La principale limite du développement personnel et de la pensée positive tels qu'ils ont court actuellement (c'est-à-dire tels qu'on les trouve dans les livres contemporains), c'est qu'ils font l'impasse sur... le Mal.
Prenons un exemple.
Dans Count your blessings, the healing power of gratitude and love, bon livre de développement personnel que je vous conseille malgré ses petits défauts, on trouve quelques phrases qui suggèrent, ou impliquent, que le mal n'existe pas.
Par exemple :
"Le pardon implique un jugement antérieur porté sur un acte, ou un non-acte, non-éthique ou immoral. C'est de l'orgueil et de l'autosatisfaction égotique que de croire que vous avez le droit de juger ou de pardonner." (p.223)
Premier constat : si l'auteur a raison, il est précisément en train de faire ce qu'il reproche de faire à ceux qui pardonnent.
Ceux qui pardonnent portent un jugement moral sur un acte ou un non-acte ; l'auteur porte un jugement moral (une condamnation) sur ceux qui pardonnent en les accusant d'orgueil ou de complaisance. Son point de vue est intenable : au moment même où il l'énonce, il contredit sa thèse.
En effet on n'échappe pas à l'opposition Bien/Mal ; on porte toujours des jugements moraux - même quand on prétend que les jugement moraux n'ont aucun fondement, et au moment même où on prétend que les jugements moraux n'ont aucun fondement.
Mais la tendance, dans la pensée positive actuelle, qui a été contaminé par le nouvel âge, c'est de prétendre qu'il n'y a ni bien ni mal, ou plutôt, que tout est bien, que le mal n'existe pas.
Et ceux qui ne sont pas d'accord, ceux qui condamnent tel ou tel comportement, qui disent "ça c'est bien" et "ça c'est mal", sont considérés comme orgueilleux, prétentieux, bornés.
C'est là une grosse dérive.
Bien sûr que le Mal existe ! Comme le Bien existe.
Et, dans l'origine de la dépression, le Mal joue souvent un rôle. Parfois un rôle considérable. Mais quand on s'imagine que le Mal n'existe pas, on ne risque pas de s'en apercevoir.
Prenons le cas du pervers narcissique.
"Pervers narcissique" est l'une des rares étiquettes psychiatriques qui serve à quelque chose. Elle sert à désigner un certain type de méchant.
Je sais que le mot "méchant" a des connotations enfantines, naïves, mais ce n'est pas une raison de ne pas l'utiliser... Car rien ne peut le remplacer. Donc, je persiste : un certain type de méchant.
Quelqu'un qui vit, ou qui est en contact régulier, avec un pervers narcissique, va forcément déprimer. Pourquoi ? Tout simplement parce qu'il vit avec un ennemi qui cherche à le vampiriser, le pomper, le détruire à petit feu. Et qui, très probablement, y arrive.
Dans ce genre de situation, qu'est-ce que propose la pensée positive version New Age ?
De pardonner ?
Même pas, puisqu'il n'y a rien à pardonner... Seulement de prendre conscience qu'on ne vaut pas mieux que le méchant, qu'on est pareil, lui et nous. C'est ce que propose le Dr John F. Demartini dans Count your blessings, ou Katie Byron dans Aimer ce qui est.
Mais dans une situation pareille - quand on est en contact avec un pervers narcissique - le plus urgent n'est pas de prendre conscience que, dans d'autres circonstances, on a pu nous aussi faire de la peine à quelqu'un, mais de manière beaucoup plus basique, de faire en sorte que cette personne sorte de notre existence.
Quand on est en contact avec un méchant, il n'y a pas trois mille solutions mais une : couper le contact.
Mais - me direz-vous peut-être - comment savoir si cette personne est mauvaise ?...
Vous n'avez même pas besoin de vous poser la question, il suffit que vous vous mettiez à l'écoute de votre intuition, ou pour le dire autrement, de vos tripes. Si elles vous disent "Alerte, danger!" écoutez-les. Elles savent.
Surtout, ne rationalisez pas : "Oui mais il/elle est gentil... Je n'ai rien à lui reprocher." Peu importe que vous ayez des griefs conscients précis contre elle, si cette personne vous déstabilise, vous affaiblit, sape vos forces, et même si vous ne comprenez pas par quel mécanisme elle s'y prend, comment elle y arrive, fuyez.
Le Mal existe. Si vous faites comme s'il n'existait pas, vous allez vous faire écorcher sans réagir, comme un mouton lobotomisé. Le Mal existe, les méchants existent, et quand vous sentez que quelque chose cloche, que vous avez peur de la personne en question, tirez-en les conclusions qui s'imposent : fuyez, coupez le lien, mettez un terme à la relation d'une manière ou d'une autre.
ça peut paraître radical, mais avec le Mal il n'y a rien d'autre à faire. Toutes les autres solutions n'en sont pas. Toutes les autres "solutions" ne feront que vous embourber plus avant dans le problème.
Et si la personne ne correspond pas au profil du pervers narcissique ?
Peu importe. Le pervers narcissique est un méchant parmi d'autres... Il y a mille et une sorte de méchants.
Peu importe aussi comment le méchant est devenu méchant, s'il est méchant avec tout le monde ou seulement avec vous, etc. Tout cela n'est que détails sans importance. L'important, le vital, c'est que vous vous protégiez.
Ne tombez pas dans la toile d'araignée sucrée de l'idéologie Nouvel Âge. Le Mal existe, et les méchants peuvent vous nuire. Soyez vigilant et protégez-vous quand nécessaire.
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04 mai 2010
12 août 2009
Les limites [du développement personnel, de ce blog, de la philosophie]
[en réponse à un avis intéressant]
Les idées que je présente ici ne constituent pas un mode d'emploi de l'existence.
Tout au plus ses prémisses.
Le développement personnel - qui constitue la part la plus consistante et la plus utile de la philosophie - offre certes d'excellents conseils, et des idées de grandes valeurs, mais ces conseils et ces idées ne sont pas assez puissants ou pas assez globaux pour faire passer un individu du désarroi à la clarté.
D'ailleurs l'être humain a besoin de plus que d'idées : ce sont aussi les émotions et les expériences spirituelles qui le nourrissent.
Autrement dit, ce blog n'est pas ou n'est pas seulement un point d'arrivée, c'est aussi et surtout un point de départ.
Il ne suffit pas de savoir qu'on est responsable et d'agir en conséquence, il faut aussi savoir ce qui est bien et ce qui est mal. Il ne suffit pas de savoir ce qu'on aime et veut faire, il faut aussi savoir pourquoi on est né. Il ne suffit pas de comprendre qu'il n'y a pas de hasard, il faut aussi savoir pour quelle raison majeure ce qui nous arrive nous arrive.
ça peut paraître trop compliqué ou inaccessible... Qui peut savoir tout ça ? Mais l'important n'est pas dans les détails, mais dans le cadre général. Peu importe qu'on ignore pourquoi on a trébuché sur cette pierre, tant qu'on connaît la signification de la souffrance, de toute souffrance. Son interprétation correcte.
Certains lecteurs vont être choqués par mon ton dogmatique. Je m'excuse par avance d'avoir l'air radicale. Je veux seulement vous aider à prendre conscience que ce blog est un ponton et qu'un jour ou l'autre, il faut prendre le bateau - autrement dit, chercher plus loin que la philosophie ou le développement personnel.
Si vous avez confiance dans les livres, ne perdez pas confiance. Simplement, élargissez vos lectures. Osez des rayons de librairie que vous n'avez pas encore explorés.
Le développement personnel ne peut muscler que l'équivalent (invisible) des jambes. Mais le coeur et l'âme ont aussi besoin d'exercices. Si vous êtes athée, le mot "âme" certainement vous bloque, voire vous révulse - comme il me révulsait à l'époque lointaine où je pensais que la religion, toute religion, n'était qu'une béquille.
On peut s'enfermer dans une religion maniaque et irrationnelle, mais l'athéisme est lui aussi une limite.
Qui veut goûter au vrai bonheur doit accepter que l'autarcie n'est pas une solution. Parce qu'on n'a pas décidé de l'heure de sa naissance, ni d'ailleurs de sa naissance tout court, il devrait être évident pour tout le monde qu'on ne contrôle pas tout, et qu'on ne pourra jamais tout contrôler. Ni le début, ni la fin - ni même ce qu'il y a au milieu.
Le contraire de l'autarcie, c'est d'assumer et d'avouer et de vivre sa dépendance.
Mais cette dépendance, elle n'est pas à l'égard des gens, des autres, qui au fond sont tout aussi faibles et dépendants que nous le sommes, mais à l'égard de la source invisible qui nous nourrit, littéralement.
Cependant je ne vous conseille pas de vous joindre de but en blanc à une religion, n'importe laquelle.
Par contre, je vous conseille de chercher dans cette direction-là, non en partant du principe que vous devrez sacrifier votre raison et votre logique pour un réconfort moral, mais en partant du principe que vous ne devez renoncer à rien de précieux.
Notre logique est ce qui fait de nous des êtres humains ; comment pourrions-nous gagner quelque chose de valable en y renonçant ?...
Choisir entre sa tête et son cœur est un dilemme aussi cruel et absurde que choisir entre sa jambe gauche et son bras droit. Si beaucoup s'y croient contraints, je vous garantis que vous ne l'êtes pas.
La promesse implicite de beaucoup d'auteurs de développement personnel, c'est qu'en suivant leurs conseils et en mettant en pratique leurs idées, on trouvera un bonheur solide et durable.
Mais combien de lecteurs enthousiastes ont expérimenté, après un flot d'euphorie, une rechute dans la souffrance, rechute dont souvent ils s'accusent eux-mêmes ?
Combien, jusqu'à aujourd'hui, enchaînent livre sur livre pour garder vivant un fragile optimisme, pour lui insuffler une vitalité provisoire et artificielle ?
Est-ce eux qui ont un problème, une faille, une insuffisance intime qui les empêchent de profiter de sages conseils - ou est-ce la promesse, trop ambitieuse, qui ne peut être tenue ?...
Ils sont trop nombreux à surnager et survivre sans jamais toucher terre (malgré leurs innombrables lectures) pour que le problème vienne d'eux.
Le problème ne vient pas non plus du développement personnel.
Le problème vient des attentes - explicites ou implicites - qu'on projette sur le développement personnel. Le problème vient des promesses que certains auteurs peu scrupuleux osent faire, alors qu'ils savent très bien qu'ils sont incapables de les tenir.
Le développement personnel aide à vivre mieux - mais il ne nous dit pas pourquoi nous sommes là, sur cette terre. Le développement personnel nous aide à vivre plus - mais il ne nous prépare pas à la mort, et pourtant, comment le sens de la vie pourrait-il nous être donné en dehors du sens de la mort ?...
Notre existence est entourée par... quoi ? La nuit, la mort. Pour vivre pleinement l'une il faut comprendre l'autre.
Mais je reviens au sujet de ce post : si vous êtes un habitué du développement personnel, et que celui-ci n'a pas réussi à vous rendre heureux, ne vous accusez pas.
Le développement personnel a des limites.
La philosophie a des limites.
Ce blog a des limites.
Le secret de la vie heureuse est à chercher là où la logique et le coeur se rejoignent, là où les deux côtés de l'être humain (sa part de rigueur et sa part d'émotion) fusionnent, là où finissent les restrictions et les limites, là où les "mais" et les "peut-être" laissent place à une certitude rassurante et rationnelle.
Les idées que je présente ici ne constituent pas un mode d'emploi de l'existence.
Tout au plus ses prémisses.
Le développement personnel - qui constitue la part la plus consistante et la plus utile de la philosophie - offre certes d'excellents conseils, et des idées de grandes valeurs, mais ces conseils et ces idées ne sont pas assez puissants ou pas assez globaux pour faire passer un individu du désarroi à la clarté.
D'ailleurs l'être humain a besoin de plus que d'idées : ce sont aussi les émotions et les expériences spirituelles qui le nourrissent.
Autrement dit, ce blog n'est pas ou n'est pas seulement un point d'arrivée, c'est aussi et surtout un point de départ.
Il ne suffit pas de savoir qu'on est responsable et d'agir en conséquence, il faut aussi savoir ce qui est bien et ce qui est mal. Il ne suffit pas de savoir ce qu'on aime et veut faire, il faut aussi savoir pourquoi on est né. Il ne suffit pas de comprendre qu'il n'y a pas de hasard, il faut aussi savoir pour quelle raison majeure ce qui nous arrive nous arrive.
ça peut paraître trop compliqué ou inaccessible... Qui peut savoir tout ça ? Mais l'important n'est pas dans les détails, mais dans le cadre général. Peu importe qu'on ignore pourquoi on a trébuché sur cette pierre, tant qu'on connaît la signification de la souffrance, de toute souffrance. Son interprétation correcte.
Certains lecteurs vont être choqués par mon ton dogmatique. Je m'excuse par avance d'avoir l'air radicale. Je veux seulement vous aider à prendre conscience que ce blog est un ponton et qu'un jour ou l'autre, il faut prendre le bateau - autrement dit, chercher plus loin que la philosophie ou le développement personnel.
Si vous avez confiance dans les livres, ne perdez pas confiance. Simplement, élargissez vos lectures. Osez des rayons de librairie que vous n'avez pas encore explorés.
Le développement personnel ne peut muscler que l'équivalent (invisible) des jambes. Mais le coeur et l'âme ont aussi besoin d'exercices. Si vous êtes athée, le mot "âme" certainement vous bloque, voire vous révulse - comme il me révulsait à l'époque lointaine où je pensais que la religion, toute religion, n'était qu'une béquille.
On peut s'enfermer dans une religion maniaque et irrationnelle, mais l'athéisme est lui aussi une limite.
Qui veut goûter au vrai bonheur doit accepter que l'autarcie n'est pas une solution. Parce qu'on n'a pas décidé de l'heure de sa naissance, ni d'ailleurs de sa naissance tout court, il devrait être évident pour tout le monde qu'on ne contrôle pas tout, et qu'on ne pourra jamais tout contrôler. Ni le début, ni la fin - ni même ce qu'il y a au milieu.
Le contraire de l'autarcie, c'est d'assumer et d'avouer et de vivre sa dépendance.
Mais cette dépendance, elle n'est pas à l'égard des gens, des autres, qui au fond sont tout aussi faibles et dépendants que nous le sommes, mais à l'égard de la source invisible qui nous nourrit, littéralement.
Cependant je ne vous conseille pas de vous joindre de but en blanc à une religion, n'importe laquelle.
Par contre, je vous conseille de chercher dans cette direction-là, non en partant du principe que vous devrez sacrifier votre raison et votre logique pour un réconfort moral, mais en partant du principe que vous ne devez renoncer à rien de précieux.
Notre logique est ce qui fait de nous des êtres humains ; comment pourrions-nous gagner quelque chose de valable en y renonçant ?...
Choisir entre sa tête et son cœur est un dilemme aussi cruel et absurde que choisir entre sa jambe gauche et son bras droit. Si beaucoup s'y croient contraints, je vous garantis que vous ne l'êtes pas.
La promesse implicite de beaucoup d'auteurs de développement personnel, c'est qu'en suivant leurs conseils et en mettant en pratique leurs idées, on trouvera un bonheur solide et durable.
Mais combien de lecteurs enthousiastes ont expérimenté, après un flot d'euphorie, une rechute dans la souffrance, rechute dont souvent ils s'accusent eux-mêmes ?
Combien, jusqu'à aujourd'hui, enchaînent livre sur livre pour garder vivant un fragile optimisme, pour lui insuffler une vitalité provisoire et artificielle ?
Est-ce eux qui ont un problème, une faille, une insuffisance intime qui les empêchent de profiter de sages conseils - ou est-ce la promesse, trop ambitieuse, qui ne peut être tenue ?...
Ils sont trop nombreux à surnager et survivre sans jamais toucher terre (malgré leurs innombrables lectures) pour que le problème vienne d'eux.
Le problème ne vient pas non plus du développement personnel.
Le problème vient des attentes - explicites ou implicites - qu'on projette sur le développement personnel. Le problème vient des promesses que certains auteurs peu scrupuleux osent faire, alors qu'ils savent très bien qu'ils sont incapables de les tenir.
Le développement personnel aide à vivre mieux - mais il ne nous dit pas pourquoi nous sommes là, sur cette terre. Le développement personnel nous aide à vivre plus - mais il ne nous prépare pas à la mort, et pourtant, comment le sens de la vie pourrait-il nous être donné en dehors du sens de la mort ?...
Notre existence est entourée par... quoi ? La nuit, la mort. Pour vivre pleinement l'une il faut comprendre l'autre.
Mais je reviens au sujet de ce post : si vous êtes un habitué du développement personnel, et que celui-ci n'a pas réussi à vous rendre heureux, ne vous accusez pas.
Le développement personnel a des limites.
La philosophie a des limites.
Ce blog a des limites.
Le secret de la vie heureuse est à chercher là où la logique et le coeur se rejoignent, là où les deux côtés de l'être humain (sa part de rigueur et sa part d'émotion) fusionnent, là où finissent les restrictions et les limites, là où les "mais" et les "peut-être" laissent place à une certitude rassurante et rationnelle.
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