Recevez gratuitement les 20 premières pages du TRESOR + LA LETTRE BLEUE


 

25 novembre 2006

Traces (du passé)

S'il pouvait s'en aller d'un coup...
mais ce n'est que par petit bout qu'il s'effrite. Un morceau tombe, et ce qui était muré derrière peut enfin respirer, après toutes ces années de nuit !

Ensuite, un autre morceau part. Emporté par les vagues incessantes du temps qui usent jusqu'à la pierre.

Le passé n'est alors plus qu'une statue tronquée, une muraille ruinée.

Assez trouée pour que passe la lumière, assez entêtée pour que sa masse opaque soit encore un douloureux obstacle au milieu du chemin, à contourner, à contourner sans cesse.

Va-t-en, passé. Quitte moi pour de bon...

Entassement obscur de peurs, de sales habitudes, de ligatures et de baîllons ; censures multiples, paroles imposées, angoisses alanguies comme des crocodiles et tronc d'arbre trompeur... va-t-en.

18 novembre 2006

Lifting du blog !

ENFIN! blogger s'est décidé à améliorer radicalement la présentation des blogs en général, et du mien en particulier...
Maintenant les archives sont très très faciles à consulter.

10 octobre 2006

Souvenirs, souvenirs

Même ceux d'une période horrible peuvent avoir quelque chose de charmant, à distance. Un certain cachet de vieille photographie, une aura de nostalgie, un parfum de bruyère...

Le passé d'un(e) ex-dépressif/ve, c'est un océan de souffrances vagues et aïgues, informes et précises. Un chaos de douleurs où s'entrechoquent l'infime et l'essentiel, le détail et le principal. Au plus haut point du bonheur, on pressent qu'on est perché au sommet d'une pente glissante - pente que l'on va inéluctablement dévaler... Les hauts et les bas se succèdent, mais au plus haut on souffre encore - de cette altitude anti-naturelle, de cette instabilité fondamentale, de cette incapacité à trouver ses pieds, sa base.

A quoi se raccrocher ? A qui se fier ?... comme la girouette de métal qui tourne aux quatre vents, on oscille d'une direction à l'autre, incapable de décider, incapable de savoir ce que l'on veut vraiment.

Et ce n'est qu'un des aspects du mal-être. La nullité humiliante que l'on se sent être en est un autre : comment demander aux autres de reconnaître notre valeur, quand nous sommes nous-mêmes incapables de la percevoir ?...

Les condamnations définitives se succèdent dans le théâtre intérieur que nos voix intérieures se disputent :
- Je suis nul... Personne ne m'aimera jamais... Je ne vaux rien, je ne suis rien... Je n'existe pas...

Qui nous donnera l'autorisation de vivre ? de respirer ? Qui nous débarrassera de cette angoisse profonde, lancinante, existentielle ?... Il ne suffit pas de relever fièrement la tête en proclamant : "Moi, moi ! Je vais m'en débarrasser tout seul !..."

L'orgueil échoue devant ce mur, et l'échec au goût de cendre se cueille entre ses pierres...

Quand au présent d'un(e) ex-dépressif/ive, c'est un chemin invisible, étroit et rectiligne, invisible pour les yeux mais nettement tracé pour le coeur, que l'on emprunte entre Charybde et Scylla, et où l'on avance en toute sécurité. L'angoisse qui s'accroche encore, comme une plante pariétale, ne demande qu'un peu plus d'allant pour tomber d'elle-même. Confiance et beauté sont des bornes confirmant que la direction est bonne. On se fie à qui l'on doit se fier, on a trouvé de l'aide, on s'y maintient, on devient fort.

08 octobre 2006

Où est la porte de sortie d'une dépression ?

Lorsqu'on conçoit la dépression comme une maladie, on visualise la guérison comme un retour à la normale, c'est-à-dire comme un retour à ce que l'on était avant d'être dépressif.
Et c'est vrai que pour une maladie plus physique, la guérison est bien cela : un retour à l'état antérieur.

Mais quoiqu'on fasse pour l'assimiler à une jambe cassée, la dépression n'est pas un problème de santé comme les autres... et en sortir, ce n'est pas - du moins si je généralise mon cas et celui de beaucoup d'autres - redevenir ce qu'on était.

Ce n'est pas non plus faire son deuil du bonheur, accepter qu'on ne sera jamais heureux, et prétendre qu'on a beaucoup de chance d'être triste... Il y a bien une porte de sortie à la dépression : on n'est pas obligé d'y errer éternellement (enfin, durant cette très courte éternité qu'est une existence humaine).

Seulement voilà : la porte de sortie n'a rien de commun avec la porte d'entrée. Inutile donc, de chercher partout une issue qui nous ramènerait avant, cette issue n'existe pas.

La porte du passé est fermée, définitivement. De même qu'on ne sera plus jamais l'enfant qu'on a été, on ne sera plus jamais ce qu'on était avant de devenir dépressif.

La porte de sortie est à chercher là où on n'a jamais cherché avant, et lorsqu'on la trouve - lorsqu'on sort de l'oppressant labyrinthe du regret et de l'angoisse - on se retrouve là où l'on n'avait encore jamais mis les pieds. Territoire neuf, inconnu, inexploré...

30 septembre 2006

Le destin en tant qu'anxiolitique

Le stress est en général causé par une appréhension vis-à-vis de l'avenir : est-ce que ça va marcher ?... est-ce qu'on va être capable de...? est-ce qu'on va arriver à ?... est-ce qu'ils se décideront à nous ?...

L'un de ses remèdes, est de croire au destin. Tout est déjà écrit : nous aurons beau nous démener dans tous les sens, le résultat ne changera pas, car il a été programmé de toute éternité. Nous avons tendance bien sûr, à nous croire les "causes" agissantes de ce qui nous arrive de bien ou de mal. Croyance qui entraîne à sa suite stress ou regret : si j'avais fait cela... si je n'avais pas fait ceci... si j'avais dit cela... si je n'avais pas dit ceci... (ça c'est pour les regrets) et : si je ne fais pas correctement ceci... si je fais mal cela... si je ne dis pas ceci... si je dis cela... (ça c'est pour le stress). Notre avenir comme notre passé nous pèsent lourdement sur les épaules, car nous croyons en être les auteurs.

Pour se débarrasser de ce fardeau, il suffit de croire au destin : les rapports de causalité ne sont que des illusions, des effets d'optique. Tout est déjà minutieusement prévu dans les moindres détails, et notre agitation, nos cogitations, nos élucubrations n'y changeront rien.

Ce qui doit nous arriver de mal, ne nous ratera pas, quoique nous fassions pour éviter le taureau de l'arêne.
Ce qui doit nous arriver de bien, ne nous ratera pas non plus, quoique nous fassions pour saboter notre chance.

Certes, nous chercherons toujours à atteindre des buts, et c'est très bien - mais les résultats, les conséquences, ne sont pas sous notre contrôle. Regrets et stress sont inappropriés : à quoi bon regretter ce qui devait être de toute éternité, et qui n'aurait pas pu ne pas être ?... à quoi bon s'angoisser pour un futur déjà écrit, et dont la partition se déroulera comme prévu, indépendamment de toutes nos ruminations angoissées ?...

Cette croyance au destin est un anxiolitique efficace, un anti-stress plus efficient que la phytothérapie - et en plus, c'est gratuit !

29 septembre 2006

Comportement et croyance

De toute évidence, nos croyances déterminent notre comportement, nos actes.

Il est un peu moins évident, mais tout aussi vrai, que notre comportement et nos actes déterminent nos croyances.

Ainsi quelqu'un qui est conduit à adopter un certain comportement, va développer les croyances qui rationnaliseront ce comportement : il va mettre ses idées en adéquation avec ses actes, même si elles ne l'étaient pas au départ.

Ainsi, participer à un concours publicitaire en décrivant tous les bienfaits de telle lessive miraculeuse, va engendrer une croyance du type : cette lessive est vraiment valable... même si, au départ, la personne ne participait au concours en question que dans l'espoir de gagner un prix.

Nous agissons parfois sans motif, sur l'impulsion du moment - ou parfois, sous l'influence manipulatrice de telle ou telle instance. Cet acte induit (qui est le nôtre dans la mesure où c'est nous qui l'avons fait, mais que nous n'avons pas vraiment choisi) va être ensuite étayé par tout un tas de rationnalisations qui vont le rendre plus solide, plus consistant, plus légitime, plus nôtre.

C'est ainsi que des prisonniers de guerre furent conduit à perdre leur patriotisme, simplement parce qu'on les avait amené à mettre par écrit (librement, ou du moins, sans contrainte explicite) tous les défauts de leur pays.

Et c'est ainsi qu'un couple au bord du divorce a retrouvé la flamme : sur les conseils d'un thérapeute, le mari s'est forcé à inonder sa femme (qu'il n'aimait plus) de petits cadeaux et de mots tendres, jusqu'à ce que le sentiment perdu revienne, attiré par ce comportement amoureux.

D'une certaine manière, on déduit ce qu'on pense de ce qu'on fait, de ce qu'on a fait.

Dire systématiquement "bonjour" à ses voisins va ainsi conduire à développer une croyance telle que : "mes voisins sont sympathiques". Un comportement amical induit une attitude mentale amicale.

Que peut-on en tirer comme recette anti-déprime ?...
Se forcer à sourire - pas tout le temps, c'est trop dur - mais de temps en temps et au moins devant sa glace, peut interrompre ou du moins freiner une spirale dépressive. Remonter le moral à quelqu'un (lorsqu'on ne l'a pas soi-même) peut aussi aider. On peut aussi réfléchir à ce que l'on ferait si on n'était pas du tout déprimé, et le faire.

Changer le fond

Si l'on compare la vie à un tableau, on peut dire qu'il y a des éléments qui constituent l'arrière-plan, le fond, et d'autres qui sont plutôt au premier plan, en motif.

Les motifs attirent l'oeil, c'est ce qu'on remarque en premier : mari, métier, enfants... tout ce qu'il y a de bien visible et de spectaculaire, d'heureux ou de malheureux, dans une existence. Eléments factuels, positifs ou négatifs, sur lesquels on se focalise naturellement.

Le fond, c'est sur ce quoi ces éléments de premier plan se détachent. L'arrière-plan est plus discret ; on ne le remarque pas. Cependant son rôle est essentiel, car c'est lui qui détermine la manière dont on va comprendre le motif. La Joconde souriant devant un tas d'ordure aura une signification toute différente que si elle pose devant des montagnes brûmeuses.

Dans son appétit de bonheur, l'être humain aspire (et c'est bien normal) à étoffer le premier plan de son existence par des motifs agréables : belle maison, belle voiture, beaux enfants... mais si le fond ne change pas, la signification globale du tableau restera plus ou moins la même. Car c'est l'arrière-plan qui détermine la manière dont on va lire, comprendre le tableau.

Le fond de notre existence est constitué par nos croyances. C'est sur celles-ci que viennent s'inscrire tout ce que nous vivons ; si nous changeons le fond, tout change dans le tableau - même si le motif est resté exactement le même.

27 septembre 2006

La liberté ou la mort...

Le mot liberté est certainement l'un de ceux qui font le plus fantasmer.

ça a commencé avec la révolution française, et depuis, ce mot magnifique a pris de plus en plus d'ampleur dans l'imaginaire collectif, ses connotations positives se sont étoffées, enrichies... Jusqu'à ce que la liberté miroite comme un idéal grandiose, infiniment désirable. Un but en soi, un but ultime.

Et pourtant, on ne sait toujours pas ce que ça représente concrètement, d'être libre.

On peut bien sûr illustrer la liberté par la scène de Titanic où Kate Winslet et l'autre blondinet, perchés à la proue du bateau fatal, semblent prendre leur envol sur une musique grandiose et devant un ciel splendide, mais ça ne nous dit pas ce que c'est réellement, la liberté.

Une chanson pathétique de Mano Solo suggère une certaine définition de la liberté, que beaucoup d'entre nous pourraient revendiquer :

"La liberté se paye par un solde de regrets,
mais ai-je vraiment eu tort ?...
Tous les chemins ne mènent-ils pas à la mort ?...
Qui n'échangerait pas cent ans d'ennui contre trente-cinq ans de vie ?...
La liberté ou la mort,
j'aurais eu les deux..."

Ce qui transparait à demi-mots dans ces paroles, c'est que la liberté, c'est la combustion rapide de la vie, la chandelle brûlée par les deux bouts, la dépense effrénée de ses ressources vitales... Autrement dit, l'auto-destruction passionnée de soi. Auto-destruction qui conduit aux "regrets" (si je ne m'étais pas drogué... si je n'avais pas eu des relations sexuelles non-protégées... si, si, etc.), mais que l'on justifie tout de même en se disant que de toute façon, "tous les chemins mènent à la mort", et qu'au moins, on en a bien profité.

Dans cette vision des choses, la liberté c'est la liberté de faire n'importe quoi d'auto-destructeur.

La liberté apparait ici comme un choix, le choix d'une vie intense et courte : on aurait le choix entre diverses options, et la liberté serait l'une de ses options.

Sauf que...

(Hé oui, avec moi il y a toujours un "sauf que".)

Sauf que la liberté n'est pas un choix parmi d'autres possibles, la liberté est le choix : à partir du moment où l'on choisit - et quoiqu'on choisisse - on est libre. On peut avoir selon les circonstances et selon ses choix une impression plus ou moins grisante de liberté (impression toute subjective), mais il n'en reste pas moins que la liberté se situe à un niveau plus basique, et qu'elle se résume plus ou moins comme suit : être libre, c'est avoir le choix.

Et ce n'est pas parce qu'on choisit la cigarette, la drogue, l'alcool et le sexe avec partenaires multiples, qu'on est plus libre, davantage libre, que ceux qui choisissent le lait fermenté, la vie à la montagne, le jus de pomme et le mariage le plus traditionnellement monogame.

L'idée fausse, et subtilement dangereuse, qui est présente dans la chanson de Mano Solo comme dans la tête de beaucoup d'entre nous, c'est que lorsqu'on se drogue, shoote, qu'on se livre aux expériences sexuelles les plus désordonnées ou à l'alcool, on est libre, plus libre que si on se livrait à des activités pépères, telles que la collection de timbres du Brésil, l'arrosage de son jardin ou la préparation d'un repas pour ses mari et enfants (liste non exhaustive bien sûr.)

Et lorsqu'on commet l'erreur linguistico-logique de confondre la liberté de (se) détruire avec la liberté tout court, on est condamné à ne pas être libre bien longtemps.

En effet, pour être libre la première condition c'est d'être en vie.

Seuls les vivants ont le choix. Les morts n'ont plus aucun choix. Ils ne peuvent même pas protester contre la garniture déplorablement culcul de leur cercueil.

Lorsque Mano Solo, ou quelqu'un d'autre, se console d'avoir choisi la mort en se disant : "du moins j'ai été libre", il est en proie à une illusion d'optique. Non seulement il n'a pas été plus libre que s'il avait protégé sa santé et épargné pour sa retraite, mais sa liberté aura duré ce que durent les roses : l'espace d'un matin.

Moralité, comme dans les fables :

Pour être libre longtemps,
choisissons le bon camps.

24 septembre 2006

Le suicide est-il un acte courageux ?

Le suicide est-il un acte courageux, un acte qui mérite qu'on lui dise "chapeau" ?...

Pour répondre à cette question, examinons le sens du mot "courage". En voici quelques définitions selon divers dictionnaires :
"Énergie et force de volonté manifestée devant un travail plus ou moins pénible."
"Zèle, bonne volonté, ardeur."
"Disposition de l'âme qui lui fait supporter la souffrance, braver le danger, entreprendre des choses difficiles, hardies."
"Force de caractère qui fait supporter la souffrance ou braver le danger".
"fermeté devant les épreuves"

Si le courage c'est (comme le disent les dictionnaires), supporter la souffrance et faire preuve de patience et d'endurance devant les épreuves, indiscutablement le suicide n'est pas du courage - plutôt le contraire... Si on se suicide c'est précisément parce qu'on ne supporte pas la souffrance, parce qu'on n'arrive pas à faire preuve de patience et d'endurance devant les épreuves.

Et si le courage c'est (comme le disent aussi les dictionnaires), "braver le danger" et "entreprendre des choses difficiles", le suicide n'est toujours pas le courage.

En effet, braver le danger, faire preuve de courage, ce n'est pas chercher délibérément la mort, mais être prêt à courir le risque de mourir - alors même qu'on aime la vie - ce qui est tout à fait différent. Braver le danger, faire preuve de courage, c'est risquer sa vie pour autre chose que sa vie : soit pour sauver une personne (exemple, les pompiers qui sauvent des vies au péril de la leur) soit pour faire triompher la justice, etc. On fait preuve de courage lorsqu'on risque sa vie pour quelque chose auquel on accorde une valeur plus grande.

Alors que le suicide est un acte qui n'implique nul dépassement de soi, seulement le refus d'une situation qu'on juste insupportable.

Le suicide, preuve de liberté ?

Est-ce que se suicider, c'est prouver sa liberté ?... Prouver qu'on est maître de sa vie, qu'on est pas un pantin dépendant des circonstances, qu'on a une dignité, qu'on est réellement libre ?

Pour le savoir, il faut se resituer dans la réalité d'une vie, n'importe quelle vie.

On naît - et on ne décide ni de ses parents, ni du moment de sa naissance, ni de la couleur de ses cheveux, etc.
On grandit - et on ne décide ni du nombre de centimètres, ni de la forme que prend notre corps adulte.
On vieillit - et on ne décide pas non plus de l'apparition des cheveux blancs ou des rides.
On meurt... et en général, là non plus, on ne décide rien.

(Quoique dans une perspective new age, on décide en réalité de tout... mais on ne sait pas qu'on décide de tout, ni pourquoi on a décidé ce qu'on a décidé.)

Par contre on décide de plein d'autres choses : king fish ou mac bacon ? bac littéraire ou scientifique ? J'aide à la vaisselle ou je les laisse se débrouiller sans moi ?... Etc.

Dire que le suicide est la preuve qu'on est maitre de sa vie, c'est un peu comme dire qu'on est propriétaire du World Trade Center parce qu'on l'a explosé.

La liberté de l'être humain se manifeste dans tous ses choix. Lorsqu'on décide de mettre ses chaussures, on fait la preuve de sa liberté. Lorsqu'on commet un meurtre, on fait la preuve de sa liberté. Lorsqu'on vole une voiture, on fait la preuve de sa liberté. Lorsqu'on sourit à son voisin, on fait la preuve de sa liberté. Lorsqu'on envoie une carte postale, on fait la preuve de sa liberté. Lorsqu'on se marie, on fait la preuve de sa liberté.

Tous comme les innombrables autres choix que l'on fait sans cesse, le suicide témoigne de notre liberté - mais pas plus que lorsqu'on choisit librement de se brosser les dents ou qu'on choisit librement de ne pas le faire. Il n'y a pas de choix qui prouve plus la liberté qu'un autre : tous les choix (qu'ils soient bons ou mauvais) témoignent de la liberté de l'être humain.

Par contre, le suicide a cela de particulier qu'après lui, il n'y a plus aucune liberté. Finie, la liberté. Un mort est par définition inerte et impuissant. Il ne peut plus rien, il n'a plus aucune espèce de choix.

Donc le suicide est un choix qui en tant que choix, prouve qu'on est libre (mais ça, n'importe quel autre choix le prouve aussi bien), mais qui a cette spécificité, qu'après lui il n'y a plus aucune liberté : c'est terminé.

C'est le choix qui met un terme à tous les choix. Le choix qui met un point final à toute liberté.

Aussi ce n'est que par un raisonnement tordu, inspiré par la souffrance et la petite voix insidieuse qui est toujours de mauvais conseil, qu'on peut s'imaginer qu'il constitue une espèce de déclaration de liberté, de dignité ou d'indépendance... alors qu'il constitue au contraire la seule manière de saboter définitivement sa liberté, de la saccager et détruire sans retour. Auto-destruction de ce qui fait précisément la dignité de l'être humain : sa faculté à faire des choix.