ; est-ce que la dépression en est un aussi ?

Oui - si on revient à la perspective antérieure (celle d'avant la psychiatrie).

Et le mot le plus significatif, dans cette expression, c'est "âme".

Car en médicalisant la dépression, on en a fait une maladie du corps - alors qu'elle est une maladie de l'âme.

L'âme a des besoins comme le corps.

Lorsque ces besoins ne sont pas satisfaits... on sombre dans la dépression.

Ps : on peut remplacer "âme" par "esprit".

01 mai 2009

L'enjeu

Ranger la dépression dans la catégorie Maladies a notamment des conséquences sur :
- la manière dont on se représente son problème, dont on l’interprète et l’analyse ;
- les lieux où lui on cherchera une solution ;
- les personnes vers lesquelles on se tournera et auxquelles on fera confiance pour nous aider ;
- les moyens que l’on mettra en œuvre pour se sortir de difficulté.
Si vraiment la dépression est une maladie, c’est à un médecin de la dépister, de la diagnostiquer et de nous dire quoi faire. Si la dépression est une maladie, on va se soigner avec des médicaments. Si ça ne marche pas, on ira à l’hôpital pour subir un traitement plus musclé. Au bout du compte, soit on guérira complètement et tout rentrera dans l’ordre – soit on guérira mais on gardera quelques séquelles – soit on guérira mais on connaîtra ensuite des rechutes plus ou moins graves – soit, c’est la dernière possibilité, on mourra à cause de cette maladie mortelle (par un suicide par exemple).
Si la dépression est une maladie, il est sage de faire ce que dit le médecin, de se confier à lui les yeux fermés, car lui sait, comme sa blouse blanche le démontre, et nous ne savons pas. S’il nous prescrit des petites pilules, on les avalera – de même qu’on a avalé sans rechigner les antibiotiques que nous a prescrit notre généraliste lorsqu’on avait la grippe. Tout traitement physique sera le bienvenu – y compris les électrochocs, pourquoi pas ?... Puisque le problème est physique, la solution l’est certainement aussi.
Voilà le programme que « la dépression est une maladie » nous réserve.
Mais supposons que la dépression ne soit pas une maladie…
La capacité des médecins à régler le problème de la dépression dépend entièrement de sa nature : si la dépression n’est pas une maladie, ils sont, par définition, aussi impuissants à lui trouver une solution qu’un plombier à réparer un ordinateur, ou un masseur-kinésithérapeute à refaire une toiture abîmée par la grêle. Si la dépression n’est pas une maladie biologique, alors les docteurs n’ont pas le C.V requis ; ils ne sont pas qualifiés. Et les seuls « médicaments » qu’ils peuvent prescrire pour la « soigner » sont des drogues sous un autre nom.
Imaginons que la dépression ne soit pas une maladie, mais qu’on en soit persuadé. Dans ce cas, que se passe-t-il ?...
On se rue plein d’espoir chez des gens qui ne peuvent rien pour nous, à part nous prescrire des cachets qui nous assomment, mais qu’on avale quand même, convaincu que c’est notre devoir de malade… Pourtant on garde espoir, on s’imagine qu’ils finiront bien par trouver le traitement qui le sauvera - un peu comme d’autres s’imaginent qu’on va bien finir par découvrir de la vie sur Mars, ou des extraterrestres. Espoir continuellement déçu. On dépense son énergie et son argent en vain, on se précipite tête baissée dans la mauvaise direction, en toute confiance, alors que c’est une impasse de plus en plus sinistre qui l’enfonce dans la pharmacodépendance (pharmacodépendance est un synonyme pudique de dépendance) et dans un désespoir toujours plus noir…
Bref : il est d’une importance cruciale de savoir si dépression est une maladie, ou n’en est pas une.

25 avril 2009

La dépression, une maladie ?

Deux faits contredisent la vérité officielle.

Le premier, c’est l’ignorance où les scientifiques demeurent quant à l’origine réelle des troubles mentaux en général, et de la dépression en particulier. Ils avouent ne rien y comprendre : la dépression reste, disent-ils, inexpliquée. Ils ne savent vraiment pas ce qui la cause. Ils ne savent même pas si elle est d’origine biologique ou non.

Cette ignorance ne colle pas avec la thèse de la dépression-maladie : comment peut-on être sûr que la dépression est une maladie, alors qu’on ne sait même pas ce qui la provoque ?

Le deuxième, qui découle du premier, c’est que, malgré les apparences, on ne « soigne » pas la dépression comme les maladies organiques.

Si la dépression était une vraie maladie, tristesse, angoisse et piètre estime de soi ne seraient que les symptômes ou les conséquences d’un problème physiologique précis. Aussi lorsque quelqu’un se présente, démoralisé, chez son médecin, celui-ci devrait l’examiner sous toutes les coutures, et probablement lui faire faire un test - sanguin, urinaire, ou autre -, une radio ou un scanner, pour savoir si son état d’âme est uniquement un état d’âme, ou si c’est la conséquence directe d’une « dépression », maladie au sens strict.

C’est ce diagnostic d’un état physique qui devrait permettre de savoir si l’on est bien atteint de dépression, et pas seulement de vague à l’âme ou d’une autre maladie biologique (cancer, hypothyroïdie, etc.) qui pourrait être à l’origine de cet abattement.

Or dans les faits, c’est rarement à la suite d’un examen physique que les gens sont diagnostiqués dépressifs, et s’ils le sont, ce n’est pas positivement, parce que la maladie « dépression » a été identifiée, mais négativement, parce qu’aucune maladie biologique n’a été décelée. Autrement dit, ce n’est pas la présence d’un problème physiologique précis qui indique au docteur qu’il a affaire à une dépression, mais au contraire l’absence de tout problème physiologique qui le lui donne à penser…

Au fond, lorsque le discours officiel affirme que la dépression est une vraie maladie, ce qu’il dit en réalité, c’est : « Malgré toutes nos déceptions, nous gardons espoir : il n’est pas interdit de penser qu’un jour nous réussirons à prouver que la dépression est une vraie maladie ». Mais a-t-on le droit de travestir ses espérances en certitudes ?

05 mars 2009

Rien fait de mal...

Le discours officiel fredonne : la dépression n'est la faute de personne… Ne vous sentez pas responsable de votre maladie… Dites vous bien que vous n'êtes pas responsable de votre état dépressif… Comprenez bien que la dépression n'est pas de votre faute…La dépression n’est pas du laisser-aller, un mal de vivre que vous auriez laissé se développer ; vous ne l’avez pas voulue et vous n’en êtes pas responsable… Ce n'est pas votre faute si vous souffrez de dépression, tout comme ce ne serait pas votre faute si vous souffriez du diabète…
Ainsi le discours officiel ouvre au dépressif les bras de sa douce pitié. C’est tout de même plus agréable que les « bouge-toi ! » et « Quand on veut, on peut ! » auxquels on a droit de la part des gens qui n’y connaissent rien ! Enfin un peu de sympathie dans ce monde de brutes…
Cependant la comparaison de la dépression et du diabète est mal choisie : on sait que beaucoup de diabétiques le sont devenus suite à des excès de sucreries. Autrement dit c’est un peu leur faute, justement. Une autre idée récurrente dans le discours officiel mérite d’être discutée, celle selon laquelle on n’est pas responsable de sa dépression parce qu’on ne l’a pas voulue. Pourquoi ce type de raisonnement n’est-il pas appliqué aux accidents de la route ? 100 % des chauffards affirment en toute bonne foi qu’ils n’ont pas voulu provoquer un accident. Et bien malgré ça, bizarrement, leurs assureurs persistent à les considérer comme responsables… Est-ce le code de la route qui nous culpabilise injustement, ou le discours officiel qui nous victimise démesurément ?
Compatissant, le discours officiel répète encore et encore sa rengaine : on ne choisit pas la dépression ; c’est elle qui vous choisit ; vous n’y pouvez rien ; vous n’avez rien fait de mal… On n’a rien fait de mal ? Ouf ! Tout va bien, alors… Sauf qu’on est toujours dépressif. Si l’individu déprimé était un tennisman de haut niveau qui venait de perdre un tournoi, son coach devrait-il aussi lui dire « Tu n’as rien fait de mal » ?... Serait-ce le moyen qu’il améliore son jeu et corrige ses erreurs, ou qu’il les refasse la prochaine fois ?
Dire à quelqu’un qu’il n’a « rien fait de mal », c’est l’encourager à persévérer dans sa voie. « Vous n’avez rien fait de mal » sous-entend : « continuez comme ça ». Par cette phrase, on encourage le gai luron à garder sa bonne humeur… et le dépressif à garder sa dépression.
Et vous, à qui choisissez-vous de vous identifier ? A une pauvre victime impuissante, ou à un athlète qui a encore des choses à apprendre ?

18 janvier 2009

Aidez vos proches à surmonter la dépression (par Jérôme Palazzolo)

A voir sa tête, en quatrième de couverture, Jérôme Palazzolo a pourtant l'air sympathique... Comme quoi les apparences sont trompeuses (ce qui n'est pas nouveau, mais toujours vrai, voire de plus en plus vrai).

Vous voulez sortir de dépression ?
Ne lisez pas ce livre.

Vous voulez aider vos proches à surmonter la dépression ?
Ne lisez surtout pas ce livre.

Sa couverture, déjà, en dit long : au premier plan, en couleurs vives (rose et orange) des cachets et des gélules, dont l'une est déjà sortie de son emballage métallique, prête à être avalée.
En arrière-plan, un homme qui tente de réconforter une femme - et ça n'a pas l'air de marcher... heureusement qu'il y a les cachets !

La tête des personnages est deux fois plus petite que le flacon de gélules. Ce qui s'explique par la perspective. Seulement par elle ?

En tout cas, les cachets sont peints avec plus de détails que les personnages, tellement schématiques qu'ils n'ont même pas droit à des visages.

[J'ouvre une parenthèse ; si vous regardez les couvertures des livres de psychiatrie sur amazon.fr, vous découvrirez que leurs couvertures sont souvent significatives : crânes simplifiés, représentations de visage si abstraits qu'ils sont privés de toute humanité. Jamais de photo de personnes réelles - ce n'est pas de ça dont on parle.]

Mais dépassons la couverture pour entrer dans le vif du sujet.

p.16 : l'auteur nous présente Lucienne. âgée de 82 ans, elle a perdu son mari, avec lequel elle vivait depuis 63 ans. Il est décédé il y a un mois. Lucienne n'a plus le goût de vivre.

Bon, jusque là, je ne sais pas vous, mais moi ça ne m'inspire rien d'autre que : "C'est la vie... c'est triste." - ou : "C'est la mort... c'est triste."

Mais l'auteur est un psychiatre, donc il ne se contente pas de ce genre de banalité. Voilà ce qu'il dit :

"Pour ce qui concerne cette dame, le diagnostic porté est celui de deuil, réaction tout à fait adaptée au vu des circonstances."

Ce qui est intéressant, dans cette phrase, c'est la contradiction entre ce qui est dit explicitement, et ce qui est dit implicitement - entre l'idée énoncée, et le choix des mots.

D'une part, la pauvre dame est normalement déprimée, vue les circonstances - d'autre part, elle souffre d'une maladie (puisqu'on ne pose de diagnostic que sur les maladies) qui a un nom bien précis, un nom en italique : deuil.

Or une maladie n'est pas une réaction normale, et une réaction normale n'est pas une maladie.

Détail, dites-vous ?
Pas du tout.
C'est avec ce genre de phrase que se profile un avenir où l'on n'aura plus le droit d'être triste de la perte d'un être cher - enfin, si, on aura le droit, mais ce sera pathologique.

P.46 : l'auteur décrit la réaction du patient auquel on révèle qu'il est "dépressif" :
- colère, agressivité ;
- découragement face à l'inévitable.

Si le diagnostic a cet effet-là, on pourrait peut-être s'en passer, non ?

p.60 : "Les personnes dépressives souffrent d'une incapacité à vouloir, sorte "d'endormissement de la volonté". Il est donc inutile de faire appel à leur volonté".

Cette phrase-là est l'équivalent d'une bonne dose de cyanure : je vous conseille de ne pas l'avaler (c'est-à-dire de ne pas y croire).

Les personnes dépressives ne souffrent pas d'une incapacité à vouloir. Les personnes dépressives ont oublié qu'elles ont le choix. Elles ne se rendent pas compte - précisément parce que tous les psychiatres serine le contraire - qu'elles peuvent choisir leurs émotions en choisissant leurs pensées.

Nous ne sommes pas les marionnettes de nos émotions ; ou si nous le sommes, c'est seulement parce que nous avons oublié que nous pouvons nous élever au-dessus d'elles. Notre esprit n'a pas à suivre comme une girouette les mauvaises pensées qu'un mauvais vent lui impose. Nous ne sommes pas obligé de croire tout ce qui nous passe par la tête.

Nous ne sommes pas obligés de nous soumettre à nos états d'âme.

On peut se lever le matin et entamer la journée du bon pied, même si on n'est pas dans l'humeur, simplement parce qu'on l'a décidé. Dépressif ou pas dépressif, l'être humain est un être humain : une créature qui a le choix.

p.61, l'auteur affirme que les antidépresseurs ne produisent ni accoutumance, ni dépendance.

C'est pas beau de mentir.

p.72, à propos de quelqu'un qui pense au suicide, l'auteur conseille : "ne le culpabilisez pas, évitez les phrases du type "pense à tes enfants".

J'ai rarement lu au conseil aussi contre-productif... enfin, contre-productif si le but est d'empêcher le suicide. Tant qu'à faire, pourquoi ne pas déculpabiliser le geste ?
Comme ça, il sautera plus facilement du haut du pont...

Mais passons.

Le livre entier insiste sur :
- la prétendue irresponsabilité du dépressif ;
- la nécessité pour l'entourage de l'encourager à bien prendre ses cachets ;
- le discours victimisant que l'entourage doit tenir à celui qui va mal : p.95 "vous devez lui faire comprendre qu'elle n'est pas responsable de son état".

Ah bon ?
Pas responsable de son état ?
Alors qui ?

La vérité, c'est que nous sommes responsables de nos vies. Et la dépression ne constitue pas une exception à la règle : nous sommes toujours, en toutes circonstances, responsables de nos vies.

Pas de ce qui nous arrive... (comme par exemple, une tuile tombant d'un toit sur notre tête) - mais de ce que nous en faisons.

La dépression est un état d'âme - notre état d'âme. C'est à nous de l'accueillir comme une reine ou de la traiter comme une intruse. Si nous l'honorons, elle s'installera chez nous pour longtemps. Si nous ne lui prêtons aucune attention, elle se sentira mal accueillie et partira ailleurs.

Encore une contradiction : juste après avoir "rassuré" le dépressif en lui expliquant qu'il n'est pas responsable de son état, le proche est sensé le rassurer encore, mais cette fois-ci sur "ses capacités personnelles". (p.96)

Comme c'est logique...
"T'es qu'une victime, tu n'y es pour rien, mais t'en fais pas, tu es tout à fait capable de t'en sortir, t'as les capacités pour ça."
Cherchez l'erreur.
Si on n'a rien fait pour se mettre dans la mouise, mais vraiment rien, comment pourrait-on avoir les capacités pour s'en sortir ?
Entre le statut de victime ("pas responsable de son état") et les capacités personnelles, il faut choisir.

Un conseil : choisissez les capacités personnelles. Le statut de victime n'apporte que des justifications de ce statut - autrement dit, de gros ennuis.

p.101 : l'auteur déconseille vivement l'alcool et le cannabis.

Ce serait logique, s'il ne conseillait pas encore plus vivement d'autres drogues - celles qu'il prescrit.

Dans le genre comique, p. 131, un témoignage : "Un docteur me l'a confirmé : lors d'une dépression, on ne peut pas se donner de coups de pied au derrière."

Pas besoin d'avoir fait des études d'anatomie pour en convenir...

Bref : un livre qui n'est qu'une apologie de plus de ces merveilleux médicaments qui protègent du suicide (sauf que c'est l'inverse) et une victimisation de plus de ces pôv' dépressifs impotents même pas capables se brosser les dents (sauf qu'il suffirait qu'ils lisent Le succès selon Jack pour que ça leur passe...)

Ne lisez pas Aidez vos proches à surmonter la dépression. Lisez Le succès selon Jack, Psychocybernétique, Le succès par la pensée constructive, et tous les autres livres conseillés à droite. Je vous garantis, je vous promets, qu'ils feront une énorme différence pour le mieux dans votre vie.

04 décembre 2008

La souffrance ne sert à rien (?)

La dépression (pot-au-feu de tristesse, de déception, d’angoisse) est une maladie, dit le discours officiel.
Qu’est-ce que cela présuppose ?...
Tout simplement que les sentiments négatifs n’ont aucune utilité. Ce sont des sentiments déchets, des anomalies du fonctionnement humain.
La joie est l’état naturel ; la tristesse est pathologique. Voilà ce que le discours officiel présuppose en douce, sans le dire explicitement. Pathologique, c’est-à-dire anormale et néfaste.
Cette thèse implicite est quelque peu contredite par les faits.
La douleur psychologique est universellement connue, universellement vécue. Si quelque heureux privilégié y échappe pendant quelques années, elle finit toujours par le rattraper à un moment ou à un autre, pour un bref instant ou pour de longues années.
Quant à la nature purement nuisible de la souffrance morale, c’est une thèse que tous les grand penseurs ont rejeté. Voyons leurs avis sur le sujet.
Selon le Chevalier de Méré, philosophe du dix-septième siècle, « Il n'est pas bon d'être malheureux, mais il est bon de l'avoir été. » Autrement dit, le malheur est une expérience dont il y a quelque chose de valable à tirer.
D’après George Sand, écrivain du dix-neuvième siècle dont on reparlera, « Dieu qui voit nos larmes à notre insu, et qui, dans son immuable sérénité, nous semble n'en pas tenir compte, a mis lui-même en nous cette faculté de souffrir pour nous enseigner à ne pas vouloir faire souffrir les autres. » Nos souffrances auraient donc un but : nous guérir de la cruauté et de l’indifférence.
Les grands penseurs du vingtième siècle sont du même avis que leurs prédécesseurs.
Herman Hess (romancier, poète et penseur allemand du vingtième siècle) dit : « La douleur, les déceptions et les idées noires n'ont pas pour but de nous aigrir, mais de nous mûrir et de nous purifier. » Ainsi, nous ne souffririons pas pour rien, mais pour devenir meilleur.
Selon Van Minh, l’ancien Président du Vietnam du Sud, « Ceux qui ne savent pas perdre ne savent pas gagner. » Il faut être capable de perdre, c’est-à-dire d’être déçu, pour être capable de triompher : une certaine forme de souffrance morale prépare à vaincre l’adversité.
Robert T. Kiyosaki, investisseur, éducateur et maître à penser, affirme : « Tout comme il y a une occasion sous chaque problème, il se trouve des trésors de sagesse sous chaque déception. » Ainsi la peine suscitée par la déception conduirait conduit à des trésors de sagesse.
Un proverbe japonais (fruit d’une sagesse collective et immémoriale, comme tous les proverbes) dit quant à lui que « le malheur peut être un pont vers le bonheur. » Et s’il n’y avait pas d’autre moyen de franchir le fleuve ?
Sans le pont du malheur, pourrait-on atteindre la rive bienheureuse ?... Pas sûr. Les contes, les romans, les films racontent toujours les épreuves et souffrances d’un héros ou d’une héroïne : n’est-ce pas parce que toute existence significative en comporte ?... « Tout est bien qui finit bien » – et pas « tout est bien qui ne fait pas trop mal ». L’important n’est pas d’éviter la souffrance ; l’important est de marcher bravement sur les braises jusqu’à l’heureux dénouement. L’or ne se débarrasse de ses impuretés qu’en passant par le feu.

23 novembre 2008

Suis-je guérie ?

Pour moi le mot "guéri" n'a aucun sens dans le contexte de la dépression, la dépression n'étant PAS une maladie.

Et si j'ai pu employé ce mot, ou un mot de sens proche, c'est sous l'influence du discours officiel qui ne cesse de marteler son message :

dépression = maladie

Mais la dépression est bien en ce qui me concerne une chose du passé, une chose révolue.

A moins qu'on ne la prenne au sens très vague de "moment de déprime", et alors là je reconnais, j'admets, j'avoue, il m'arrive de faire des dépressions de un jour, deux jours, parfois même quatre ou cinq jours.

Si je parle de la dépression au présent, c'est qu'on peut toujours se souvenir de ce qu'on a vécu pour le revivre (pas de trop près quand même) le temps d'y réfléchir. C'est aussi parce que les brefs et minces moments de déprime que je vis aujourd'hui font écho à ceux, bien plus terribles, que j'ai vécus avant.

Et aussi parce que (le temps d'écrire) je préfère m'identifier à mon cher lecteur et ami du Phare - c'est-à-dire à vous-même - qu'à mon moi paisible et sans histoire d'aujourd'hui.

Ce moi-là, celui d'aujourd'hui, n'a pas grand chose à dire sur lui-même ; c'est sur l'ancien moi tourmenté, perturbé, morcelé, humilié, prostré, anxieux, orgueilleux et chimérique qu'il a des choses à dire... dans l'espoir que vous vous y retrouverez un peu.

Mais vraiment, ce mot de "guérie" n'a aucun sens.

La dépression n'est pas une maladie. C'est un problème existentiel, un problème psychologique, un problème spirituel, tout ce qu'on veut - mais pas une maladie.

Ou alors tout est dans tout et les tumeurs du cerveau sont des complexes d'Oedipe...

Le fait même de s'accrocher à la définition officielle de la dépression-maladie y enfonce ; ce n'est pas juste une question de mot, il y a des implications et des ramifications profondes et lointaines. Tant qu'on se croit la proie, la victime d'une maladie, on est mal barré.

On extériorise ce qui est à l'intérieur, on responsabilise ce qui n'a pas de responsabilité, et du coup on se retrouve faible et impuissant : une victime.

La dépression ne peut pas être responsable ; il n'y a que les êtres capables de choix qui le sont. La dépression n'est pas responsable de notre mal-être, c'est nous qui le sommes.

Ce qui ne veut pas dire que c'est "notre faute", mais plutôt que cette souffrance est née de nos mauvais choix, de nos ignorances, de nos inconsciences, et que pour s'en débarrasser, il faut faire de meilleur choix, apprendre, prendre conscience.

C'est d'ailleurs dans l'autre ordre que ça se passe :

1/D'abord on apprend ;
2/Ensuite on prend conscience ;
3/Enfin on peut faire des choix plus intelligents que par le passé, grâce à notre nouvelle vision plus juste et plus complète (ou du moins, moins incomplète).

04 octobre 2008

Le discours officiel sur la dépression

Contenu

« La dépression est une vraie maladie, ce n’est pas un laisser-aller, un mal de vivre que vous auriez laissé se développer ; vous ne l’avez pas voulue et vous n’en êtes pas responsable. »[1]

« La dépression est une maladie que l’on peut guérir. »[2]

« La dépression n'est pas seulement une forme de tristesse, mais une authentique maladie reconnue comme telle par les médecins et les chercheurs du monde entier. »[3]

« La dépression est une vraie maladie : seul un médecin peut la diagnostiquer. »[4]

« Non, la dépression n'est plus une malédiction. C'est une maladie qu'il importe de reconnaître et de traiter énergiquement. »[5]

« La dépression est aussi une maladie biologique. Contrairement à ce qu'on entend parfois, la dépression n'est pas seulement une maladie psychologique. »[6]

« La dépression est une maladie et dont le traitement est soumis à plusieurs handicaps. »[7]

« Aujourd'hui, seul un sujet déprimé sur cinq consulte et reçoit un traitement médicamenteux antidépresseur adapté, alors que la dépression est une maladie qui se soigne et qui guérit. »[8]

L’idée selon laquelle la dépression serait une maladie constitue le noyau dur du discours officiel ; autour de cette thèse centrale, gravitent de nombreuses idées annexes : la dépression est une maladie héréditaire et/ou génétique ; la dépression est une maladie qui se soigne avec des médicaments (des antidépresseurs) ; il n’y a pas de dépendance aux antidépresseurs ; faites confiance à votre médecin ; la dépression peut frapper n’importe qui ; etc.

Omniprésence

Ce discours officiel se trouve partout, ou presque : on le lit dans les magazines féminins ; on l’entend à la télévision ; on le trouve sur le net ; on l’entend dans le cabinet de son médecin. Comme il fait l’unanimité dans les médias depuis bon nombre d’années, il la fait aussi, par voie de conséquence, dans la tête de la plupart des gens qui s’intéressent à la dépression (soit parce qu’ils se sentent directement concernés, soit parce qu’un de leur proche broie du noir). Son omniprésence lui donne le statut d’une évidence : quelque chose qu’on accepte d’emblée, ou qu’on finit par accepter à force, par lassitude. Le discours officiel relève de l’orthodoxie la plus orthodoxe : c’est un dogme qui ne se discute pas, ou si peu. Un credo, une vérité, une certitude ; tous ceux qui savent y croient ; seuls les ignorants et les imbéciles n’y croient pas.

Promesses

Le discours officiel a un contenu factuel, mais ce qui le rend séduisant, ce sont les promesses implicites qu’il véhicule.

Promesses que l’on peut expliciter ainsi : « Nous vous promettons que votre souffrance mentale, psychologique et morale est en réalité une souffrance physique, l’équivalent d’une jambe cassée ; nous vous promettons que nous connaissons les moyens de vous en débarrasser ; nous vous promettons qu’il suffira, de votre part, de faire ce que nous vous dirons de faire sans rechigner et sans chercher à comprendre plus que le minimum ; nous vous promettons que tout redeviendra comme avant, que vous remonterez le temps pour redevenir exactement la même personne que vous étiez avant de commencer à souffrir ; nous vous promettons que nous sommes des experts, des professionnels et que nous confier votre libre-arbitre et vos facultés mentales est un choix que vous ne regretterez pas ; nous vous promettons que vous êtes une victime et que tout ça n’est absolument pas votre faute : ça aurait pu tombé sur n’importe qui. »



[1] AUTEUR : Dr Christine Mirabel-Sarron, médecin psychiatre, praticien hospitalier à l’hôpital Sainte-Anne, docteur en psychologie pathologique et clinique.

SOURCE : La dépression, comme s’en sortir, p. 17.

[2] AUTEUR : Dr Christine Mirabel-Sarron, médecin psychiatre, praticien hospitalier à l’hôpital Sainte-Anne, docteur en psychologie pathologique et clinique.

SOURCE : La dépression, comme s’en sortir, p. 79.

[4] AUTEUR : inconnu

SOURCE : http://www.msalorraine.fr/front/id/msalorraine/S1096467120858/S1097484476092/S1116332525354/publi_La-depression.html)

[5] SOURCE et AUTEUR : Quatrième de couverture de livre Je déprime, c'est grave docteur ? Comprendre et soigner la dépression, de Docteur Patrick Lemoine, psychiatre, chef du service de psychiatrie biologique du centre hospitalier Le Vinatier à Bron.

[6] http://www.lilly.fr/patho/neuropsy/depression-fiches/traitement-antidepresseur.cfm

[8] SOURCE : Soigner les dépressions avec les thérapies cognitives de Christine Mirabel-Sarron (Auteur), Julien-Daniel Guelfi (Préface), Présentation de l'éditeur. CHRISTINE MIRABEL-SARRON est médecin psychiatre, praticien hospitalier à l'hôpital Sainte-Anne de Paris. Docteur en psychologie clinique et pathologique, elle enseigne dans différentes universités de médecine et de psychologie.

23 août 2008

Discours officiel

Le discours dominant se trouve partout, ou presque : on le lit dans les magazines féminins ; on l’entend à la télévision ; on le trouve sur le net ; on l’entend dans le cabinet de son médecin. Comme il fait l’unanimité dans les médias depuis bon nombre d’années, il la fait aussi, par voie de conséquence, dans la tête de la plupart des gens qui s’intéressent à la dépression - soit parce qu’ils se sentent directement concernés, soit parce qu’un de leur proche broie du noir. Son omniprésence lui donne le statut d’une évidence : quelque chose qu’on accepte d’emblée, ou qu’on finit par accepter à force, par lassitude.
Voici quelques échantillons de ce discours qu’à moins de vivre coupé du monde au fin fond de la taïga, vous connaissez déjà :
« La dépression est une vraie maladie, ce n’est pas un laisser-aller, un mal de vivre que vous auriez laissé se développer ; vous ne l’avez pas voulue et vous n’en êtes pas responsable. »
« La dépression est une maladie que l’on peut guérir. »
« La dépression n'est pas seulement une forme de tristesse, mais une authentique maladie reconnue comme telle par les médecins et les chercheurs du monde entier. »
« La dépression est une vraie maladie : seul un médecin peut la diagnostiquer. »
« Non, la dépression n'est plus une malédiction. C'est une maladie qu'il importe de reconnaître et de traiter énergiquement. »
« La dépression est aussi une maladie biologique. Contrairement à ce qu'on entend parfois, la dépression n'est pas seulement une maladie psychologique. »
« La dépression est une maladie et dont le traitement est soumis à plusieurs handicaps. »
« Aujourd'hui, seul un sujet déprimé sur cinq consulte et reçoit un traitement médicamenteux antidépresseur adapté, alors que la dépression est une maladie qui se soigne et qui guérit. »

Cette idée que la dépression est une maladie constitue le noyau dur du discours officiel ; autour de cette idée centrale, gravitent de nombreuses d’idées annexes : la dépression est une maladie héréditaire et/ou génétique ; la dépression est une maladie qui se soigne avec des médicaments (des antidépresseurs) ; il n’y a pas de dépendance aux antidépresseurs ; faites confiance à votre médecin ; la dépression peut frapper n’importe qui ; etc.
Voilà pour le contenu du discours officiel sur la dépression. Mais avant de l’examiner de plus près, il est bon de jeter au moins un coup d’œil au tout dont il est une partie. En effet le discours officiel sur la dépression s’inscrit dans un cadre beaucoup plus vaste : celui d’une médicalisation accrue de l’existence.