Autrement dit : comment arrêter.
Si vous n'êtes pas concerné par le sujet, inutile de lire la suite.
Si vous l'êtes, j'espère que vous y trouverez quelques pistes. Sachant tout de même que je n'ai pas une expérience directe de l'automutilation. [Même si c'est vrai, une fois, à l'époque où j'allais mal, je me suis coupée la main pour saigner sur un dessin - que ne ferait-on au nom de l'Art ? - N'importe quoi... Mais passons.]
L'automutilation présente, c'est vrai, plusieurs points communs avec la drogue : il est plus facile de commencer que d'arrêter. Et dans les deux cas, on devient accro, dépendant : à la drogue d'un côté, à son propre sang versé et/ou aux lignes tracées et/ou à la douleur de l'autre...
L'automutilation est une "invention" relativement récente. Personne ou presque personne ne se mutilait il y a quelques siècles...
Mais en fait j'ai parlé trop vite : les dévots qui serraient leur silice, ou les chiites qui se flagellent, ce n'est pas nouveau, et ça saigne. L'automutilation a, historiquement, parti lié avec le désir de se purifier : on saigne pour expier ses péchés, pour s'en débarrasser.
Enfin c'est l'impression qu'on peut avoir.
De nos jours aussi, celles et ceux qui pratiquent l'auto-mutilation y cherchent souvent une sorte de purification.
Bon.
C'était juste pour donner une petite idée de ce que l'auto-mutilation signifie pour ceux qui s'adonnent à ce vice (oui, j'ai bien dit vice) - mais si on en restait là, ce serait très insuffisant pour s'en débarrasser. Alors prenons le problème à bras le corps. Attention : à partir de maintenant, je suppose que vous vous auto-mutilez.
L'auto-mutilation est un choixVous croyez que vous ne pouvez pas arrêter ?
C'est une illusion. Bien sûr que vous pouvez. L'automutilation est un choix. Pas le plus sage.
Sous l'emprise d'idées fausses (et du mal-être, et de mauvais exemples), beaucoup de personnes très intelligentes font des choix stupides.
Certes, il est difficile, voire très difficile, d'arrêter.
De même qu'il est difficile, voire très difficile, d'arrêter n'importe quelle mauvaise habitude... (les mauvaises habitudes sont constituées par la répétition de mauvais choix.)
C'est difficile, mais possible.
L'auto-mutilation est
votre choix - et dans la mesure où c'est votre choix, vous pouvez en faire un autre. Vous pouvez arrêter si vous le décidez.
Rien ni personne ne vous
force à vous tailler.
Même si vous avez l'impression contraire.
(Ceci dit, il y a bien quelque chose ou quelqu'un qui vous
incite à vous tailler. C'est l'ennemi intérieur. Mais il ne peut pas vous forcer. Vous restez libre d'écouter ses mauvais conseils ou de ne pas les suivre. La petite voix diabolique qui vous pousse à vous mutiler n'est pas celle de votre maître. Vous n'êtes pas obligé de faire ce qu'elle vous dit de faire. Vous êtes libre, plus libre que vous n'en avez conscience.)
Si vous arrêtez l'AM, vous ne serez ni le premier, ni le dernier.
L'auto-mutilation est saleVous voulez vous purifier ?
Le sang versé est sale. Si vous voulez vous purifier, prenez de l'eau et du savon.
Les nobles du XVIIème siècle avaient un peu la même illusion : ils croyaient qu'ils pouvaient laver leur honneur dans le sang... Mais c'est une image débile, une métaphore en contradiction avec la réalité : on ne lave rien avec le sang. On
salit avec le sang. Le sang est sale.
Regardez les films d'horreur, comme ils combinent toujours la crasse et le sang, la jerbe et le sang, la saleté et le pipi-caca et le sang. Ces associations sont logique, naturelle, inévitable : le sang (quand il n'est pas à sa place, c'est-à-dire circulant invisiblement dans le corps) est sale, malsain. Il attire les mouches. Il vire au noir. Le sang, c'est moche.
La pureté a toujours été associé à la blancheur et à l'eau, et cette association-là est tout à fait logique. Si vous vous sentez sale, lavez vous et habillez-vous en blanc !
L'auto-mutilation ne fait que vous salir encore plus. Elle vous corrompt l'âme en vous abîmant le corps. Elle vous empoisonne, vous pervertit. Non seulement elle vous détruit, mais elle vous
pourrit.
Mais peut-être (mais probablement) que vous ne vous sentez pas
littéralement sale. Si vous éprouvez des sentiments tels que la honte et la haine de vous-même, si vous vous sentez sale
au niveau moral...
- lavez-vous (comme je l'ai déjà dit), prenez une bonne douche, allez au sauna ou au hammam ;
- et si ça ne suffit pas, punissez-vous d'une manière constructive : jeûnez.
Jeûnez, c'est-à-dire arrêtez de manger et de boire du lever du soleil à son coucher. Vous aurez mal à la tête, et là, vous vous purifierez vraiment, c'est-à-dire que vous purifierez l'intérieur de votre corps (par l'autolyse) et aussi votre esprit, qui par le jeûne renoue avec la simplicité et l'innocence - tous ceux qui pratiquent le jeûne peuvent en témoigner.
L'automutilation est un vice que l'on prend pour une purification, une tâche poisseuse et répugnante que l'on prend pour une expiation. Elle n'en est pas une.
L'expiation consiste, quand on fait quelque chose de mal, à s'excuser si possible et surtout, à ne pas recommencer.
Vous éprouvez le besoin de payer ? Vous sentez que vous êtes chargé de fautes - de fautes inconnues mais écrasantes ?... Alors, payez vraiment, payez de votre portefeuille ou de votre personne : donnez de l'argent à un SDF, ou faites un peu de bénévolat. Bref, allégez votre karma!
Vous pouvez aussi lire des livres de psychologie et/ou de développement personnel sur le sentiment de culpabilité, pour mieux comprendre vos émotions.
Je résume : l'automutilation est sale ; le sang est répugnant et poisseux, il ne lave rien mais au contraire tâche et salit. Si vous cherchez la pureté, cherchez la ailleurs.
Cherchez la dans la propreté du corps.
Cherchez la dans le jeûne.
Cherchez la dans les B.A. (bonnes actions).
Cherchez la dans des habits d'une blancheur immaculée.
Cherchez la dans une vie juste, régie par des principes.
Cherchez la dans la connaissance de vous-même.
Bon.
Tout ceci ne suffira peut-être pas pour que vous arrêtiez... Alors je vais vous donner un petit truc qui peut vous aider.
Automutilation et secretSi vous êtes du genre à cacher soigneusement les cicatrices que vous vous faites... si vous ne parlez à personne de votre vice, si vous en avez honte... Alors voici une astuce pour vous aider à arrêter :
Engagez-vous auprès de vous-même, de façon très solennelle, à dire à 5 personnes que vous vous mutilez si vous recommencez encore une fois. Prenez cet engagement très sérieusement.
Et engagez-vous aussi
à leur montrer vos cicatrices. Bref : engagez-vous à faire un "coming-out" bien embarrassant dans le cas où vous retomberiez dans cette perverse habitude. Et tenez parole.
Bien sûr, le truc ne marchera pas si tout le monde est déjà au courant et si vous n'avez pas honte de vos cicatrices. Mais dans le cas où vous avez gardé l'AM secrète, un bon coup de projecteur peut chasser le cloporte vivant sous le caillou : l'ombre est propice au mal, la lumière le dissipe.
L'âme et le corpsEncore une remarque : le corps et l'esprit ne sont pas des ennemis. La preuve : quand le corps est heureux, l'esprit n'est pas loin de l'être, et inversement. Le corps et l'esprit sont des alliés, des copains. Si vous faites du mal à l'un, vous faites du mal à l'autre. Ne croyez donc pas que votre esprit ou votre âme gagne quelque chose quand votre corps se fait torturer ou mutiler (que ce soit par vous ou par quelqu'un d'autre). C'est absolument faux. Il n'y pas de vases communicants.
Soigner et purifier votre corps, c'est dans une certaine mesure soigner et purifier votre âme.
Soigner et purifier votre âme, c'est dans une certaine mesure soigner et purifier votre corps.
Expression vs. auto-mutilationSi vous vous mutilez parce que vous voulez
écrire vos souffrances, changez de support, troquez votre peau contre un cahier et votre cutter contre un stylo, et écrivez vraiment. Et ne vous contentez pas d'écrire : faites lire. Y compris aux personnes qui vous ont fait du mal.
Peut-être qu'elles ne seront pas intéressées et qu'elles ne vous liront pas, mais vous au moins vous aurez dit, écrit, exprimé ce que vous avez sur le coeur.
Se mutiler ce n'est pas du tout écrire, même si - peut-être - vous en avez l'impression. Ecrire consiste à formuler sous une forme verbale des émotions et des pensées. Une cicatrice n'est qu'une cicatrice. Elle ne dit pas autre chose que : "cette peau a été blessé". Mais elle ne dit ni comment, ni pourquoi. Et ce qui est le plus important c'est le
pourquoi.
La seule manière d'extérioriser sa souffrance, c'est de la
dire. De l'
écrire. De se l'avouer à soi-même - et éventuellement aux autres.
L'auto-mutilation est une fausse écriture, un pseudo-langage, comme elle est une pseudo-purification. Elle se substitue à la véritable parole, à la véritable écriture, à la phrase. Elle est la forme pervertie et malsaine du désir d'expression. Si vous souffrez, dites-le, écrivez-le.
Couper votre peau est une manière de vous bâillonner : vous ouvrez des plaies pour vous fermer la bouche, vous vous refusez un droit d'expression, vous canalisez sous une forme malsaine, dangereuse et inefficace l'envie de dire ce que vous ressentez vraiment (et peut-être aussi ce que vous avez subi, ce qu'on vous a fait) - et de le dire aux personnes concernées.
Ne vous censurez pas ; faites preuve de courage ; dites et écrivez ce que vous ressentez, ce que vous avez ressenti : plus de vérité et plus d'
audace, plus de
transparence aussi, vous permettront d'accéder à une existence débarrassée de l'auto-mutilation.
à condition de le décider, bien sûr...
Auto-mutilation et fréquentationsSi vos amis s'auto-mutilent, soyez radical : changez d'amis. Qui s'assemble, se ressemble.
ConclusionPour arrêter l'auto-mutilation, il est très important que vous preniez conscience :
- que jusqu'à présent, vous avez dû associer consciemment ou inconsciemment l'auto-mutilation à des choses positives, mais que toutes ces associations sont illusoires ;
- que l'auto-mutilation n'est pas quelque chose qui vous arrive, mais bien quelque chose que vous faites et que donc, vous pouvez arrêter de faire : que c'est
votre habitude et que dans la mesure où c'est la vôtre, vous pouvez en changer ;
- que l'auto-mutilation ne vous apporte que du mal : non seulement elle vous abîme le corps et peut vous mener à une mort semi-volontaire, mais elle vous abîme l'âme, vous enfonce dans une forme de perversion et de vice, même si le mot vous paraît fort ou décalé ;
- que si vous cherchez la pureté, vous pouvez la trouver, mais ailleurs ;
- que si vous avez des souffrances à exprimer, des mauvais souvenirs à faire sortir, vous pouvez et devez les exprimer - mais pas sur votre peau, sur du papier, et peut-être aux personnes concernées (plus c'est difficile et plus ça fait peur, plus c'est nécessaire).
Deuxième conclusionMême s'il est très difficile d'arrêter la cocaïne, c'est possible : même chose pour l'auto-mutilation.
Il faut être prêt à traverser une période de douloureux sevrage.
Il faut être prêt aussi à s'y reprendre à plusieurs fois si la première fois ça ne marche pas. Sans se décourager. Sans baisser les bras. La persévérance vient à bout de tout.
Et il faut être prêt enfin à changer de fréquentations - car tant qu'on fréquente des personnes qui s'auto-mutilent ou se droguent, on continuera soi-même.
Pour se débarrasser d'un vice (ie : une mauvaise habitude),
il y a toujours un prix à payer.Alors acceptez de payer le prix, et débarrassez-vous de l'auto-mutilation. C'est en votre pouvoir.
Ne vous laissez pas persuader par des témoignages décourageants qu'il est impossible d'arrêter. Il est toujours possible d'arrêter - que ce soit la cigarette, la cocaïne, les antidépresseurs ou même le crack. Et l'auto-mutilation n'est certainement pas pire que le crack. Et si malgré toutes vos recherches, vous ne trouvez aucun témoignage encourageant, décidez que
le vôtre le sera - que vous montrerez aux autres qu'il y a une porte de sortie. Que vous arrêterez et que vous témoignerez, aidant ainsi les autres à décrocher de cette sale habitude.
La force de l'ennemi intérieur comme celle de l'auto-mutilation ne reposent que sur une chose : votre propre croyance erronée, votre propre conviction illusoire que vous êtes impuissant devant lui, devant elle.
Vous n'êtes pas impuissant. Lorsque vous vous taillez, c'est avec votre main, pas avec celle de quelqu'un d'autre. A cet instant-là c'est vous qui prenez la (mauvaise) décision, pas quelqu'un d'autre.
Alors réfléchissez bien à ce que vous voulez. Faites la liste des avantages et des inconvénients de l'auto-mutilation. Étudiez de près cette liste.
Prenez conscience que les avantages n'en sont pas et que les inconvénients sont encore pires que ça, et que eux sont bien réels : risque de mort (mort qui passera pour un suicide, ce qu'elle sera en un sens), cicatrices irrémédiables qui vous enlaidissent pour toujours, souvenirs gravés, ineffaçables, d'une très mauvaise période qui ainsi vous poursuivra même dans le bonheur, etc.
Puis, arrêtez l'auto-mutilation. Et si vous sentez le besoin de la remplacer par quelque chose, jeûnez.
Un autre article sur l'auto-mutilation ici :
http://marre-de-la-vie.blogspot.com/2006/07/lauto-mutilation.htmlDes témoignages à lire sur l'arrêt de l'AM (comme quoi c'est possible) :
http://forum.doctissimo.fr/sante/anorexie-boulimie/mutilation-vous-arreter-sujet_170900_1.htm