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24 janvier 2009
La psychologie du psy (2)
Pourquoi, dès le départ, choisir psychologie, ou psychiatrie ?
Pour panser - ou dissimuler - des blessures personnelles.
Les psychiatres et psychothérapeutes et psychanalystes ont un passé plus douloureux que le reste de la population : famille éclatée, violence, folie d'un des parents, etc.
Selon l'auteur de Mount Misery et au moins un autre psy, les psys se spécialiseraient de préférence dans leurs propres failles psychologiques.
Le dépressif devient spécialiste de la dépression.
Le paranoïaque de la paranoïa, etc.
Les psys ont un taux de divorce, de dépression bien plus important que le reste de la population.
Parce qu'ils sont en contact tous les jours avec la détresse humaine ?
Peut-être.
Il semblerait aussi que certains deviennent dépendants de leurs patients - à tel point qu'ils se refusent à prendre leur retraite.
Et voici encore une information intéressante :
" "When therapists treat patients, they follow the prescriptions of their theoretical orientation. But the amazing thing is that when therapists treat themselves, they become very pragmatic." In other words, when battling their own problems, therapists dispense with the psychobabble and fall back on everyday, commonsense techniques -- chats with friends, meditation, hot baths, and so on."
Les thérapeutes qui sont déprimés ne se soignent pas avec les techniques qu'ils appliquent à leurs patients. Ils sont beaucoup plus pragmatique et terre-à-terre avec eux-mêmes, ayant recours aux amis, à la méditation, aux bains chauds, etc.
Quand les thérapeutes vont mal, ils hésitent à aller voir leurs collègues. Pourquoi ?
"therapists said they were hesitant to enter therapy "because of feelings of embarrassment or humiliation, doubts concerning the efficacy of therapy, previous negative experiences with personal therapy, and feelings of superiority that hinder their ability to identify their own need for treatment." Others are hesitant to seek therapy because of professional `complications' -- that is, they cannot find a therapist nearby whom they do not already know in another context. Or they mistakenly believe, as many patients do, that seeking therapy is a sign of failure."
Parce qu'ils se sentent embarrassé, humiliés, qu'ils doutent de l'efficacité de la thérapie, qu'ils ont déjà eu des expériences négatives de thérapie... Si c'est l'opinion des professionnels, comment s'étonner que ce soit aussi celle de beaucoup de non-professionnels ?
Ah et aussi : le psy qui couche avec sa patiente n'est pas un mythe ; le psy qui avale les antidépresseurs à la louche non plus. Les deux sont rendus faciles par le contexte : cachets faciles et tête à tête.
Quant à moi, je ne pense pas que les psys soient déprimés parce qu'ils sont en contact avec des gens déprimés.
Après tout, Mère Teresa ou l'abbé Pierre étaient en contact avec des gens très pauvres et qui souffraient beaucoup, et ça ne leur a pas cassé le moral.
Ce qui casse le moral, c'est d'être en contact avec des gens qui vont mal et de ne rien faire, ou de ne rien pouvoir faire, pour qu'ils aillent mieux.
C'est l'impuissance qui est démoralisante, beaucoup plus que la dépression des autres. Les psys vivent leur impuissance à soulager leurs patients, et c'est douloureux.
Derrière la facade d'arrogance glacée qui le protège, le psy souffre d'être inutile. Souffre d'être un imposteur. Car il le sait bien, au fond, qu'il est sensé aider, que c'est sensé être son métier, et qu'il ne le fait pas... parce qu'il ne le peut pas. Il sait bien, au fond, que sa légitimité est précaire comme un costume de prélat quand il n'y a personne à l'intérieur.
23 janvier 2009
La psychologie du psychiatre
Lui aussi, il a des rêves - dont certains le réveillent la nuit en sueur.
Lui aussi, il a des fantasmes inavouables, des images mentales dérangeantes qui le traversent.
Lui aussi, il a un passé, des souvenirs d'enfance.
Le psychiatre n'est pas qu'une image, pas que la version 3D de Freud sombre et inquiétant, tenant son cigare... Le psychiatre est un être humain, un être qui éprouve toute une gamme d'émotions, qui expérimente comme vous la peur, l'angoisse, et le doute.
Y compris le doute sur lui-même.
C'est difficile à croire (ça ne devrait pas l'être pourtant) mais surtout, c'est difficile à imaginer...
Il incarne le Savoir, la Connaissance ; il incarne l'Autorité. Et pourtant, lui aussi a une psychologie.
Et vous tombez bien, chers lecteurs curieux, car ces derniers jours j'ai plongé dans cette psychologie.
Pas directement, mais au travers d'un roman...
- Comment ça, un roman ? Ce n'est pas sérieux ! Impossible de s'y fier ! Ce n'est pas une source d'information fiable...
Attendez, un roman écrit par un psychiatre.
Roman passionnant (et écoeurant) qui nous fait plonger dans l'univers de la psychiatrie côté psychiatres. Leurs formations, leurs réactions, leur quotidien. Rien d'aseptisé : que du cru, du brut, de l'authentique, du criant de vérité.
Si criant qu'on en est tout chamboulé...
Si vous lisez l'anglais - il ne risque pas d'être traduit en français - le roman s'appelle Mount Misery.
Ce roman m'a apporté un éclairage tout à fait intéressant sur le comportement de mon (ex)psychiatre. Je le comprends mieux, maintenant.
L'apprenti-psychiatre n'est pas forcément de mauvaise volonté... Il veut aider - enfin, parfois. Mais il est formé, c'est-à-dire déformé, et on lui apprend qu'être objectif, c'est être indifférent à ses patients. La psychiatrie est une science et ce n'est pas avec de la sympathie qu'on fait de la science. On lui apprend que s'il se montre "gentil", il se fera bouffé tout cru. On lui enseigne la froideur comme une qualité première du thérapeute : s'il arrive à ne ressentir aucune empathie pour ses patients, il sera d'autant plus efficace, d'autant plus utile.
On lui enseigne aussi à se focaliser dès le début sur le diagnostic. Des questions - des réponses - un diagnostic. Il doit apprendre à jongler avec le DSM-4 (le catalogue des troubles mentaux). L'important, c'est l'étiquette qu'il colle.
On lui explique qu'en réalité, ces gens-là (les patients) ne peuvent pas guérir. On ne peut que les soulager un peu, et encore... Inutile, donc, qu'il se lance dans le projet utopique de les aider réellement. C'est perdu d'avance, autant qu'il en fasse son deuil.
Telle est la formation du psychiatre. Formation qui le convainc que tout ce qu'il donnera de lui-même à ses patients, il en sera privé : la relation est du type gagnant-perdant. Si le patient gagne, le psychiatre perd ; si le psychiatre gagne, le patient est... bien soigné.
Enfin... autant qu'il peut l'être, vu qu'on ne peut pas grand chose pour lui.
On apprend à l'apprenti-psychiatre à se focaliser sur le pouvoir, et les relations de pouvoir : surtout, ne pas courir après un patient suicidaire dans un couloir, il se croirait le plus fort ; surtout, ne pas répondre aux questions un peu personnelles que vous pose un patient, il en profiterait.
Il s'agit d'une guerre.
Venons en au psychiatre sadique.
En fait, il n'est pas sadique.
Enfin, pas vraiment.
S'il aime faire pleurer ces patients, c'est qu'il ne s'autorise aucune émotion. Les larmes qu'il voit le soulage ; elles coulent à la place des siennes. S'étant interdit toute spontanéité, toute effusion, toute expression de ses sentiments, il compense en poussant les autres à exprimer leurs ressentis.
Et quel moyen le plus sûr que de les agresser, de les humilier, de les déstabiliser ?
Les émotions violents que les patients manifestent ensuite soulagent le psychiatre de celles, toutes aussi violentes, qu'il n'expriment pas. De plus, elles le réconfortent : oui, vraiment, ce patient-là a un problème, un gros problème... La preuve.
Petit-à-petit, le rôle devient peau, l'habitude seconde nature.
Le psychiatre devient arrogant.
C'est plus confortable.
S'il restait humain, il souffrirait trop de sa position fausse : il est sensé aider ; il ne peut pas aider. Le système ne le lui permet pas ; ses idées ne le lui permettent pas ; sa formation ne le lui permet pas ; sa peur ne le lui permet pas. Alors pour cacher son impuissance, il bâtit un mur de glace entre lui et l'autre - son patient, l'objet de son étude.
Le métier est dur.
Ce n'est pas facile, d'être psychiatre.
On est constamment sur la brèche, constamment à jouer un rôle, à faire semblant. C'est épuisant.
C'est peut-être pour ça qu'ils sont si nombreux à se suicider...
Cette info peut paraître étrange - elle est ici (je l'ai trouvée aussi ailleurs) :
"What's the most suicidal occupation? I won't venture an opinion for the world of work overall, but among health-care types it may well be shrinks. In a study of 18,730 physician deaths from 1967 to 1972 (men and women), psychiatrists accounted for 7 percent of the total but 12 percent of the 593 suicides (source: Rich et al., cited above)."
Et voici un article plus long sur le sujet :
"Suicide, stress, divorce -- psychologists and other mental health professionals may actually be more screwed up than the rest of us. Psychologist Robert Epstein, Ph.D., surveys the emotional toll that practicing therapy takes on peoples' lives and explains how to protect yourself from impaired shrinks.
In 1899 Sigmund Freud got a new telephone number: 14362. He was 43 at the time, and he was profoundly disturbed by the digits in the new number. He believed they signified that he would die at age 61 (note the one and six surrounding the 43) or, at best, at age 62 (the last two digits in the number). He clung, painfully, to this bizarre belief for many years. Presumably he was forced to revise his estimate on his 63rd birthday, but he was haunted by other superstitions until the day he died -- by assisted suicide, no less -- at the ripe old age of 83.
That's just for starters. Freud also had frequent blackouts. He refused to quit smoking even after 30 operations to correct the extensive damage he suffered from cancer of the jaw. He was a self-proclaimed neurotic. He suffered from a mild form of agoraphobia. And, for a time, he had a serious cocaine problem.
Neuroses? Superstitions? Substance abuse? Blackouts? And suicide? So much for the father of psychoanalysis. But are these problems typical for psychologists? How are Freud's successors doing? Or, to put the question another way: Are shrinks really "crazy"?
I myself have been a psychologist for nearly two decades, primarily teaching and conducting research. So the truth is that I had some preconceptions about this topic before I began to investigate it. When, years ago, my mom told me that her one and only session with a psychotherapist had been disappointing because "the guy was obviously much crazier than I was," I assumed, or at least hoped, that she was joking. Mental health professionals have access to special tools and techniques to help themselves through the perils of living, right?
Sure, Freud was peculiar, and, yes, I'd heard that Jung had had a nervous breakdown. But I'd always assumed that -- rumors to the contrary notwithstanding; -- mental health professionals were probably fairly healthy.
Turns out I was wrong.
Doctor, Are You Feeling Okay?
Mental health professionals are, in general, a fairly crazy lot -- at least as troubled as the general population. This may sound depressing, but, as you'll see, having crazy shrinks around is not in itself a serious problem. In fact, some experts believe that therapists who have suffered in certain ways may be the very best therapists we have.
The problem is that mental health professionals -- particularly psychologists -- do a poor job of monitoring their own mental health problems and those of their colleagues. In fact, the main responsibility for spotting an impaired therapist seems to fall on the patient, who presumably has his or her own problems to deal with. That's just nuts.
Therapists struggling with marital problems, alcoholism, substance abuse, depression, and so on don't function very well as therapists, so we can't just ignore their distress. And ironically, with just a few exceptions, mental health professionals have access to relatively few resources when they most need assistance. The questions, then, are these: How can clients be protected -- and how can troubled therapists be helped?
Last Reviewed 28 Oct 2005
Article ID: 90"
Conclusion pour ceux qui ne lisent pas l'anglais : les psys sont plus perturbés, divorcés et suicidaires que ne l'est la population en moyenne.
22 janvier 2009
Pseudo Culpabilité
Parce qu'il y a la vraie culpabilité - par exemple, on a laissé tombé bébé - et la fausse.
La fausse est :
1/Vague ;
2/égocentrique.
1/Vague. Lorsqu'on s'accuse d'être "manipulateur", on s'accuse de la culpabilité la plus diffuse, la plus immatérielle qui soit. Imaginez être dans un tribunal ; à combien d'années de prison serez-vous condamné pour "manipulation" ? A aucune. C'est trop vague, tout simplement.
Et pourtant il y a des gens - des gens déprimés - qui s'accusent de fautes nébuleuses de ce genre : "je suis méchant... je suis manipulateur... je suis un pédophile refoulé..." Quand on leur demande de s'expliquer un peu sur tout ça, d'apporter les preuves de leurs auto-accusation, ils bafouillent, et finissent pas se taire.
Car il n'ont rien de précis à se reprocher.
Si vous êtes dans ce cas, je vous demande instamment de vous absoudre ; et je vous annonce solennement que tous les habitants de Groëland et des contrées environnantes, jusqu'à l'Equateur, vous absolvent aussi : vous êtes pardonné.
Passons à la pseudo-culpabilité égocentrique.
Elle s'exprime de cette manière :
"C'est de ma faute si je suis malheureux... C'est de ma faute si j'ai raté ma vie..."
Oui, et alors ? C'est plutôt une bonne nouvelle qu'une mauvaise : si c'est de votre faute, ça veut dire aussi que vous avez la possibilité d'améliorer votre humeur et votre vie. Mais s'agit-il de faute morale, de culpabilité, ou seulement d'erreur ?
Je suppose qu'il y a derrière ça un dédoublement de personnalité : on est désolé d'avoir fait du mal à... nous-mêmes. On se sent terriblement coupable. On aimerait bien que nous-mêmes nous pardonne. Mais on n'ose pas lui demander pardon.
Allez, un peu de courage, je suis sûre que nous-même est prêt à vous absoudre, lui aussi !
Tournez-vous vers votre miroir, et demandez-vous pardon. Et s'il vous plaît, ne compliquez pas les choses, elles sont déjà assez compliquées comme ça - accordez-vous votre pardon.
18 janvier 2009
Aidez vos proches à surmonter la dépression (par Jérôme Palazzolo)
Vous voulez sortir de dépression ?
Ne lisez pas ce livre.
Vous voulez aider vos proches à surmonter la dépression ?
Ne lisez surtout pas ce livre.
Sa couverture, déjà, en dit long : au premier plan, en couleurs vives (rose et orange) des cachets et des gélules, dont l'une est déjà sortie de son emballage métallique, prête à être avalée.
En arrière-plan, un homme qui tente de réconforter une femme - et ça n'a pas l'air de marcher... heureusement qu'il y a les cachets !
La tête des personnages est deux fois plus petite que le flacon de gélules. Ce qui s'explique par la perspective. Seulement par elle ?
En tout cas, les cachets sont peints avec plus de détails que les personnages, tellement schématiques qu'ils n'ont même pas droit à des visages.
[J'ouvre une parenthèse ; si vous regardez les couvertures des livres de psychiatrie sur amazon.fr, vous découvrirez que leurs couvertures sont souvent significatives : crânes simplifiés, représentations de visage si abstraits qu'ils sont privés de toute humanité. Jamais de photo de personnes réelles - ce n'est pas de ça dont on parle.]
Mais dépassons la couverture pour entrer dans le vif du sujet.
p.16 : l'auteur nous présente Lucienne. âgée de 82 ans, elle a perdu son mari, avec lequel elle vivait depuis 63 ans. Il est décédé il y a un mois. Lucienne n'a plus le goût de vivre.
Bon, jusque là, je ne sais pas vous, mais moi ça ne m'inspire rien d'autre que : "C'est la vie... c'est triste." - ou : "C'est la mort... c'est triste."
Mais l'auteur est un psychiatre, donc il ne se contente pas de ce genre de banalité. Voilà ce qu'il dit :
"Pour ce qui concerne cette dame, le diagnostic porté est celui de deuil, réaction tout à fait adaptée au vu des circonstances."
Ce qui est intéressant, dans cette phrase, c'est la contradiction entre ce qui est dit explicitement, et ce qui est dit implicitement - entre l'idée énoncée, et le choix des mots.
D'une part, la pauvre dame est normalement déprimée, vue les circonstances - d'autre part, elle souffre d'une maladie (puisqu'on ne pose de diagnostic que sur les maladies) qui a un nom bien précis, un nom en italique : deuil.
Or une maladie n'est pas une réaction normale, et une réaction normale n'est pas une maladie.
Détail, dites-vous ?
Pas du tout.
C'est avec ce genre de phrase que se profile un avenir où l'on n'aura plus le droit d'être triste de la perte d'un être cher - enfin, si, on aura le droit, mais ce sera pathologique.
P.46 : l'auteur décrit la réaction du patient auquel on révèle qu'il est "dépressif" :
- colère, agressivité ;
- découragement face à l'inévitable.
Si le diagnostic a cet effet-là, on pourrait peut-être s'en passer, non ?
p.60 : "Les personnes dépressives souffrent d'une incapacité à vouloir, sorte "d'endormissement de la volonté". Il est donc inutile de faire appel à leur volonté".
Cette phrase-là est l'équivalent d'une bonne dose de cyanure : je vous conseille de ne pas l'avaler (c'est-à-dire de ne pas y croire).
Les personnes dépressives ne souffrent pas d'une incapacité à vouloir. Les personnes dépressives ont oublié qu'elles ont le choix. Elles ne se rendent pas compte - précisément parce que tous les psychiatres serine le contraire - qu'elles peuvent choisir leurs émotions en choisissant leurs pensées.
Nous ne sommes pas les marionnettes de nos émotions ; ou si nous le sommes, c'est seulement parce que nous avons oublié que nous pouvons nous élever au-dessus d'elles. Notre esprit n'a pas à suivre comme une girouette les mauvaises pensées qu'un mauvais vent lui impose. Nous ne sommes pas obligé de croire tout ce qui nous passe par la tête.
Nous ne sommes pas obligés de nous soumettre à nos états d'âme.
On peut se lever le matin et entamer la journée du bon pied, même si on n'est pas dans l'humeur, simplement parce qu'on l'a décidé. Dépressif ou pas dépressif, l'être humain est un être humain : une créature qui a le choix.
p.61, l'auteur affirme que les antidépresseurs ne produisent ni accoutumance, ni dépendance.
C'est pas beau de mentir.
p.72, à propos de quelqu'un qui pense au suicide, l'auteur conseille : "ne le culpabilisez pas, évitez les phrases du type "pense à tes enfants".
J'ai rarement lu au conseil aussi contre-productif... enfin, contre-productif si le but est d'empêcher le suicide. Tant qu'à faire, pourquoi ne pas déculpabiliser le geste ?
Comme ça, il sautera plus facilement du haut du pont...
Mais passons.
Le livre entier insiste sur :
- la prétendue irresponsabilité du dépressif ;
- la nécessité pour l'entourage de l'encourager à bien prendre ses cachets ;
- le discours victimisant que l'entourage doit tenir à celui qui va mal : p.95 "vous devez lui faire comprendre qu'elle n'est pas responsable de son état".
Ah bon ?
Pas responsable de son état ?
Alors qui ?
La vérité, c'est que nous sommes responsables de nos vies. Et la dépression ne constitue pas une exception à la règle : nous sommes toujours, en toutes circonstances, responsables de nos vies.
Pas de ce qui nous arrive... (comme par exemple, une tuile tombant d'un toit sur notre tête) - mais de ce que nous en faisons.
La dépression est un état d'âme - notre état d'âme. C'est à nous de l'accueillir comme une reine ou de la traiter comme une intruse. Si nous l'honorons, elle s'installera chez nous pour longtemps. Si nous ne lui prêtons aucune attention, elle se sentira mal accueillie et partira ailleurs.
Encore une contradiction : juste après avoir "rassuré" le dépressif en lui expliquant qu'il n'est pas responsable de son état, le proche est sensé le rassurer encore, mais cette fois-ci sur "ses capacités personnelles". (p.96)
Comme c'est logique...
"T'es qu'une victime, tu n'y es pour rien, mais t'en fais pas, tu es tout à fait capable de t'en sortir, t'as les capacités pour ça."
Cherchez l'erreur.
Si on n'a rien fait pour se mettre dans la mouise, mais vraiment rien, comment pourrait-on avoir les capacités pour s'en sortir ?
Entre le statut de victime ("pas responsable de son état") et les capacités personnelles, il faut choisir.
Un conseil : choisissez les capacités personnelles. Le statut de victime n'apporte que des justifications de ce statut - autrement dit, de gros ennuis.
p.101 : l'auteur déconseille vivement l'alcool et le cannabis.
Ce serait logique, s'il ne conseillait pas encore plus vivement d'autres drogues - celles qu'il prescrit.
Dans le genre comique, p. 131, un témoignage : "Un docteur me l'a confirmé : lors d'une dépression, on ne peut pas se donner de coups de pied au derrière."
Pas besoin d'avoir fait des études d'anatomie pour en convenir...
Bref : un livre qui n'est qu'une apologie de plus de ces merveilleux médicaments qui protègent du suicide (sauf que c'est l'inverse) et une victimisation de plus de ces pôv' dépressifs impotents même pas capables se brosser les dents (sauf qu'il suffirait qu'ils lisent Le succès selon Jack pour que ça leur passe...)
Ne lisez pas Aidez vos proches à surmonter la dépression. Lisez Le succès selon Jack, Psychocybernétique, Le succès par la pensée constructive, et tous les autres livres conseillés à droite. Je vous garantis, je vous promets, qu'ils feront une énorme différence pour le mieux dans votre vie.
15 janvier 2009
La faute aux parents ?
D'abord, parce que les instances qui les désignent du doigt sont si nombreuses : psychanalyse, psychologie, journaux féminins, écrivains...
Et puis, ne dit-on pas que tout se joue avant trois ans ? Et si tout se joue avant 3 ans, c'est certainement leur faute ! Nous ne sommes certainement pas responsables de ce qu'ils nous ont fait vivre, pauvre p'tit bout de choux que nous étions...
Et cette absence de mémoire, ce grand trou noir de la petite enfance, qui sait ce qu'ils cachent ? Qui sait ce qu'ils nous ont fait souffrir et subir ?
Les parents sont les Grands Coupables. Coupables d'office, coupables désignés.
Et si vous allez voir un psychanalyste... il y a de fortes chances qu'ils vous mettent sur la piste de leur culpabilité. Si vous n'étiez pas encore convaincu, vous le serez.
Leur faute de quoi ?
Personne d'autre ne porte la responsabilité de notre bonheur - que nous-mêmes.
Non seulement ils font fait ce qu'ils ont pu, mais souvent ils ont fait bien plus que n'importe qui d'autre pour nous. Si nous ne leur devons pas un minimum de reconnaissance et de gratitude, en qui en devrons-nous ?...
C'est eux qui se sont relevés pour nous soigner quand on était petit.
Eux qui nous ont nourri la nuit, quand nous étions si faible, si impuissant, que laissés à nous-même nous serions morts en un jour. Eux qui ont payé pour notre nourriture, nos habits, notre éducation...
Bon ceci dit, ils ont pu nous faire beaucoup de mal aussi.
L'essentiel n'est-il pas de voir les deux côtés de la médaille ?
13 janvier 2009
Identifier le problème
Quand on souffre psychologiquement, par contre, on ne sait pas toujours où on a mal, ni pourquoi on a mal.
Comme dans une chambre en désordre, où le chaos général crée une impression de malaise, on a une sensation de confusion interne qui obscurcit la vie et la vue, et on ne sait pas toujours identifié le point douloureux.
On peut aussi croire qu'on l'a identifié, mais prendre l'arbre pour la forêt - c'est-à-dire confondre un aspect ponctuel du mal avec son origine profonde.
En fait, le problème qui est l'origine invisible de la souffrance morale est à bien des égards, indéfinissable tant qu'on ne l'a pas résolu.
Autrement dit, le problème c'est d'identifier le problème.
11 janvier 2009
Le bonheur, le plaisir et la dépression
D'abord, en ne se mettant pas martel en tête.
"Je ne suis pas heureux"... "J'ai une vie triste"... sont des idées qui font pleurer - inutilement pleurer.
Ensuite, en ne courant pas après le plaisir. Parce que les plaisirs que l'on attrape lorsqu'on va mal sont pour la plupart des plaisirs destructeurs - cigarette, alcools, etc.
Enfin, en rangeant.
En rangeant quoi ? Pas ce que vous ne pouvez pas ranger ; seulement ce qui est sous votre main, à portée de votre bras.
On renonce souvent aux tâches possibles pour consacrer toute son énergie à ne pas réaliser les tâches impossibles. Mais c'est l'inverse qu'il faut faire : lâcher ce qu'on n'a jamais tenu (l'impossible à faire) et saisir ce qui est là, ici.
Les rêves les plus grandioses ne sont réalisés que par les personnes qui se lèvent, retroussent leurs manches, et attaquent la vaisselle qui est à faire (exemple). Pour déplacer les montagnes, il faut commencer par enlever les petits cailloux sur la route. Il n'y a pas d'autre étape possible avant celle-là ; c'est la première.
Nous avons tous tendance à regarder trop loin - et à ne pas voir ce qui est à notre portée, voire sous notre responsabilité. Nous avons tous tendance à bâtir des châteaux en Espagne, et à négliger de fermer la fenêtre quand il pleut. Les rêves peuvent devenir horriblement inconfortables quand on les habite 24h sur 24...
Le soir, quand on est fatigué, ce n'est jamais dans le lit de nos triomphes futurs que nous nous endormons, mais dans celui que nous avons fait - ou non-fait - le matin même. Et si les draps sont bien frais et bien propres, ou très sales, ce sera non parce que nous avons atteint nos plus nobles objectifs, mais parce que nous aurons négligé ou pas la réalité ce jour-là.
La vie n'a pas lieu demain, ni hier. Elle a lieu aujourd'hui. Et si nous voulons faire quelque chose, c'est aujourd'hui que nous devons nous y mettre, car il n'y a pas d'autre jour. Trier ses papiers... traiter son courrier... brosser ses dents... c'est trivial peut-être, mais si nous ne le faisons pas nous coulerons doucement sous le chaos et la crasse.
Le bonheur est l'objectif le plus banal qui soit - personne n'est libre de s'en donner un autre. Même quelqu'un qui choisirait de ne pas être heureux ne saurait le faire que parce qu'il espère obscurément qu'ainsi, il trouvera un certain genre de bonheur - celui du calme, peut-être.
Mais ce n'est pas une raison pour faire du bonheur - ni du malheur, d'ailleurs - une obsession.
Il vaudrait mieux se concentrer sur n'importe quelle autre quête, une quête plus concrète et plus mesurable, que sur celle-là. Non qu'elle ne soit pas digne d'être poursuivie, mais le ponpon désiré est beaucoup trop abstrait pour être saisi de cette manière-là.
A la limite, ce qu'on pourrait se dire c'est qu'au fond, on est déjà heureux - mais comme aucune catastrophe ne nous prive de ce bonheur, nous n'avons pas conscience de le posséder. Ceux qui se retrouvent confrontés à la mort, à la maladie, repensent à leur déprime antérieur comme à un paradis.
Bref...
10 janvier 2009
La haine du mal et le mal de la haine
Quelle différence y a-t-il entre la haine du mal et le mal de la haine ?
Une énorme, une colossale différence - la même qui sépare la haine du racisme de la haine des noirs.
Les relativistes (ces partisans du "le bien est relatif, le mal est relatif, tout se vaut et ne vaut rien") auraient tendance à mettre sur le même pied la haine des racistes et la haine des noirs.
Ils disent - ou pensent : "dans les deux cas on déteste une partie de la population... C'est pas bien!"
Sauf que ça n'a strictement rien à voir.
Personne ne choisit d'être noir - pas plus que d'être blanc ou né en Bretagne.
Haïr une personne pour quelque chose qu'elle n'a pas choisi, c'est une injustice.
C'est le mal de la haine.
Par contre, haïr les noirs parce qu'ils sont noirs est un choix. Les racistes choisissent le racisme : ils ne sont pas nés avec le gène du racisme. Ils ont préféré, voulu leur racisme. Ils se le sont appropriés, ils l'ont fait leur.
Haïr une personne pour ses mauvais choix, c'est la haine du mal.
A la différence de la première haine, cette haine-là n'a rien de définitif : il suffirait que le raciste en question change d'opinion... s'ouvre à ce qu'il refuse... pour qu'on l'aime autant qu'on le détestait avant.
Et tiens, pour compléter le tableau : il faudrait aussi évoquer la haine du bien et le bien de la haine.
La haine du bien existe - elle est le fait des personnes suffisamment enracinées dans le mal pour détester ceux qui n'ont pas fait les mêmes mauvais choix qu'eux. Le bien de la haine existe aussi - quand la haine en question est refus du mal.
Pourquoi évoquer ce sujet ?...
Parce que le relativisme est une source de découragement et d'apathie, de faiblesse et d'inertie. Si rien n'est vraiment bien et rien n'est vraiment mal, à quoi bon ?...
A quoi bon se battre pour un idéal, à quoi bon s'accrocher à des principes ? Ils ne sont que des artifices. Des préjugés judéo-chretiens.
La santé mentale présuppose un découpage éthique binaire : il n'y a rien par-delà le bien et le mal.
D'ailleurs il est tout à fait significatif, et révélateur, que l'auteur du livre "Par delà le bien et le mal" soit devenu fou. Car au-delà de cette dichotomie fondamentale, il n'y a que confusion, nihilisme et folie.
Principe de base : le bien n'est pas le mal ; le mal n'est pas le bien. La différence est parfois difficile à faire, mais elle est à faire.
Les faux effets secondaires
Qu'est-ce qu'un effet secondaire ?
Si l'on en croit les dictionnaires, il s'agit d'un effet moins important que l'effet principal. Un effet qui pourrait éventuellement être négligé.
Lorsqu'il s'agit de produits présentés, prescrits et vendus en tant que "médicaments", on suppose que l'effet principal est toujours positif, et l'effet secondaire (moins important) négatif.
C'est comme ça qu'effet secondaire est devenu un euphémisme d'effet négatif.
Lorsqu'on parle d'un produit essentiellement nocif, comme du cyanure par exemple, personne n'est tenté de parler de sa dangerosité comme d'un effet secondaire - puisqu'il n'y a pas d'effet plus important et positif à mettre en balance.
Où veux-je en venir ?...
Que de nombreux effets dits secondaires sont des effets négatifs principaux.
Autrement dit, de nos jours, l'expression "effet secondaire" est non seulement un euphémisme pour "effet négatif", mais un euphémisme pour "effet primaire négatif".
Le fluor n'a pas d'effet positif. Ses effets dits secondaires sont donc des effets primaires.
Pour les antidépresseurs, anxiolytiques, cigarette, marijuana, etc., tout dépend de la perspective : du point de vue du consommateur, il y a bien un effet positif primaire (et quelques effets négatifs secondaires) ; d'un point de vue plus panoramique, il y a un effet négatif primaire (et quelques effets positifs secondaires).
Ce qui est trompeur, avec les drogues légales et illégales, c'est que les effets positifs secondaires viennent en premier. S'ils venaient en dernier, personne ne serait tenté de se droguer.
Si la consommation d'alcool déclenchait la gueule de bois avant l'ivresse, personne ne boirait.
Mais ce n'est pas parce qu'un effet vient à premier qu'il est le plus important : les apparences (ce qu'on voit en premier) ne sont pas l'essentiel.
Pyschiatre, psychothérapeute et psychanalyste
Il fut un temps où le psychanalyste était le plus fort. Maintenant, c'est le psychiatre.
C'est que le psychiatre donne les cachets - et que derrière les cachets, les millions de l'industrie pharmaceutiques pèsent lourd....
C'est pour ça que, de nos jours, des psychiatres se demandent de plus en plus si on ne ferait pas bien de jeter la psychanalyse et les psychanalystes à la poubelle.
Car la psychanalyse n'a jamais accepté d'être confrontée aux faits : est-elle ou n'est-elle pas efficace ?...
Alors que les "médicaments" ont eux été testé (ils sont inefficaces, mais comme on a truqué les études, personne n'est sensé le savoir).
"Psychothérapeute", c'est le terme général sous lequel tout et son contraire peuvent se cacher. Le plus freudien comme le plus libérateur, le pire comme le meilleur.
Difficile de dire quoi que ce soit sur une étiquette aussi générique...
"Psychanalyste", c'est l'homme de l'ombre et du passé. Il eut son heure de gloire, mais c'est un has been, un monument historique. Ceux qui le visitent encore rament à contre-courant. Ce qui ne veut d'ailleurs pas dire qu'ils soient dans une meilleure direction que les autres.
"Psychiatre", c'est l'homme de l'avenir et de la lumière blafarde qui éblouit sans éclairer. Un éclairage au néon. Avec lui, les mots ne sont plus des mots. Que des symptômes. Et le malaise existentiel qui nous ronge, l'équivalent d'un diabète.
Le psychanalyste vous fait fouiller dans vos ordures (le pire de votre passé) ; le psychiatre vous diagnostique et vous médicamente.
Le psychanalyste croit à la parole - surtout celle qui n'est pas constructive ; le psychiatre croit à la chimie et au cerveau.
Le psychanalyste vous entraîne dans le dédale de votre existence sans fil d'Ariane autre que la souffrance, la rancoeur et la volonté de trouver des coupables ; le psychiatre a déjà trouvé le coupable et il vous le livre pieds et poings liés. C'est un manque de sérotonine ou d'autre chose, un déséquilibre de je ne sais quoi.
Je généralise, c'est vrai. Il serait plus politiquement correct d'entourer les propos précédents de : "il y a des psychanalystes extraordinaires... des psychiatres merveilleux..." Mais comme je n'en ai jamais rencontrés, je laisse à d'autres le soin de les évoquer.
Pour équilibrer un peu la balance, je dirais seulement que farfouiller dans son passé (avec un psychanalyste pas trop sadique) peut être libérateur, quand on y a caché quelques souvenirs. Ce qui n'est pas le cas de tout le monde, loin de là.
Si j'avais un conseil à donner...
Cherchez-vous un thérapeute qui n'ait pas d'étiquette, ou le moins possible. Ou s'il en a une, qu'elle ait un petit air d'inconnu, qu'elle ne résonne pas trop familière à vos oreilles. Suivre la grand route thérapeutique, c'est suivre l'autoroute de la mort.