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18 décembre 2008

Dépression, Choix et Lectures

J'y reviens encore une fois...

Même si on n'est pas d'accord avec le titre de A.B. Curtiss, même si on considère que la dépression n'est pas un choix, il en reste encore de nombreux à faire lorsqu'on se sent mal (voire très mal, voire atteint d'une "dépression clinique" ou d'un "épisode dépressif majeur").

Mais autant la "liberté" est attrayante, autant les choix peuvent être pesants... surtout lorsqu'on n'est pas disposé à faire les bons.

Tout auteur qu'on introduit dans l'intimité de sa conscience est un ami qui va nous influencer dans un sens ou dans un autre. Lorsqu'on en choisit un, lorsqu'on s'y réfère encore et encore, on choisit. On choisit, car dépression clinique ou pas dépression clinique, personne ne nous force à lire et re-lire cet auteur-là précisément. Ce n'est pas la dépression - entité mythique, goule ou sphinx encore jamais rencontré dans la vraie vie - mais nous qui choisissons. Personne ne nous met le couteau sous la gorge en nous disant : "lis!", personne ne nous force.

C'est notre choix.

Choix anodin ?
Sans conséquences ?...

Bien sûr que non !

Des livres aimés peuvent vous envoyer vivre et mourir seul en Alaska... c'est ce qui est arrivé à Christopher McCandless, qui s'est imbibé des livres de Thoreau et London jusqu'à mettre en pratique leurs idées.

Des livres aimés peuvent vous rendre pauvre et misérable...

Des livres aimés peuvent vous rendre riche et influent...

Des livres aimés peuvent vous rendre fou...

Des livres aimés peuvent vous rendre dépressif - ou vous garder dépressif...

Évidemment, il ne s'agit pas des mêmes livres. Mais ils ont tous un point commun : on les lit par choix. On s'y accroche par choix. La génétique, les déséquilibres chimiques, les noms impressionnants dont la psychiatrie décore ses victimes (bipolaire, schizophrène, etc.), tels des sapins de Noël de boules étincelantes, peuvent dissimuler aux regards, mais non effacer cette réalité-là : nous choisissons nos lectures. Nous choisissons la direction de nos vies. Et notre encombrante liberté n'est pas annulée par nos efforts pour la nier.

Qui écouter ? Qui croire ?

Lorsqu'on prend un livre (dans la perspective de le lire, et de croire à ce qu'il raconte), on devrait toujours se poser des questions sur son auteur...

Bien sûr, on ne peut pas toujours connaître sa biographie avant de démarrer sa lecture - mais dans l'idéal, ce serait souhaitable.

Car si le livre parle du suicide et que l'auteur s'est suicidé, on aura déjà une petite idée de son angle d'attaque... On saura déjà que le livre en question n'est pas un remède aux pensées suicidaires, car s'il en était un, l'auteur ne serait pas passé à l'acte. Ou si le livre parle d'alcool et que l'auteur est mort d'une cirrhose du foie... etc.

Imaginons par exemple que je veuille aller en Chine ; ce serait une bonne idée de choisir un livre écrit par quelqu'un qui y est allé, et qui raconte son voyage. J'aurai, comme ça, la possibilité de bénéficier de son expérience. D'autres que nous sont passés là où nous voulons aller, et en ont ramené des livres... et la sagesse, c'est de profiter de leurs connaissances.

Mais si je souhaite aller en Chine, pourquoi irais-je lire le journal d'un franc-comtois qui a toujours rêvé d'aller en Chine, mais qui n'a jamais pu réunir les fonds ?... ça ne servirait à rien qu'à me décourager.

Et maintenant, transposons.

Lorsqu'on veut réussir sa vie, et pour commencer retrouver le moral (c'est un bon début), vers quels genres d'auteurs faut-il se tourner ?...

- Vers ceux qui ont toujours été heureux ?

- Vers ceux qui ont toujours été malheureux, et qui le sont restés ?

- Vers ceux qui sont passé de la nuit au jour, de l'anxiété à la paix ?

- Vers ceux qui ont sombré dans la folie et le désespoir, malgré une aurore prometteuse ?

Ces quatre catégories de personnes ont écrit des livres ; et ces livres expriment, reflètent, communiquent les valeurs, principes, idées, croyances, etc., qui ont guidé leurs auteurs ; alors... faisons un choix conscient, ça ne peut pas faire de mal.

Lorsqu'on se tourne vers les auteurs qui ont sombré (Nietzsche, par exemple), on lorgne vers son propre naufrage.

Lorsqu'on se tourne vers les auteurs dont la vie a été belle, on dirige son regard vers le port.

Ce qui serait idiot, serait de prétendre qu'on "veut s'en sortir", qu'on fait "tout ce qu'on peut pour s'en sortir", alors même qu'on ne lit que des auteurs de la deuxième et quatrième catégories. Si on les lit, c'est que consciemment ou inconsciemment, on se les donne comme modèle...

Parmi les auteurs qui ont écrit sur la dépression, on peut distinguer plusieurs types :

- ceux qui en parlent parce qu'ils sont psy (chiatre, logue, chanalyste) ;
- ceux qui en parlent parce qu'ils sont dépressifs ;
- ceux qui en parlent parce qu'ils ont été dépressifs et ne le sont plus du tout.

Ceci dit, il y a des auteurs qui appartiennent à deux catégories à la fois...

De toute évidence, ceux qui sont toujours dépressifs vont dire, suggérer, impliquer ou insinuer que la dépression est une fatalité à laquelle on ne peut se soustraire - car c'est ce qu'ils vivent.

Donc...

Tout dépend du message que vous voulez entendre. Si vous souhaitez être confirmé dans votre impuissance, dans la toute-puissance de la Dépression Majuscule, Grand Mal Mystérieux et Tentaculaire, lisez donc les ouvrages d'auteurs dépressifs.

Et si vous souhaitez être confirmé dans votre optimisme et dans votre espérance... vous savez quoi faire.

16 décembre 2008

La dépression est un choix (2)

[toujours les idées A.B. Curtiss - traduction libre + qq considérations perso]

Le secret de la dépression est un peu comme le secret de la lecture.
Est-ce que ce n'est pas simple et facile quand on sait?... Et est-ce que ça ne semble pas impossible à accomplir à ceux qui sont restés illettrés ?...
Et combien d'entre nous auraient réussi à apprendre à lire tout seuls, sans personne pour nous enseigner ?
Et qui a essayé de nous apprendre à gérer la dépression ?

Pour ceux qui y sont, la dépression est comme vivre sa propre mort.

Un jour - alors que j'étais en proie à un accès dépressif - j'ai décidé de contre-attaquer mentalement, et j'ai découvert que j'avais toujours eu le pouvoir d'échapper à la dépression - mais je n'étais pas au courant.

J'ai découvert que j'avais le choix.

Je n'avais pas à me soumettre comme un mouton à mes sentiments douloureux ; je pouvais me battre contre eux et en triompher !

Dans la santé mentale, le plus important c'est la perception.

C'est notre perception de la dépression qui est le problème, beaucoup plus qu'un faible niveau de sérotonine.

La plupart des gens s'imaginent que la dépression est causée par des processus et des pensées inconscients et qu'on ne peut donc rien y faire ; je pense que c'est faux. Nous devons apprendre à nous servir de notre esprit au lieu de nous prendre pour lui. Nous ne sommes pas notre esprit : nous sommes le capitaine qui doit apprendre à le diriger. Si notre "moi" (nous-même) ne prend pas le contrôle sur notre esprit, notre esprit va nous enterrer sous des pensées négatives et des états émotionnels cataclysmiques.

Oui, c'est vrai : la dépression est quelque chose de puissant et de pénible, et il est facile de se focaliser dessus lorsque nous ne laissons aspirer par la spirale descendante. Mais ce n'est pas obligé. Nous pouvons changer notre manière habituelle de réagir à la dépression (qui est de ne pas y réagir, justement, de nous laisser emporter comme des feuilles mortes par le vent), et de reprendre notre équilibre par un acte de volonté.

Lorsque nous comprenons que nous sommes gravement déprimé, nous pouvons prendre simultanément conscience que nous avons le choix ; il n'est pas nécessaire que nous restions au bord du désespoir. Où se cache le choix ?...

Le choix est caché entre la conscience et l'esprit, entre le début : "je suis" et la suite : "...déprimé".

On doit apprendre à scinder la phrase ; à isoler "je suis". Nous ne sommes pas un attribut du sujet ; nous sommes beaucoup plus que ces choses (la dépression, la colère, etc.)

Au lieu de laisser la dépression s'occuper de nous, nous devons apprendre à nous occuper de la dépression.

Notre être excède toutes les définitions que nous en donnons ; notre être est cet espace de clarté où nous prenons conscience de ce qui nous arrive. Mais nous n'avons pas à nous prendre pour ce qui nous arrive ; un état émotionnel n'est pas une identité - ou du moins, n'a pas à en être une.

Nous avons le choix, parce que nous sommes plus que ce que nous ressentons, plus que ce que nous pensons, plus que ce qui nous arrive.

Et à l'instant T, celui où nous prenons conscience que nous sommes mal, nous pouvons décider de ne pas suivre le courant, de ne pas glisser sur cette pente : halte-là !... Oui, je me sens actuellement mal, mais toujours moi qui décide. Je peux garder la tête froide, rationaliser, poser des actes concrets qui m'éloigneront de ces marécages-là ; ce n'est pas parce qu'ils me tendent les bras que je dois y plonger.

14 décembre 2008

Sortir du cercle de la morosité (la dépression coutumière)

Plus on court, plus il est facile de courir ; plus on déprime, plus il est facile de déprimer.

Le cerveau s'entraîne à faire ce que nous faisons souvent : plus nous déprimons, plus nous lui enseignons à déprimer. Et plus il en prend l'habitude, plus le prétexte qui lui sera nécessaire pour sombrer dans la tristesse sera inconsistant et frivole.

L'habitude est plus que l'habitude : c'est une force puissante qui nous garde là où nous avons passé le plus de temps. Les connexions neuronales du cerveau se câblent en fonction de ce que nous avons fait, appris, pratiqué, etc.

Pour sortir de l'ornière où le cerveau patine (sans avancer), il faut poser des actes tout à fait délibérés, volontaires et volontaristes : car ce n'est pas en se laissant aller à suivre sa pente habituelle qu'on arrivera à sortir de la route trop connue de la dépression coutumière...

Considérez que le malheur est un territoire que vous connaissez bien, trop bien ; la seule manière de le rendre moins familier, c'est de vous familiariser avec un autre pays : celui du bonheur.

De la paix. De la quiétude. Du calme. De la joie. Du plaisir.

Et pour commencer... étudions le vocabulaire du bonheur ; c'est une manière de briser le charme qui nous fait contempler toujours la dépression, la tristesse, l'angoisse, etc. Regardons donc du côté du bonheur : un objectif, c'est ce qu'on a dans son objectif, ce qu'on regarde. Tant qu'on ne regarde que la misère, on ne vise que la misère.

Paix : bienveillance, agrément, permission, tranquillité, concorde.
Quiétude : repos.
Joie : aise, plaisir, volupté, réjouissance, bonheur intense, manifestation d'amour, caresse.

Est-ce que la joie est plus, ou moins réelle que la tristesse ?...

Les deux existent ; et même si on a passé des années à n'explorer qu'un seul côté, l'autre côté existe. Il y a des gens qui sont heureux sans douter qu'ils le méritent, sans douter qu'ils en ont le droit.

C'est une une forme de sagesse : celle de ne pas refuser les innombrables micro-occasions d'être heureux et reconnaissant que la vie présente. Pas besoin de courir pour les trouver : elles sont déjà là. Pour avancer, il faut du carburant : les fragments de joie et de plaisir sont ce carburant. Qui avance dans la souffrance ?... Même ceux qui y arrivent n'y arrivent pas longtemps.

Pensons à ceux qui n'ont pas ce que nous avons - non pour nous culpabiliser ("c'est pas juste ! j'ai trop de chance et je ne sais même pas à en profiter !"), mais pour nous mettre deux secondes à leur place, et réintégrer la nôtre avec soulagement. Privons-nous de boire jusqu'à ce que nous ayons soif : nous découvrirons que nous avons de la chance d'avoir de l'eau en abondance. Privons-nous de nourriture jusqu'à ce que nous ayons faim : nous comprendrons que nous avons de la chance d'avoir de quoi manger.

Vous croyez deux minutes qu'on vous a piqué votre portefeuille : est-ce que, lorsque vous le retrouvez intact au fond de votre sac, vous n'éprouvez pas un soulagement très doux ?... Il ne dure à peine un dixième de seconde, mais on peut le prolonger volontairement en disant :

"Ouf ! J'ai de la chance ! Quel soulagement..."

Insister verbalement et mentalement sur ces petits fragments de bonheur, de soulagement, de chance, c'est un moyen de les cultiver.

Et puis...

J'en ai déjà parlé ailleurs, mais ça fait longtemps...

Il y a le truc ultime, la botte secrète - le moyen imparable pour interrompre d'un coup une rumination morose...

13 décembre 2008

L'Amour et l'Obstination

"Si je suis heureuse, ce sera avec lui !... Je ne veux personne d'autre."

Et quand quelqu'un d'autre se radine, la gueule enfarinée, on lui claque la porte au nez - ou alors on l'accepte, pour le bassiner des mérites de l'Autre - l'absent inaccessible, le bien-aimé mal-aimant.

Le bon sens conteste :

"Si tu es heureuse, peu importe avec qui."

"Avec lui ! Avec lui !"

"Peu importe avec qui si tu es heureuse. Tu es bouchée ou quoi ? J'ai dit "heureuse"! Peu importe avec qui tu es heureuse, puisque par définition si tu es heureuse, tu es heureuse. C'est ça le but, tu as oublié ?"

"Avec lui ! Avec lui !"

"Mais lâche-nous un peu... Avec lui ou avec un autre, peu importe ! ou même seule, d'ailleurs, on s'en fout ! L'important c'est : heureuse !"

"Avec lui ou avec personne ! Avec lui ou la mort !"

"Remplace ton "ou" par "c'est" et tu auras décrit parfaitement ta réalité..."

"Hein ?"

"Avec lui c'est avec personne. Avec lui c'est la mort."

L'Amour s'obstine. Il est borné, bouché - mais est-ce vraiment de l'amour ?... ou juste une malédiction, un mauvais sort ?...

"L'être qu'on aime renferme-t-il un démon qui nous domine et nous torture tout le temps que dure l'amour ?" (G. Sand)

C'est bien possible ; car - malgré tout le Romantisme dont notre passion le pare - il n'y a rien de beau, rien de doux, rien de solide dans ce sentiment qui nous dévore comme un feu. Et si nous étions capable d'en retrouver l'origine, d'en déterrer les racines, nous verrions peut-être qu'il puise sa sève dans nos failles, nos faiblesses ; jamais nos forces.

Si nous aimons... c'est parce que le Bien Aimé nous a flatté, nous enguirlandé de mensonges parfumés, de compliments admiratifs, de commentaires si élogieux qu'ils nous ont grisé ; et s'il l'a fait, c'est peut-être seulement parce qu'il a l'habitude de le faire, que c'est une stratégie de survie qu'il a développé en internat, lorsqu'il fallait s'adapter ou mourir, plaire ou devenir bouc-émissaire ;
Si nous aimons... c'est parce que nous sommes du genre "une idole à la fois" - et comme justement, nous n'en avions plus depuis cinq minutes... la place était vacante ;
Si nous aimons... c'est parce que c'est la route étroite qui mène à l'humiliation complète, et qu'il était écrit que nous devions prendre cette route.

Mais voici qu'au quadrant des vies l'aiguille arrive le point où tout change, et la voix solennelle de minuit se fait entendre, vibrant à travers l'espace de la nuit comme la corne de brume d'un paquebot à travers la brume.

Et l'Amour Obstiné se déchire pour une capitulation plus noble ; la créature prend conscience d'en être une.

Le deuil et la fin de l'insouciance

Dans notre monde, il est si facile de ne pas y penser !... De croire que "demain" sera toujours "demain" et jamais "aujourd'hui". De s'imaginer que l'heure ne viendra jamais ; que la vie se prolongera encore et encore, toujours.

Et puis, un jour, quelqu'un meurt.

Ce n'est pas seulement un mort virtuel au journal de 20 heures, un de ces anonymes qui font chiffre. C'est un ami, un père, une mère. C'est un proche.

Et voilà que la réalité de la mort nous rattrape... c'est la fin de l'insouciance.

Nous étions emmitouflé dans d'orgueilleuses croyances - la mort, c'est le néant ; croire autre chose c'est marcher avec des béquilles - et voilà qu'elles ne peuvent rien pour nous dans ce désarroi qui avance.

Ce n'est pas seulement un moment à traverser ; c'est un océan qui monte, monte, monte... Nous commençons à réfléchir, et quand on commence à réfléchir, on ne peut plus s'arrêter (ou du moins, on ne peut plus s'arrêter sans s'abîmer le cerveau).

Nous commençons à réfléchir, et rien de ce que nous pensons n'est satisfaisant.
Rien n'est logique, rien n'est cohérent.

Si la mort est ce point final, si nous ne serons rien... pourquoi sommes-nous quelque chose ? Et comment imaginer la fin de cette conscience vigilante, avide d'immortalité, qui est "nous" ?
Comment croire à sa disparition ?

Et d'ailleurs... comment croire à son apparition ?...
Car maintenant, cet état de fait que nous prenions pour acquis nous saute à la figure comme problématique : pourquoi existons-nous ? pourquoi sommes nous ? Ce n'est pas plus logique que cette mort programmée, annoncée, qui nous attend. Rien n'est logique dans cette histoire ; rien n'est cohérent.

Si tout va au hasard, pourquoi quelque chose plutôt que rien ?
Pourquoi cet ordre minutieux, cette organisation ?...
Car nous avons suffisamment étudié la biologie et la physique à l'école pour savoir qu'il y a des lois, des mécanismes, des principes. Des pièces d'horlogerie soigneusement agencées dans d'autres.

Mais on nous a montré aussi la photo de nos aïeux - enfin, de nos cousins : une bouille sympathique, ridée et poilue qui certes n'a rien de méchant, mais rien de bien exaltant non plus. Rien de bien motivant...

Un bête hasard nous a fait bêtes ; un hasard mortel nous fera mort ; entre les deux, qui nous a fait intelligent et consciencieux, préoccupé par la liberté, le bien, le mal, le sens de tout ça ?... Personne.

Non, vraiment : rien n'est logique dans cette histoire.

Et la mort - la mort réelle, celle d'un proche - ouvre cette boite de Pandore, cette boite pleine de points d'interrogations agressifs et aiguisés qui nous harcèlent comme des mouches vombrissantes, jusqu'au jour où...

Jusqu'au jour où quoi ?

Où nous la refermeront d'un coup sec - d'un coup de Lexomil ou de Prozac ?

Où nous irons nous déchirer aux ronces à la recherche des réponses ?

Rien n'est facile ; sauf le Pire.
Rien n'est simple ; sauf le Vrai.
Et la route est longue...

Négocier avec le Destin

Je me rappelle bien de ce qui se passait en moi lorsque, désespérée par le non-amour que m'opposait l'homme de mes rêves, je passais mes jours et mes nuits à sangloter convulsivement.

En fait, mine de rien, j'étais en train de négocier.

Ou plutôt, j'étais en train d'essayer de négocier.

Avec qui ?

à l'époque je n'avais pas de nom à lui donner... La vie, peut-être ! Ou le destin. Cette puissance qui avait décidé de ne pas me donner ce que je voulais, et dont j'étais intimement convaincue d'avoir besoin.

Mais voilà : on ne négocie pas avec le destin.
On ne négocie pas avec ce qui est.

Les larmes, la souffrance, l'angoisse, les "pourquoi, pourquoi ?" les "c'est pas juste!" les Il faut que ça soit comme ça et pas autrement !..." ne servent à rien.
Le chantage au suicide ("si je n'obtiens pas telle ou telle chose, je me tue : avis à Celui Qui Décide!") ne sert à rien non plus.

Le destin n'est pas ému par nos larmes, il continue à se dérouler avec la même sérénité imperturbable, tel un rouleau de papyrus sur une table en marbre... Et toutes nos protestations, tous nos cris, toutes nos angoisses n'en modifient pas une ligne, pas une virgule.

Ce qui ne veut pas dire que nos clameurs de désespoir sont sans conséquences ; elles ont des conséquences - sur nous.
Elles abîment notre estomac, nos yeux, notre foie, notre coeur. Elles nous gangrènent de l'intérieur comme une maladie grave - elles sont pour notre organisme l'équivalent d'une maladie grave.

Comme des enfants qui pleurent pour obtenir de leur papa un bout de gâteau supplémentaire, nous pleurons pour obtenir du destin tel ou tel souhait. Mais ça ne marche pas, et ça nous détruit.

Alors mieux vaut remettre les choses en perspective ; ce malheur implacable dont nous nous croyons victime est peut-être une chance. Oui, une chance.

Si, aujourd'hui, l'homme de mes rêves de cette époque (2005) venait frapper à ma porte pour me déclarer son amour, je ne lui ouvrirais même pas. Quelle catastrophe, s'il avait répondu à ma flamme!... J'aurais tout perdu ; grâce à son non-amour, j'ai tout gagné.

Et c'est le temps, seul, qui nous donne une juste perspective sur ce qui est.

La mort de quelqu'un qu'on aime

[en réponse à un commentaire de Camille...]

Il y a la dépression classique - celle que rien ne semble justifier - et la "dépression réactionnelle" : celle qui s'explique par des causes évidentes et incontournables.

La mort d'une personne aimée entre de toute évidence dans cette dernière catégorie.

Le discours officiel sur la dépression aimerait bien redéfinir comme pathologique, anormale, cette souffrance-là ; ça lui permettrait d'ouvrir encore un peu l'éventail de ses prescriptions. C'est pourquoi des psychiatres ont récemment décidé que la durée d'un deuil devait être de six mois (ou deux, je ne me souviens plus) : si vous osez dépasser d'une larme cette limite... allez vite chez votre docteur.

L'amour le plus légitime, le plus naturel, se retrouve aussi calibré ; et malheur à celui dont la tendresse excède les mesures réglementaires! Il n'est pas sensible, il n'est pas aimant : il est malade.

Craindre et anticiper le décès d'une personne qu'on aime, c'est simplement faire preuve d'une certaine prévoyance (au sens littéral de "voir à l'avance"). Se faire du mouron, du souci, s'angoisser et s'attrister à cette perspective est naturel.

Ce qui nous rassure sur notre normalité, mais ne nous donne aucune solution quant au mal-être qu'on ressent...

Il faut donc creuser le sujet un peu plus.

Ce qu'on craint dans la mort de quelqu'un qu'on aime, c'est la séparation et la perte (incontestables) mais aussi son caractère définitif.

Autrement dit, lorsqu'on s'angoisse à l'idée que quelqu'un qu'on aime va mourir un de ces jours, on a deux éléments qui se mêlent :
- une certitude, que la mort est irréversible ;
- une croyance, celle qui n'a rien après la mort, ou qu'il n'y aura aucune réunion heureuse dans l'après-mort pour cette personne et nous.

Evidemment, il ne suffirait pas de se répéter par la méthode Coué "après la mort, on ira tous au Paradis" pour que ce soit vrai. Et, sur un sujet pareil comme sur tous les autres, ce dont on a besoin c'est de vérité.

Car il n'y a que les vérités qui rassurent, qu'elles qui apaisent ; les espoirs illusoires ne font que des anesthésies...

A ce propos (non, ce n'est pas une digression), tout laisse à penser que les mensonges ne rendent pas heureux. Bien sûr, quand ils sont peints en rose, ils peuvent susciter pendant un certain temps un certain bien-être, mais ce bien-être-là est toujours hésitant, et bouge dans le coeur sans y trouver de place. Le mensonge ne "colle" pas ; il ne se cale jamais sur les vérités assurées, et l'intervalle de vide impossible à résorber qui l'entoure nous signale toujours que... il y a quelque chose qui cloche.

Alors revenons à l'angoisse, à cette idée que quelqu'un qu'on aime va mourir - que ce soit bientôt ou dans longtemps ne change, au fond, rien à l'affaire.

Il y a plusieurs moyens de s'en débarrasser...

La première est volontariste : elle consiste à se raisonner de façon draconnienne, à se convaincre sur tous les tons que notre broyage de noir ne changera rien à l'affaire ; on ne marchande pas avec le destin : tous nos états d'âme ne retarderont pas d'une heure, pas d'une minute, le décès de ceux qu'on aime - pas plus d'ailleurs que leurs propres angoisses à notre propos ne retarderont l'heure de notre propre mort.

Le destin, la fatalité... tout ce qu'on veut... est déjà écrit ; imaginez qu'il y a quelque part un immense livre, et que sur ce livre, le moindre détail de nos vies ait été déjà mis noir sur blanc il y a des millions d'années, déjà écrit avant le commencement du monde. L'encre a séché depuis longtemps ; ce ne sont pas nos larmes qui vont y changer quoi que ce soit.

Alors pourquoi se créer des angoisses qui abimeront inévitablement notre santé - causons ainsi à d'autres (ceux qui nous aiment) les mêmes angoisses que nous ressentons actuellement ?...

Si on réfléchissait à tout ce que ça représente, d'être malheureux ou angoissé, peut-être qu'on parviendrait à s'interdire de l'être, ou du moins à limiter la durée de ces moments de spleen.

La seconde manière de limiter ses angoisses, c'est de les partager - sans insister lourdement - avec la personne qui nous les fait éprouver.
Communiquer ce que l'on ressent est un des moyens de le dédramatiser, quand on communique avec la bonne personne. Les sentiments que l'on entretient en circuit fermé ont tendance à devenir plus acide, plus douloureux ; les partager à la personne concernée, ou aux personnes concernées, leur ôte un peu de leur piquant.

Enfin... la troisième manière de limiter ses angoisses est de prendre le taureau par les cornes, et de se renseigner sur la mort.
L'intérêt est qu'on ne reste pas passif - ce qui est toujours mauvais ; l'intérêt est aussi qu'on peut avoir une bonne surprise : peut-être que la mort n'est pas un point final, après tout ? Et peut-être aussi qu'il y a "quelque chose" à faire pour l'avenir - celui qui suit la mort ?...

Le mythe du déséquilibre chimique

C’est une rumeur qui court : la dépression serait due à un déséquilibre chimique.
Certains prétendent que lorsqu’on a trop de sérotonine dans le cerveau gauche, et pas assez dans le cerveau droit, il est impossible de garder son équilibre quand on marche. D’autre, mieux renseignés, disent que lorsqu’on n’a pas assez de sérotonine dans le lobe préfrontal, l’arrière du crâne est trop lourd par rapport à l’avant et du coup la tête part en arrière. Selon les plus sceptiques, il y aurait une petite balance au milieu du cerveau, juste au dessus de l’hippopotalamus ; cette balance de haute précision pèserait au millième de gramme près la quantité de sérotonine en circulation, et lorsqu’elle décèlerait un déficit dans le stock, elle enverrait un message d’alerte au cerveau (enfin, à une autre partie du cerveau) qui serait interprété de travers par les amygdales qui, du coup, ordonnerait au cerveau de dire à la tête de débuter une dépression.
Bien sûr, le discours officiel a un point de vue plus autorisé que ceux-là sur le sujet. Plus éclairé. Plus crédible. Plus cru.
Pas cru au sens de « non cuit ».
Il n’y a rien de cru dans le discours officiel. Rien de libre, rien de naturel. Tout y est au contraire très très cuit. Non, cru le participe passé de croire : la plupart des gens croient ce que le discours officiel raconte ; ils croient que la dépression a pour cause un déséquilibre chimique.
Or il n’en est rien. Toutes les expériences qui ont été menées pour prouver que la dépression est causée par des altérations neurochimiques se sont conclues par un échec. Et pourtant, ce n’est pas faute d’essayer ; on a commencé à chercher dans cette direction-là dans les années soixante, et depuis, on continue et on continue et on continue. Mais le résultat est toujours le même : rien, nada.
Par contre, ce qu’on sait depuis longtemps et que les dernières découvertes sont venues confirmer, c’est les pensées négatives, les paroles négatives et les expressions faciales négatives déclenchent des changements neurochimiques dans le cerveau - la position du corps et l’intonation de la voix ont un impact, elles aussi.
Ainsi, lorsqu’on « fait la tête », le cerveau se met à sécréter les hormones du stress (cortisol, adrénaline, et noradrénaline) qui elles-mêmes augmentent la pression artérielle et affaiblissent le système immunitaire. Lorsqu’on rumine des pensées négatives, le cerveau réagit tout aussi mal.
Comme de juste, ça marche aussi dans l’autre sens : le fait de sourire, de se tenir droit ou de nourrir délibérément des pensées positives (ou de regarder un film comique, ou de lire un livre optimiste, etc.) influence dans le bon sens la chimie du cerveau.
Toutes ces modifications neurochimiques du cerveau ont ensuite des répercussions sur l’humeur : les hormones du stress, stressent ; les hormones du plaisir, réjouissent.
Que peut-on en déduire ?... Que les modifications et déséquilibres chimiques habituellement blâmés ne sont que des intermédiaires. Ça sera plus clair avec un tableau :

Le discours officiel
sur la dépression


Modifications neurochimiques
↓
Dépression

La réalité

Pensée négatives,
Paroles négatives,
Expressions faciales négatives, Attitude physique négative,
Intonation de voix négative
↓
Modifications neurochimiques
↓
Dépression

Comme on le voit, ce qui est déterminant, ce ne sont pas les modifications neurochimiques, mais les pensées, expressions et attitudes qui les ont déclenchées.
Ce qui ressort des découvertes scientifiques les plus récentes, comme d’ailleurs d’autres moins récentes, c’est que la dépression est, au bout du compte, causée par ce qu’on pense, ce qu’on dit et ce qu’on fait (bouder, se tenir voûté, parler d’une voix mourante, etc.)
Il est donc vain de se focaliser sur les modifications neurochimiques : elles ne sont qu’une conséquence de nos propres choix. Choix inconscients pour la plupart - c’est pour ça qu’ils sont si mauvais - mais qui n’en demeurent pas moins des choix.
Il est tout aussi futile de présenter le manque de dopamine ou n’importe quel autre « déséquilibre chimique » comme une cause de la dépression que d’accuser un verre d’eau d’avoir inondé la nappe… quand c’est nous qui l’avons renversé.
Le discours officiel s’acharne pourtant à montrer du doigt le méchant cerveau et sa chimie défaillante, en dépit de ce qu’a démontré la science. C’est, au minimum, un mensonge par omission, puisque ainsi le véritable responsable (nous-même) est occulté.

12 décembre 2008

Le mythe du déclic

Chaque fois - enfin, souvent - que quelqu'un qui déprime apprend que je suis une EX-dépressive, il ou elle me demande si j'ai eu un "déclic" ou quel a été le "déclic"...

Ce fameux déclic, il en aussi question devant les écoles ; quand des parents sont anxieux de voir que leur rejeton ne sait toujours pas lire (il est au CP et on est au milieu de l'année) le professeur des écoles les rassurent en leur disant : "ne vous en faites pas, il va avoir le déclic..."

Mais c'est quoi, un déclic ?

Selon le dico,

- Mécanisme disposé pour faire cesser, à un moment donné, la solidarité qui existe entre deux pièces d'une même machine.
- Bruit provoqué par le fonctionnement de ce mécanisme : Le déclic d'un appareil photographique.
- Ce qui provoque une réaction intellectuelle, psychologique ; moment où elle se fait : Il s'est produit un déclic, il a trouvé la solution du problème.

Notez le vocabulaire : "provoque" et "réaction". Lorsqu'on a un déclic, on réagit à quelque chose, comme un appareil photographique qui réagit sous le doigt de son utilisateur en faisant "clic".

Je ne sais pas si vous voyez ce qu'il y a de gênant là-dedans...

Attendre ou espérer le "déclic", c'est attendre que quelque chose vienne de l'extérieur et nous pousse, nous enclenche. La notion même de "déclic" suppose une conception mécaniste et passive de l'Homme, machine dotée de boutons sur lesquels le monde extérieur appuierait.

Un déclic, c'est le contraire d'une décision.

Il n'y a pas de déclic.

Personne ne peut nous forcer à comprendre, à prendre des décisions intelligentes, à revendiquer notre existence. Rien ne va, de l'extérieur, changer ce qu'il y a en nous-même ; il n'y a que nous qui ayons ce pouvoir.

Le changement commence à l'intérieur, dans l'invisible ; il commence par des prises de conscience et des décisions. Pour que que quelque chose change pour le mieux dans une existence, il faut que la personne en question le veuille, le décide, s'engage activement dans un processus de transformation.

Attendre ou espérer le déclic, c'est attendre les poules à dents de sabre de la Saint Glin-Glin.