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08 janvier 2009
Le Psychologisme, le coeur et son absence
"Qu'avez-vous donc vécu pour tant haïr les... ?"
Questions typiques du psychologisme.
Le psychologisme, c'est cette tendance à ramener toute idée, toute thèse à la psychologie de son auteur. Bien sûr, il y a un rapport assez direct entre le vécu d'un auteur et ses points de vue. Mais est-ce l'essentiel ?
Si on prouve que untel, opposant à l'avortement, est aussi le fils d'une féministe qui aurait bien aimé avorter mais qui ne l'a pas pu, a-t-on ainsi réfuté ses arguments ?
Non.
On les a juste contextualisés.
De toute évidence, on s'intéresse plus facilement à ce qui nous touche de près ou de loin qu'à ce qui ne nous concerne pas. Mais au fond, tout nous concerne ; tout devrait nous toucher. Les drames ou problèmes personnels ne sont que des portes, des sas : ils ouvrent sur des prises de conscience, ils permettent d'ouvrir les yeux sur des problèmes ignorés, négligés.
Avoir faim sensibilise à la faim dans le monde, être pauvre sensibilise à la pauvreté dans le monde, etc.
Demandera-t-on à ceux qui manifestent contre l'attaque des israéliens ce que les israéliens ont pu leur faire, pour qu'ils leur témoignent une telle hostilité ?...
Demanda-t-on aux militants pour les droits de l'Homme ce que le général Pinochet avait bien pu leur faire, pour qu'ils le haïssent à ce point ?...
La haine du mal, de l'injustice, de la violence, du sadisme et de l'abus du pouvoir (qui n'est que le verso de l'amour du bien, de la justice, du respect et de l'humanité) n'ont pas besoin d'être expliqué.
Car si elles avaient besoin d'être expliqué - par des circonstances particulières, un désir de vengeance personnelle - cela voudrait dire que l'amour du bien, de la justice et de l'humanité sont des anomalies, des bizarreries qu'il faut justifier.
Il est naturel et normal de haïr le mal et d'aimer le bien. Ce qui ne l'est pas, ce qui aurait besoin d'être expliqué par une histoire particulière, des circonstances spécifiques, c'est de ne pas éprouver ces sentiments-là.
La psychiatrie fait des ravages. Elle est au service du nouvel ordre mondial, elle fait partie du grand projet de contrôle mental qui permettra de l'instaurer.
Je ne l'aime pas parce qu'elle est nocive. Mauvaise pour la santé physique et mentale.
Je n'aime pas non plus le satanisme.
Et pour ne pas l'aimer, je n'ai pas besoin d'y avoir été exposé directement - il me suffit de savoir ce que vivent ses victimes.
Je n'aime pas davantage les électrochocs - et pourtant personne ne m'en a jamais fait... bizarre, non ?
Non, pas bizarre du tout.
Pour ne pas aimer les électrochocs, il suffit de se renseigner sur les électrochocs.
Ne cherchez pas des causes secrètes aux dégoûts et aux aversions, des histoires croustillantes qui expliqueraient pourquoi untel ou untelle pense ceci ou cela, déteste ceci ou cela.
Cherchez plutôt si ces dégoûts et ces aversions sont justifiés ou non : sortez de votre bulle, intéressez-vous au monde, renseignez-vous. Vous n'êtes pas tout seul sur cette terre.
07 janvier 2009
Tremblez mais osez !
J'ai lu pour ma part "Tremblez mais osez" qui est effectivement un excellent remède contre la peur... à lire ou relire dès qu'on a une décision difficile à prendre ou qu'on doit passer à l'action malgré le stress.
"Bonjour!
J'avais envie de partager le soulagement et l'aide extrêmement importants que m'ont apporté les livres de Susan Jeffers par rapport a mes problèmes d'anxiété généralisée, de dépression chronique et d'isolement.
J'ai commencé par acheter "tremblez mais osez", un titre un peu nunuche pour un contenu simple à lire et qui peut aider dans tous les domaines de la vie, ce livre me "parlait"...
J'ai donc acheté "osez briser la glace"( ayant des problèmes de timidité) : plein de bons conseils pour aborder les relations amicales, amoureuses et professionnelles plus sereinement.
Et aujourd'hui j'ai acheté "la vie à bras le corps", je n'en ai lu que quelques chapitres qui déjà m'ont apporté un grand soulagement face aux problèmes que je rencontre dans ma vie actuellement.
Ne jamais oublier : une seule certitude : la vie n'est qu'incertitudes, c'est de là que viennent beaucoup de souffrance car on cherche en vain à maitriser l'avenir ou regretter la passé alors qu'on n'y peut rien.
Bonne lecture!"
Tremblez mais osez, c'est ici.
Drôle d'aveu
Elles sont étranges... étranges par la vérité inavouable qu'elles livrent avec une innocence parfaite, qu'on a bien du mal expliquer : cynisme ? inconscience ? grain de folie ?...
"En lisant attentivement ces pages, vous apprendrez comment être déprimé : ce qu'il faut ressentir, ce qu'il faut penser, ce qu'il faut faire."
Et si tous les livres, ou presque tous les livres, qui ont pour sujet la dépression étaient en fin de compte cela : des "Devenez dépressif en 10 leçons" ?
Les livres qui aident, ou plutôt qui aideraient, les "dépressifs" à aller mieux ne sont pas ceux qu'on leur propose. Ceux qu'on leur propose sont des bouées en plomb : s'y accrocher ne sauve pas la vie.
Est-ce qu'un "déprimé" a besoin d'apprendre comment être déprimé ?...
Ou besoin d'apprendre comment être heureux ?
Dans l'écart qui sépare les préoccupations de ceux qui vont mal des livres qui leur feraient du bien, qui bâtira un pont ? Qui dessinera la trajectoire qui va du problème à sa solution ?
Pas les psychiatres.
Troc
Nous vivons dans monde bizarre… un monde où la spontanéité des sentiments a été perdu, où le naturel s’est absenté – un monde où une police médicale réglemente et légifère sur les états d’âme les plus intimes. Et où nous acceptons, voire célébrons, ce viol étrange, inédit, de notre intériorité.
L’œil de big brother est ouvert ; il nous observe, il nous scrute, et nous lui sommes reconnaissant de sa vigilance.
Sous la puissance diagnostiquante de nos médecins et psychiatres, nous sommes en sécurité. Non pas en sécurité à l’abri de la souffrance, mais en sécurité à l’abri de l’inconnu.
Du menaçant.
De l’indéfinissable.
De l’obscur sans nom et sans contour qui monte non du dehors mais du dedans, qui nous attaque de l’intérieur, de là où nous ne l’attendons pas. Tout va bien, semble-t-il – et nous sommes en sécurité d’un point de vue physique.
Alors pourquoi cette peur ?...
Cette peur qui semble presque trop grande pour notre vie ?
Et qui, obscurément, confusément, nous relie à une réalité inconnue et menaçante d’une manière impossible à analyser ?
C’est là que Big Brother entre en scène ; il nous dit : « ce n’est rien. C’est seulement… » et Il nomme la bête, il identifie
Ou il prétend le faire.
Il ramène de l’Ordre dans le Chaos du monde. Il organise notre déroute. Il nous sauve de cette puissance inconnue qui nous traverse et nous menace, nous emprisonne et nous serre.
Ou il prétend le faire.
Il est la loi. La loi factice et rassurante.
Nous avons moins peur.
Nous sommes prêts à céder la dernière miette de liberté qui nous reste contre le réconfort de son paternalisme médical. Prêts à céder tous les droits chèrement acquis à une autre époque…
Le droit de penser, le droit de chercher, le droit d’oser, le droit de choisir.
Toutes ces libertés-là nous encombrent ; nous n’en voulons plus.
Donnez-nous seulement la paix ! Rien que la paix !
A défaut d’elle, c’est le calme chimique que Big Brother nous donne.
« Ne vous en faites pas : quand on est drogué, l’essentiel redevient inessentiel, la puissance se fond à nouveau dans le décor, tout redevient innocent et factice, creux et superficiel comme un sourire commercial sur une affiche publicitaire.
Ne vous en faites pas… ce qui est à vos trousses ne vous rattrapera pas ; nous y veilleront. Nous vous protégerons contre vos rêves, nous vous protégerons contre les vérités refoulées qui y affleurent. Nous vous protégerons contre votre propre intelligence, contre vos propres questions.
Nous vous délivrerons d’elles comme d’une tumeur… Comme d’un grain de beauté cancéreux… Et vous serez à nouveau léger et rieurs, vous flotterez à nouveau sur l’écume des choses, surfeurs du frivole… »
Alors nous leur donnons notre vie – notre vie meurtrie et vide.
Alors nous leur donnons quelque chose que nous n’aurions dû donné à personne.
Alors nous sommes soumis.
Alors nous sommes perdants.
Alors nous perdons notre cher, notre précieux, notre inestimable libre arbitre… Et c’est de notre faute.
06 janvier 2009
Normal... et Humain.
Un nombre incroyablement élevé de personnes se tracasse, se torturent, se désespèrent et s'angoissent à l'idée qu'ils ne sont pas normaux. Le doute les ronge ; l'incertitude les minent : sont-ils complètement normaux ?... presque normaux ?... Complètement anormaux ?
A l'idée de sortir, ou d'être sortis sans le savoir, de cette Sacro-Sainte Normalité, ils tremblent, ils paniquent.
Un examen approfondi de cette notion de "normalité" s'impose donc.
[je l'ai d'ailleurs déjà commencé dans d'autres posts.]
Normalité : "Caractère de ce qui est normal."
Jusque-là, on est d'accord - mais cette définition du dictionnaire n'apporte pas de révélation inédite, c'est le moins qu'on puisse dire. Grattons donc un peu du côté de "normal" :
"Qui est conforme à la norme, à l'état le plus fréquent, habituel; qui est dépourvu de tout caractère exceptionnel. Qui se rencontre dans la majorité des cas."
Avec cette définition-là, la normalité, c'est ce que fait la majorité.
Mais comment savoir ce que fait la majorité ?... Ce n'est pas si facile ! Car il y a ce que les gens disent, pensent et font - et ce qu'ils avouent dire, penser et faire. Et ce n'est pas la même chose.
Par exemple, les gens se sentent souvent faibles et "pas à la hauteur". Mais ils se gardent bien d'en parler... pour garder une façade lisse qui ne leur attire pas d'ennui : une faiblesse affichée est comme une chèvre qui bêle la nuit à la lisière d'une forêt pleine de loups affamés.
Notons aussi un autre point. C'est que 49,999% de la population, ce n'est pas la majorité. Est-ce à dire qu'un comportement qu'on rencontre dans 49,999% de la population est anormal ?... Certainement pas.
Ce qui est normal, ce n'est pas ce que fait la majorité au sens strict, mais plutôt ce que fait (dit, pense, etc.) un nombre important de personnes.
Et c'est là qu'on prend conscience du caractère éminemment plastique et élastique de ce concept de "normalité"...
Car selon les époques et les lieux, le comportement le plus habituel change du tout au tout. Dans certaines civilisations, la polygamie est normale - dans d'autres, elle est une aberration. Dans certaines civilisations, l'anthropophagie est normale - dans d'autres, elle est considérée avec horreur et dégoût.
Alors même si on est rassuré sur la normalité de son comportement en fonction des normes de sa société, il devrait logiquement nous rester un doute sur la normalité de notre civilisation en tant que civilisation : est-elle, à l'échelle de l'histoire de l'humanité, normale ou non ?...
Car à quoi bon être normal, si c'est par rapport à une société qui est anormale ?
A quoi bon être comme tout le monde, si tout le monde est fou ?
Mais vous voyez que déjà, le problème a pris des proportions énormes - car pour savoir quelles sont les valeurs d'une société normale, il faudrait connaître toutes les sociétés qui ont existé et qui existeront, et évaluer quels traits culturels sont les plus récurrents...
Casse-tête insoluble s'il en est.
Revenons donc à notre petite normalité individuelle. Pourquoi y tenons-nous tant ? Qu'est-ce qui nous la rend si précieuse ?
Pourquoi tenons-nous tellement à être comme les autres - comme la majorité des autres ?
Voilà ma théorie - vous n'êtes pas obligé d'y adhérer :
Ce que nous ne supportons pas, dans l'idée de ne pas être normal, ce n'est pas seulement une différence qui nous singulariserait. Après tout, personne n'a envie de manquer de personnalité, de n'être qu'une pâle copie, qu'une imitation, qu'un clone.
Non, ce qui nous fait peur, ce qui nous angoisse, ce n'est pas la différence en tant que telle, c'est la différence qui nous fait sortir de l'humanité.
En effet, le mot "normal" ne signifie pas seulement "qui est typique de la majorité", il signifie aussi :
- qui ne présente pas d'anomalie physique ;
- qui ne présente aucun trouble mental (Anton. aliéné, débile, déséquilibré, fou, inadapté, malade mental.)
Etre normal, c'est être un être humain complet, auquel il ne manque rien ni au physique ni... au mental. C'est ce point qui est crucial.
La folie fait peur, et la normalité semble être un rempart contre elle. C'est pourquoi nous nous accrochons si obsessionnellement à ce pare-fou... Y a-t-il moyen de lâcher-prise, sans se retrouver plonger dans les eaux troubles et insécurisantes de la folie, ou de la semi-folie, ou dans les brumes malsaines qui l'entourent et l'annoncent ?...
Oui, il y a moyen.
On n'est pas obligé de choisir entre une médiocrité apeurée (la normalité) et une folie flamboyante mais destructrice.
On n'est pas obligé de sacrifier son originalité à la norme, ou sa raison à son originalité.
On peut très bien avoir le beurre et l'argent du beurre : la force d'une personnalité libérée des normes sociales les plus étriquées et stupides, la clarté mentale d'un esprit qui reste solidement campé sur sa logique.
Le tout, c'est de comprendre qu'entre les autoroutes que tout le monde emprunte et les "portes d'ivoire et de corne" qui ne donnent que sur des révélations confuses et déstabilisantes, il y a un troisième chemin.
Voie du juste milieu où l'on peut marcher en toute sécurité, dans la confiance de son humanité.
Car, si on nettoie le mot du sens majoritaire et consensuel qui le pollue, normal signifie humain.
Etre normal, c'est être humain.
C'est avoir confiance en ces deux organes essentiels qui nous définissent en tant qu'êtres humains : notre tête et notre coeur.
Notre raison et notre courage.
Vous êtes normal, nous sommes normal, parce que nous sommes humains.
05 janvier 2009
Se suicider = les suicider
ça a déjà été dit et prouvé plusieurs fois (cf. les autres posts de ce blog sur le suicide), en voici une nouvelle preuve...
L'auteur du "Diable Intérieur" a tenté 1 fois de se suicider.
Or... sa mère, atteinte par un cancer incurable, s'est suicidée. Son mari et ses fils - dont l'auteur du "Diable Intérieur" - l'y ont aidé.
Elle a demandé à son fils, en mourant, de continuer à vivre une vie pleine et heureuse... comme si se tuer, qui plus est avec son aide, en était le moyen !
"C'était comme si, en projetant de prendre les pilules restantes, nous étions en quelque sorte reliés à ma mère, comme si nous pouvions la rejoindre en mourant de la même mort qu'elle. Je compris alors le sens des épidémies de suicides. Notre unique réconfort devant la perte de ma mère était d'envisager pour notre compte personnel une répétition de son départ."
Ce père et ce fils qui cherchent tous deux à récupérer les cachets restants - moyens du suicide de la mère - pour les avoir "au cas où" - au cas où ils voudraient eux aussi mettre fin à leurs jours...
Ce n'est pas ce qu'elle souhaitait.
Mais c'est ce qu'elle a semé, et ce qui a poussé : même avec la meilleure bonne volonté du monde, lorsqu'on se suicide, on pousse ceux qui nous aiment à en faire autant.
La Simplicité
Cette citation est facile à mémoriser...
Et sa simplicité stylistique est en parfait accord avec son message.
Lorsque je me souviens de ma vie d'avant, je mesure la prodigieuse simplification qui a eu lieu... dans ma tête.
Avant, c'était la guerre. Pensée contre pensée, désir contre envie, peur contre peur. J'étais le champ de bataille piétiné de deux armées compliquées qui se compliquaient mutuellement la vie. Une guerre incessante, qui ne connaissait aucun répit, aucune trêve.
Je n'entendais pas littéralement des voix, mais j'étais obsédée par les voix contradictoires de mes pensées conflictuelles. Des dilemmes insolubles se succédaient inlassablement les uns aux autres dans ma pauvre tête.
- Et je sais bien, même si avant je ne le savais pas, qu'il y a des centaines, des milliers, des millions de personnes qui sont en proie aux mêmes noeuds coulants -
Lorsque je voulais faire un peu de sport, le désordre mental s'intensifiait - comme si le fait de bouger mon corps aggravait les choses.
Maintenant...
- Et ne vous dites pas "elle a de la chance, c'est pas juste!" car même si j'en ai, ça n'a rien à voir avec le hasard, qui n'existe pas ; dites-vous plutôt : si pour elle ça a changé, ça peut aussi changer pour moi, à condition bien sûr que je m'en donne les moyens -
Maintenant... ma tête est étrangement tranquille.
A tel point que, lorsque je ne fais rien, j'ai parfois l'impression de ne rien penser non plus. C'était inimaginable avant... Les rouages trépidant tournaient à toute allure, dans le vide, les pignons des petits vélos travaillaient 24h sur 24.
Comment un tel changement a-t-il été possible?...
Comment immobilise-t-on la roue d'un vélo ?
En l'a confrontant à quelque chose de réel. Quelque chose qui la freine. En lui faisant toucher le sol.
04 janvier 2009
Réel ?
Mieux vaut se poser la question maintenant - parce que si ce n'est pas le cas, tout ce qu'on construit n'est que du vent. A quoi bon un palais, s'il s'élève sur des sables mouvants ?...
A ce propos, voici la citation la plus aberrante, la plus contre-intuitive et contre-productive que j'ai jamais lue :
"Le vrai sage est celui qui fonde sur le sable". (Henri Régner)
Le vrai sage est celui qui perd son temps à construire quelque chose qui sera détruit par la marée montante....
Cette idée n'est pas seulement paradoxale : elle est illogique. Elle est fausse.
Le vrai sage est celui qui fonde sur le roc.
01 janvier 2009
Le sport rend-il dépendant ?
Il y a dépendance et dépendance.
Le premier type de dépendance
L'être humain est naturellement dépendant de l'oxygène, de la nourriture et de l'eau : il ne peut pas vivre sans. ça fait partie de sa condition humaine et il n'y a là rien à déplorer et rien à combattre. A ce niveau-là, tout le monde est logé à la même enseigne.
Le deuxième type de dépendance
Mais généralement, lorsqu'on parle de "dépendance" on ne parle pas de ces dépendance inéluctables là... mais plutôt des dépendances à l'alcool, à la cigarette - pour ne citer que les plus connues.
Ces dépendances du deuxième type ont un seul point commun avec les dépendances saines : on a l'impression qu'on a besoin d'elles pour vivre.
Et deux énormes différences :
- cette impression de besoin est une illusion : on peut très vivre sans alcool et sans cigarettes (alors qu'on ne peut pas vivre sans oxygène) ;
- la chose dont on est dépendant nous détruit : la cigarette nous fait du mal, voire nous tue (alors que, je répète, on ne peut pas vivre sans oxygène) ;
- la chose dont on est dépendant est intrinsèquement de la drogue.
Le sport
Alors, est-ce que le sport peut-il rendre dépendant ?...
Tout d'abord, une précision. Ce n'est pas parce qu'une activité prend toute la place, ou presque toute la place, dans la vie d'un individu qu'il en est dépendant comme on peut être dépendant de l'alcool. On a le droit d'être passionné... (on a même le droit d'être obsédé, monomaniaque...) sans être classé parmi les drogués dépendants.
Un artiste qui consacre ses jours et ses nuits à la peinture est-il "dépendant" de la peinture ? Peut-être au sens 1 (comme on est dépendant de l'oxygène) mais pas au sens 2, car la peinture ne le détruit pas, au contraire, elle le fait vivre. Et peut-être qu'il ne survivrait pas si on le privait de ses pinceaux.
Ce qui nous amène à un premier constat : les dépendances de type 1 (dépendances naturelles et bénéfiques) sont à répartir dans deux catégories :
- celles qui sont les mêmes pour tout le monde ;
- celles qui sont spécifiques à certains individus.
Tout le monde a besoin d'oxygène, d'eau et de nourriture ; certaines personnes ont aussi besoin de consacrer une grande partie de leur temps à la musique, d'autres à l'alpinisme, d'autres à l'écriture, etc. Ces différences s'expliquent par l'infinie variété des vocations.
Donc...
Le sport peut être une dépendance (naturelle, au sens 1) pour quelqu'un dont le sport est la vocation, et tant mieux pour lui : on vit bien mieux avec une vocation que sans.
La seule manière de prouver que le sport est, pour certaines personnes, une dépendance au sens 2 (sens négatif), serait de prouver que...
- le sport est clairement nocif pour ces personnes (détruit leur santé) ;
- ces personnes pourraient très bien vivre sans sport ;
- le sport est intrinsèquement une drogue.
Cette démonstration est assez difficile à faire. Car quand bien même on aurait réussi à prouver les deux premiers points, le troisième résisterait : le sport n'est pas une drogue.
Une drogue - même à petite dose - altère le fonctionnement normal de l'organisme. Par exemple il suffit d'un verre de vin pour perdre une partie de ses réflexes. Le sport, lui, n'altère pas le fonctionnement normal de l'organisme... au contraire, il l'optimise.
Le Voyage
1/ se changer les idées ;
2/ se changer les idées.
Se changer les idées au sens 1, c'est simplement s'aérer, chercher un peu de renouveau et de distraction - bref, partir en vacances pour un temps plus ou moins long - mais pas trop long tout de même, sinon on rate son objectif. Qui est ? Qui est de se rafraichir les yeux et le cerveau par un changement d'environnement.
Se changer les idées au sens 2, c'est beaucoup plus fondamentalement se renouveler, élargir son esprit et ses perspectives en les frottant à un autre univers, déchirer le cocon devenu étouffant de sa vie trop étroite en mettant un pied en dehors, partir pour un voyage initiatique, une quête existentielle de ses potentialités, briser la coquille, naître, renaître.
Ce deuxième objectif-là est l'un des plus grandioses qui soit... mais n'importe quel voyage ne répondra pas à cette aspiration, et il y a mille et une manière de rater un voyage de ce type.
On peut par exemple...
- partir en groupe (et connaître déjà parfaitement tous les membres du groupe) : on verra des paysages mais on ne sera certainement pas transformé ;
- partir seul et ne rencontrer personne ;
- partir avec ses préjugés, et s'y accrocher comme à son bien le plus précieux pendant toute la durée du voyage (on n'apprendra rien).
Une quête existentielle peut aboutir dans une impasse - et c'est particulièrement douloureux - aussi bien qu'elle peut déboucher sur un nouveau monde, une nouvelle vie.
Alors ? Que faut-il faire ?
Mon conseil sera tout bête, et vous pourriez aussi bien vous le donner à vous-mêmes : faites ce que vous voulez faire. Personne ne bénéficiera ou ne souffrira des conséquences à votre place. Vous n'avez qu'une vie : vivez-la ! A quoi bon agir comme les autres auraient agi à votre place ?... Il n'y a que vous qui soit à votre place.
Ne négligez pas vos désirs, vos envies ; écoutez ce que vous vous dites à vous-mêmes dans le silence ; mettez-vous à l'écoute de ce qui vous fait vibrer, de ce qui génère en vous des bouffées d'enthousiasme. Le projet le plus intéressant du monde peut ne pas vous intéresser - c'est votre droit. Et inversement, une idée que d'autres jugeraient tordues peut vous interpeler secrètement, vous solliciter avec insistance.
Alors faites ce que vous voulez faire - car si vous ne faites pas ce que vous voulez faire, vous ferez ce que les autres veulent que vous fassiez, ou ce que les autres veulent faire eux-mêmes, et ça n'a aucun intérêt. Ou peut-être que vous ne ferez rien du tout, faute d'un désir pour vous faire avancer.
On n'avance avec passion, avec persévérance, que pour ses propres projets, ses propres envies.
Alors ne jetez pas vos désirs à la poubelle : écoutez-les !...
Et s'ils vous disent de débuter l'apprentissage d'une nouvelle langue... d'un nouveau sport... d'un nouvel art... ou de partir... ou de déménager... ou de changer de style... ou de changer de lectures... ou d'assister à telle ou telle conférence... faites-le.
Vos envies sont votre essence ; si vous ne les utilisez pas, vous vous retrouverez en panne sèche au bord de la route. Suivez votre propre voie, même s'il n'y a personne d'autre sur la route ; chantez votre propre chanson, même si personne ne chante avec vous ; votre vitalité est à ce prix.
Croyez-vous sérieusement que les moutons découvrent jamais quelque chose ?... S'ils marchent en troupeau, c'est qu'ils vivent et meurent en troupeau. Leur individualité a été sacrifié bien avant que le couteau du boucher les égorge.
Vivez votre vie, c'est la seule qui vaille la peine d'être vécue ; et si aucun chemin n'est ouvert là où votre désir vous appelle, ouvrez un nouveau chemin à coups de machettes : les suivants vous diront merci.