En se laissant persuadé par le discours officiel que la tristesse (la « dépression ») n’a rien à voir avec la volonté, que c’est un déséquilibre chimique, une maladie biologique, génétique, etc., on entre dans un processus d’apprentissage.
Ce qu’on apprend ?...
L’impuissance.
Car l’impuissance, comme l’efficacité, peut être enseignée.
Croire au discours officiel, c’est croire à l’inutilité de ses efforts, c’est croire qu’on ne peut rien changer à son propre sort – c’est s’avouer vaincu avant que le combat ait commencé, c’est renoncer d’avance.
Cet amollissement de la volonté est caractéristique de la dépression psychiatrique : la colonne vertébrale mentale qui nous tient debout se change en gélatine ; soumis, résigné et impuissant, nous faisons le gros dos… Que pourrions-nous faire d’autre ?
On ne lutte pas contre ses gènes, on ne se bat contre la chimie de son cerveau, on ne soigne pas une maladie biologique avec de la volonté. Alors quoi ? Alors rien.
Ce n’est pas notre faute et nous n’y pouvons rien. Comme le monde est injuste ! Comme la dépression est méchante !... Comme nous sommes malheureux d’être malheureux !...
Impuissance, faiblesse, et encore faiblesse : tel est l’un des premiers effets du discours officiel sur ceux qui y croient, l’un des premiers symptômes de la dépression psychiatrique.
Je suis presque sûre que vous n'avez pas remarqué, ou du moins que vous n'avez pas pris pleinement conscience, du rôle joué par les noms dans nos vies.
Ils peuvent nous enduire d'erreur gluante jusqu'à nous paralyser ; ils peuvent au contraire ouvrir des portes dans ce qu'on prenait pour des murs sans issues.
Et tout de suite, un exemple... (le rapport avec la tristesse morose vient après).
John souffre de la cheville. Une entorse qui a mal évolué...
Il va voir des médecins ; des spécialistes des os ; des neurologues ; des médecins du sport ; il fait des dizaines de radios, de scanner ; rien. Rien. Rien.
ça dure comme ça plus de trois ans. Trois ans de souffrance.
Sa femme lui suggère d'aller voir un acupuncteur... Rien, encore rien.
Et peut-être qu'ils ne trouveront jamais la solution - parce que la solution se cache derrière un mot rustique : "rebouteux". Un mot qui évoque la campagne lointaine, le bouche à oreille - et l'impossibilité de trouver un "rebouteux" en ville, quand on n'en connaît pas. L'idée de chercher un "rebouteux" les a effleuré, mais seulement effleuré : ils n'en connaissent pas, comment pourrait-il en trouver un ?... Il faudrait vivre dans un village, être initié...
Ce qu'ils ne savent pas, c'est que le "rebouteux" a un autre nom. Il s'appelle aussi "étiopathe" - et sous ce nom-là, on le trouve beaucoup plus facilement.
Je résume : les solutions à nos problèmes se cachent souvent sous des noms qui, pour une raison ou une autre, nous semblent désigner une réalité inaccessible.
Ou sous des noms que nous ne connaissons pas...
Nommer le problème, c'est orienter sa quête d'une solution.
Si on se fie à l'étymologie, toute personne atteinte de "dépression" devrait prendre un "antidépresseur" (puisque c'est "l'anti" du problème). Mais si "dépression" n'est pas le bon nom ?
Si c'est "problème spirituel", le vrai nom ? Et "dépression", le pseudonyme qui le cache ?
La solution n'aura pas du tout la même allure...
La manière dont nous nommons nos problèmes est souvent le problème.
Et pour arriver à modifier la vision que nous avons d'eux, il faut commencer par renouveler son stock d'idées - par s'approvisionner à une source fraîche, par évacuer celles qui sont douteuses. Par nettoyer et ranger son mental.
Les noms nous mènent, les noms nous guident.
Si nous nous nommons nous-mêmes "dépressif", "bipolaire", "schizophrène", etc., nous suivons la route tracée par le nom - si nous nous nommons "happy oasis", aussi.
(Une jeune femme a réellement choisi de se faire appeler ainsi... et elle apporte joie et bonheur à tous ceux qui la rencontrent.)
J'ai choisi "Lucia Canovi" pour la lumière du prénom et la maison du nom (qui combinés forment un phare, ou lighthouse) - elles sont bien cachées, et ce pseudonyme cache bien le nom de mon passeport, beaucoup plus ronflant, et tous ces replis me conviennent parfaitement. Introversion voulue, désirée, choisie.
Les noms que nous choisissons pour nous-mêmes sont des programmes que nous nous donnons... volontairement ou involontairement.
N'acceptons pas trop vite les noms dont d'autres voudraient nous affubler ; être maître de sa vie, c'est aussi, c'est d'abord, être maître de ses noms, maître de la manière dont on est nommé.
N'acceptons pas d'être "Le pauvre" ou "la pauvre" - c'est un mauvais programme ; il n'est pas difficile d'y lire le manque, y compris financier.
Et n'acceptons pas non plus qu'on nous raccourcisse notre prénom en un diminutif pas toujours affectueux, souvent condescendant : les diminutifs nous présentent des versions atrophiées de nous-mêmes.
Voilà une question à laquelle il peut sembler difficile de répondre.
En théorie - en théorie très générale - la réponse est pourtant évidente : le plus sage, c'est de la centrer sur ce qui ne se périme pas, ne s'use pas, ne se brise pas, ne vieillit pas, ne meurt pas, ne disparaît pas.
Toute la difficulté, c'est de découvrir et de connaître ce qui correspond à cette définition...
Je reprends une bonne idée d'Inès, lectrice de ce blog...
Quand on associe "simple" et "facile", c'est souvent à tort.
Les deux notions sont plus différentes qu'elles n'en ont l'air à première vue.
La solution de facilité n'est pas celle de simplicité - et inversement.
L'association la plus naturelle serait celle de "simple" et "difficile".
Exemples : dire la vérité est simple. Et c'est (parfois) difficile.
Respecter ses engagements est simple. Et c'est difficile.
Et... pour ce qui est de la "dépression" (cette étiquette ne sert vraiment à rien mais bon)... en sortir est aussi assez simple.
Mais c'est difficile.
Les bouquins de psychologie actuels font malheureusement l'impasse sur la distinction fondamentale entre "culpabilité" et "sentiment de culpabilité".
Pour eux, toute culpabilité n'est rien de plus qu'un sentiment de culpabilité... Cette vision réductrice fait l'impasse sur les fautes réelles que nous pouvons tous faire - et que nous faisons.
En fait, il y a d'une part la culpabilité (objective, factuelle) et de l'autre le sentiment de culpabilité (subjectif, variable, justifié ou non-justifié).
La plupart du temps, nos culpabilités nous sont signalées par un sentiment de culpabilité - mais il arrive aussi que la culpabilité ne soit signalée par rien, ou presque rien, ou qu'inversement le sentiment de culpabilité ne soit fondé sur aucune culpabilité réelle.
Par exemple, la plupart des tueurs en série ne se sentent pas tellement coupables : leur culpabilité réelle ne se signale pas à leur conscience par un sentiment de culpabilité très marqué.
Pourquoi ?... Parce qu'ils ont trop tiré sur la corde, tout simplement. Leur conscience ne réagit plus - elle est anesthésiée.
Ceci a des conséquences réjouissantes pour ceux qui souffrent d'un sentiment démesuré de culpabilité : s'ils étaient vraiment très très méchants, ils ne se rongeraient probablement pas les sangs de cette manière...
Cependant, il ne faudrait pas en déduire trop vite que :
sentiment de culpabilité = innocence.
Tous les cas sont possibles :
culpabilité + pas de sentiment de culpabilité
culpabilité + sentiment de culpabilité
Pas de culpabilité + sentiment de culpabilité
Pas de culpabilité + pas de sentiment de culpabilité
L'idéal, c'est bien sûr d'atteindre et de s'installer dans la quatrième possibilité : pas de culpabilité et pas de sentiment de culpabilité. Toutes les autres possibilités sont insatisfaisantes.
Passons rapidement sur le premier cas (le tueur en série qui se prend pour une victime) : a priori, il ne vous concerne pas.
Le deuxième cas, par contre, peut vous intéresser : une culpabilité réelle qui se manifeste par un sentiment de culpabilité.
Ce deuxième cas correspond au fonctionnement normal d'un être humain normal : on a fait quelque chose de mal... et ce "quelque chose de mal" se signale à notre conscience par un sentiment de culpabilité.
Le remède ? Regretter, réparer, ne pas recommencer.
Mais encore faut-il, pour ce faire, identifier correctement la culpabilité qui est à l'origine de notre sentiment de culpabilité...
Une erreur commune consiste à croire que si - intellectuellement - nous pensons n'avoir rien fait de mal, nous n'avons rien fait de mal. Dans ce cas, on aura tendance à prendre la voix de notre conscience pour la voix des préjugés, d'un conditionnement judéo-chrétien.
Cette route-là n'est pas celle de la paix et du calme intérieur ; si vous avez la sensation très nette que telle ou telle chose que vous avez fait est "mal", même si votre cerveau vous dit qu'il n'y a aucun problème, c'est probablement votre sensation qui dit la vérité et votre cerveau qui se trompe.
Supposons que vous ayez identifié le problème (tel jour, vous avez fait ou dit ceci) : regrettez, réparez, et ne recommencez pas. Votre sentiment de culpabilité s'estompera.
Venons-en au troisième cas. Celui du sentiment de culpabilité qui ne repose sur aucune culpabilité réelle.
Notez qu'il est souvent délicat de faire la différence entre ce troisième cas et le précédent : on peut facilement s'imaginer qu'on a "rien à se reprocher" alors que si, et on peut tout aussi facilement s'imaginer qu'on a "quelque chose à se reprocher" alors que non.
Si vous avez un sentiment de culpabilité diffuse vis-à-vis de telle ou telle situation, cherchez à mettre en mots, à préciser, votre responsabilité.
Faites le de bonne foi... puis montrez le résultat à n'importe qui d'extérieur, et relisez vous même ce que vous avez écrit comme si c'était quelqu'un d'autre.
Si le résultat vous paraît et lui semble un galimatias incohérent... si la "culpabilité" que vous avez cherché à définir reste informe et indéfinissable... votre sentiment de culpabilité ne repose probablement sur rien.
Ou plutôt, il repose sur autre chose que sur une culpabilité réelle - sur un souvenir par exemple. On vous a fait culpabilisé par le passé et vous avez gardé le pli. Fouillez vos souvenirs pour en retrouver l'origine.
Bonjour chers lecteurs et lectrices,
Les zones d'ombre, ce sont celles où l'on fait preuve de négativité.
De négativité, c'est-à-dire de pessimisme, de rancune, de tristesse, d'auto-apitoiement, de "c'est de leur faute", bref : de faiblesse.
Supposons que vous êtes négatif en amitié, par exemple. De votre point de vue, vous n'êtes pas négatif, vous êtes réaliste : vous regardez la réalité en face. Vous voyez les autres tels qu'ils sont. Vous ne vous faites pas d'illusion. Bref : vous n'avez pas conscience d'être négatif...
Pour se débarrasser de cette négativité, la première étape (indispensable), c'est d'en prendre conscience.
Comment ?
Telle est la question.
En allumant la lumière. Le noir est parfaitement visible lorsqu'il se détache sur un fond blanc... mais chercher un chat noir dans la nuit noir, c'est un peu comme chercher la quadrature du cercle - tâche ardue s'il en fût.
Et comment allumer la lumière ?...
En positivant constamment, délibérément - et donc artificiellement, oui. En se forçant, quoi...
Une façon de faire, c'est de chercher le site club-positif sur google, puis de chercher l'encyclopédie des autosuggestions positives, de les lire à haute voix (il y en a beaucoup, c'est un gros travail) et d'écouter sa voix : lorsqu'elle déraille, se casse, résonne ironiquement, c'est que vous n'êtes vraiment pas d'accord avec ce que vous dites. Dans ce cas, examinez la phrase de plus près et voyez pourquoi et en quoi vous n'êtes pas d'accord : ainsi, vous prendre conscience de vos zones d'ombre, de négativité.
Voilà. C'était le conseil du jour !
Je suis sûre que j'en oublie... car les dégâts causés par un diagnostic psychiatrique sont innombrables. Ce qui laisse penser qu'ils ont été voulu - mais c'est un autre sujet.
En me promenant sur un blog, tenu par une jeune femme qui a été diagnostiqué "bipolaire", j'ai pu identifié d'autres dommages causés par le diagnostic psychiatrique.
Voici quelques extraits de son blog - dans l'ordre chronologique (qui s'étale sur 4 mois) :
"Ne fuyez pas, je suis presque normale!"
"Je ne pense pas être dingue ni n'ai jamais encore tué personne. Je ne pense pas non plus à des actes de tortures sur autrui."
"Je ne crois pas être folle, moi"
Et voilà... grâce au diagnostic maléfique, une jeune femme a perdu :
- confiance en sa normalité (elle est "presque normale"... et c'est le "presque" qui compte);
- confiance en sa raison (elle ne croit pas être folle, ni dingue - mais n'en est pas absolument sûre, sinon pourquoi en parler ?) ;
- confiance en son innocence (elle ne pense pas à torturer autrui, mais là encore : si elle le dit, c'est que pour elle ça a cessé d'être une évidence qui n'a pas besoin d'être exprimée).
En quatre mois, le diagnostic a déjà miné trois piliers de sa confiance en elle. La malédiction attaque de l'intérieur, comme les termites : elle ronge les fondations de la personnalité.
Alors ?...
Voulez-vous toujours vous considérer comme "dépressif" ou "bipolaire" ?
Je vous pose la question parce que vous avez le choix. Vous n'êtes pas obligé d'accepter qu'on vous marque de la lettre écarlate.
[Petite parenthèse sur la lettre écarlate : La Lettre écarlate relate l'histoire d'Hester Prynne, une jeune femme vivant dans une communauté puritaine à Boston dans le Massachusetts. L'action du roman se situe entre 1642 et 1649. Hester Prynne, au début du roman, se voit condamnée par la société à porter sur sa poitrine la lettre A pour Adultère. En effet, elle est accusée d'avoir péché avec un homme du village, dont elle refuse de dévoiler le nom, et d'avoir eu un enfant avec lui.]
Et si vous voulez vous débarrasser de l'étiquette, mais que vous n'y arrivez pas - vous n'arrivez pas à ne pas croire que vous êtes bipolaire, dépressif, etc. - renvoyez-la à l'envoyeur.
Décidez que c'est votre médecin ou votre psychiatre, enfin la personne qui vous a étiqueté, qui est bipolaire ou dépressif.
ça vous paraît peu vraisemblable ?...
Détrompez-vous.
Le diagnostic est souvent un exutoire ; on colle aux autres l'étiquette qui nous conviendrait, par substitution en quelque sorte. C'est une espèce de catarsis pas très constructive : on évacue ses émotions en les prêtant à d'autres. On fait tous un peu ça sans s'en rendre compte...
Observez par exemple comme les gens malhonnêtes soupçonnent les autres de l'être - comme par exemple les voleurs s'imaginent vite qu'on leur a volé quelque chose...
Rien n'interdit de penser que, sous son apparence impassible, votre psychiatre est atteint du trouble qu'il vous prête. Rendez-le lui donc !
Vous êtes absolument sûr qu'elle ne lui convient pas ?...
D'accord.
Mettez-vous dans la peau de Celui Qui A le Pouvoir de Nommer. Inventez des noms de maladie mentale (c'est à la portée de n'importe quelle imagination)... puis, quand vous êtes rôdé, décrivez-vous à vous-même votre psychiatre, trouvez-lui une caractéristique saillante, et transformez cette caractéristique en maladie.
Puis imaginez que vous êtes dans son bureau, mais que c'est lui le patient et vous le psychiatre.
Annoncez-lui qu'il a la maladie que vous lui avez inventé et qui lui convient si bien.
Il a tendance à se gratter le nez ?... Dites-lui qu'il souffre d'un trouble naso-compulsif. Observez l'angoisse sur son visage. Rassurez-le : ça se soigne très bien, de nos jours.
Il ponctue ces phrases avec "donc" ?... Annoncez-lui qu'il est atteint d'une ergopsychose (en latin, "donc" se traduit par "ergo").
Et si vous ne trouvez rien, vous pouvez toujours lui révéler qu'il souffre de "psychiatrose" - un trouble mental qui atteint surtout les psychiatres, et qui se caractérise par une recherche obsessionnelle de symptômes et de maladie, y compris et surtout là où il n'y en a pas.
Le tout, c'est de bien imaginer la scène, et de visualiser votre toute-puissance et sa propre anxiété... vous lui faites peur avec votre diagnostic, et c'est ça qui compte.
Inversez les rôles pour vous libérez du vôtre ; laissez libre cours à votre imagination. Faites le aussi minable, craintif et petit que vous pouvez ; rapetissez-le jusqu'au nanisme. Grandissez-vous d'un mètre ou deux.
Sous votre diagnostic, il est tel un oisillon tremblant, tandis que vous vous sentez aussi paisible et maître de vous-même qu'un matou jouant avec sa proie : vous le rassurez gentiment ("ce n'est pas grave, on a maintenant des médicaments très efficaces"), vous l'inquiétez sadiquement ("selon les dernières recherches, il y aurait un facteur génétique"), vous faites tout ce que vous voulez.
En ressentant toutes les émotions qui accompagnent cette scène, vous décollez l'étiquette qui vous pèse, vous vous en débarrassez.
Résumons :
Le diagnostic psychiatrique est une malédiction :
1/Parce que c'est une parole
2/Qui fait tout le mal possible
3/En nous privant du moyen - la volonté, le choix, la révision de nos croyances, l'effort, etc. - de résoudre le(s) problème(s) qu'il a baptisé d'un nom de maladie.
C'est pourquoi on peut dire que le diagnostic psychiatrique nous refile (par les oreilles), une maladie incurable.
Est-ce là tout le mal que le diagnostic psychiatrique fait ?...
Que nenni !
Car le diagnostic psychiatrique ne nous empêche pas seulement de résoudre les problèmes qu'il désigne à sa manière bien spéciale ; il fait aussi tout ce qu'il peut pour les aggraver, pour les multiplier par mille.
Et il y parvient.
Puissante malédiction...
Et c'est là qu'on voit, encore une fois, toute la différence avec les vraies maladies : prendre conscience d'un rhume ne l'aggrave pas - alors que se laisser convaincre qu'on est "dépressif" rend bien plus dépressif.
Le diagnostic psychiatrique :
- rend le(s) problème(s) insoluble(s) d'une part,
- l'aggrave d'autre part.
Pourquoi l'aggrave-t-il ?...
Parce que lorsqu'une boite est étiquetée "Pince à linges", c'est :
- là où on ira chercher des pinces à linge ;
- là où on rangera les pinces à linges qui traînent.
Imaginons que cette boite ne contienne, à l'origine, qu'une ou deux pinces à linge et des boutons, des ciseaux, trois stylos et quelques pièces de monnaie. Parce qu'elle est étiquetée "Pinces à linge", d'ici quelques semaines ou quelques mois elle en contiendra davantage. Et si son propriétaire est du genre soigneux, peut-être même qu'elle ne contiendra plus que ça.
Lorsqu'une personne a accepté l'étiquette de "Dépressif", elle agit vis-à-vis de sa propre tête comme vis-à-vis de cette boite à pinces à linge.
Les pensées glauques lui semblent appropriées ; elle se les approprie.
Et si elle est complètement logique - avec elle-même, avec ce diagnostic qu'elle considère comme valable - elle refuse comme étrangères les pensées optimistes qui la traversent parfois : celles-ci n'ont rien à faire dans sa boite crânienne ; ce n'est pas leur place (cf. l'étiquette sur la boite).
Le temps passant, cette boite ne contient plus que des pensées correspondant d'une manière ou d'une autre avec l'étiquette qu'elle porte...
Lorsqu'on vient d'acheter une Peugeot 206, on voit des Peugeot 206 partout - alors qu'avant, on ne les remarquait pas... Qu'on le veuille ou non, notre nouvelle identité (propriétaire de Peugeot 206) nous rend plus attentif, plus réceptif à toutes les Peugeot 206 qui passent...
L'identité de "dépressif" rend plus attentif et réceptif à quoi, à votre avis ?
Pas à la beauté de la vie et à la chance d'être né !
A mesure qu'on creuse le sujet, ça devient de plus en plus flagrant : non seulement le diagnostic psychiatrique est une malédiction, mais il en est une gratinée.
Funeste, terrible malédiction.
Et sa puissance maléfique ne s'arrête pas là...
Résumé de l'article numéro 1:
Le diagnostic psychiatrique est une malédiction parce que c'est :
1/Une parole
2/Qui fait tout le mal possible
Quel mal ?... Le sujet est tellement vaste que je ne sais pas si j'arriverai à l'épuiser dans cet article, mais essayons.
Tout d'abord (comme on l'a vu dans le 1), le diagnostic psychiatrique convainc celui qui le reçoit qu'il est atteint d'une maladie incurable - et ainsi il la lui donne, cette maladie incurable.
Car être convaincu d'être dépressif, bipolaire... c'est le devenir et le rester.
En effet, les prétendues maladies mentales sont un domaine où croyance et réalité sont indiscernables : être convaincu qu'on est fou, c'est déjà être à moitié fou, être convaincu qu'on est dépressif, c'est déjà être vraiment très dépressif, etc.
Les maladies mentales n'ont pas d'existence objective ; elles n'ont qu'une existence subjective. Croire qu'on en a une, c'est l'attraper.
Lorsqu'un psychiatre pose son diagnostic, il ne fait pas plus qu'une vendeuse qui nous fait enfiler une veste dans un magasin : nous repartirons avec si nous avons l'impression qu'elle nous convient, qu'elle est à notre taille. Sauf qu'il est plus facile de dire "non, elle est trop courte/étroite/large/rouge/etc." que de dire "non, ce diagnostic ne me va pas... merci, je repasserai."
Ce qui précède peut paraître difficile à comprendre ; on a l'habitude de croire aux maladies mentales - de croire à leur réalité.
Mais ce ne sont pas les maladies mentales qui sont réelles ; ce sont seulement leurs "symptômes". Et non, ce n'est pas du tout la même chose.
Si, par exemple, je décidais de baptiser l'ensemble Montre + Petite chèvre blanche + Fourchette du nom mélodieux de "Filoussât", le Filoussât n'en deviendrait pas réel pour autant... Et pourtant, les parties qui le composent existent incontestablement.
Dans le cas des maladies psychiatriques, les parties (angoisse, idées noires, culpabilité, etc.) existent objectivement ; le tout, lui, n'existe que dans l'imagination de ceux qui y croient - surtout dans l'imagination de ceux qui se croient atteints, frappés par l'une de ces maladies.
Tout ça pour dire que les maladies mentales n'existent pas, ou plutôt, qu'elles n'existent que dans la mesure où y croient : ce qui creuse l'écart entre elles et les vraies maladies, les maladies physiques.
On peut avoir un cancer sans le savoir - mais pour être "bipolaire", il faut commencer par croire qu'on est bipolaire. Sinon, on se contente d'avoir des hauts et de bas... d'être un être humain normal, en somme ! Avec peut-être des hauts particulièrement hauts et des bas particulièrement bas, mais rien de plus.
Tant qu'on ne se croit pas "bipolaire", on n'est pas malade, et on ne doit pas se faire soigner. Par contre, on devrait peut-être apprendre à contrôler ses sautes d'humeur... ce qui est possible, si on le veut vraiment, si on se donne cette tâche pour objectif.
Mais ce n'est pas avec la volonté qu'on soigne les maladies, tout le monde vous le dira.
Le diagnostic psychiatrique est une malédiction parce qu'il change un trait de caractère, un défaut ou une faiblesse qui est à nous, qui est sous notre responsabilité, en une maladie que nous subissons, qui n'est pas sous notre responsabilité, et à laquelle nous ne pouvons rien.
C'est une malédiction parce qu'il nous passe les menottes de l'impuissance.
Je m'aperçois que les nombreuses critiques dont les psychiatres font directement ou indirectement l'objet dans ce blog pourraient tenter certains lecteurs d'accuser leurs psychiatre d'être responsable de les enfoncer dans leur mal-être - voire d'être purement et simplement à l'origine de leur mal-être.
Chaque fois qu'on accuse les autres (n'importe lesquels) d'être à l'origine de nos états d'âme, on fait l'impasse sur la moitié de l'équation qui nous concerne.
Quelle équation ?...
Celle-ci :
Situation + Réaction = Résultat
Nous n'avons pas de contrôle direct sur la situation présente : prisonnier des embouteillages, nous sommes indiscutablement prisonnier. Aucun moyen d'y échapper dans la seconde.
Par contre, nous sommes libres de nos réactions.
Comme disait je ne sais plus qui, nous sommes les maîtres des paroles que nous n'avons pas prononcées, et les esclaves de celles que nous avons dites...
Ce qui n'a qu'un rapport assez lointain avec le sujet, me direz-vous peut-être...
Si, quand même : notre liberté se trouve en amont de nos paroles, à cet instant parfois très bref, parfois à peine conscient, où nous choisissons de parler ou de nous taire, de nous énerver ou de garder notre calme, de faire preuve d'optimisme ou de nous laisser aller aux plaintes, d'assumer ou de chercher des excuses, etc.
Notre réaction est à nous ; elle n'est pas déterminée automatiquement par la situation. La preuve : prisonniers de la même situation, certains arrivent à la transformer en un moment agréable et constructif, tandis que d'autres s'y abîment la santé par colère, angoisse, etc.
Qu'un psychiatre puisse faire des dégâts... c'est une réalité. Mais il ne faut pas oublier que :
- nous sommes libres d'aller le voir, ou pas ;
- nous sommes libres de le croire, ou pas ;
- nous sommes libres de revenir le voir, ou pas ;
- nous sommes libres de nous soumettre à ses ordonnances, ou pas ;
- nous sommes libres de, etc.
En lisant un témoignage écrit par une américaine, j'ai été frappé par le peu de liberté que les patient-e-s américain-e-s se reconnaissent vis-à-vis de leur docteur ou psychiatre.
Mais peut-être qu'en France, c'est pareil ?...
Ces pauvres brebis continuent leur traitement, alors même qu'elles ont pleinement conscience qu'il les envoie en enfer (Akathisie, par exemple), parce que malgré toutes leurs supplications, leur docteur persiste et signe : il ne veut pas qu'elles arrêtent.
Alors, puisque leur docteur ne leur a pas donné l'autorisation d'arrêter, elles continuent, la mort dans l'âme, à avaler leurs cachets.
Pourtant, le docteur n'est pas là, à côté d'elles ; il ne leur braque pas le canon d'un révolver sur la tempe en leur disant "avale!"
L'autorité qu'il a sur elles n'est rien de plus que l'autorité qu'elles lui ont consenti. Il suffirait qu'elles lui retire le droit de leur dire quoi avaler, et ce serait fini : elles seraient libres.
"Les grands ne sont grands que parce que nous sommes à genoux : levons-nous !..." telle était plus ou moins la devise du journal révolutionnaire le plus vendu en 1789.
Les psychiatres, les docteurs ne sont tout-puissants que parce que nous leur remettons les pleins pouvoirs. Alors à quoi bon accuser ceux qui ne peuvent nous nuire qu'à condition que nous y consentions ?... à quoi bon les blâmer de notre propre crédulité, de notre propre soumission trop aveugle ?
Même s'il est bon de faire la différence entre les bons conseillers et les mauvais, on ne se libère de rien par la haine. Les émotions puissantes enchaînent toujours à ceux pour lesquels nous les ressentons.
Règle général : les 3/4 du temps, c'est de nous-même que nous sommes victime beaucoup plus que des autres.
Ce qui veut dire que nous avons toujours eu le pouvoir de ne pas l'être... simplement nous n'en avions pas conscience.
Petit souvenir d'hôpital psychiatrique.
Je suis en pyjama, sur mon lit ; le psychiatre débarque, et dans son sillage une ribambelle de jeunes gens zélés, ses étudiants peut-être. Il va leur montrer ce que c'est, l'hôpital ! Ces phrases tranchantes me font pleurer ; ses allusions sexuellement freudiennes m'agressent. Pourquoi veut-il à tout prix que je refoule des désirs malsains pour mon père ?... Je sanglote avec violence, criant mon désespoir d'être exclue de la vie ; une douloureuse compassion se lit sur les visages des jeunes gens, pas encore blasés (ça viendra). Le Grand Chef sort comme il était entré, en coup de vent, emportant sa suite avec lui - je reste seule à pleurer sur mon lit d'hôpital.
Alors ?
Est-ce "sa faute" ?
Je n'étais pas obligée de pleurer. Je peux bien sûr dire que c'était "plus fort que moi", mais en réalité, ce n'était pas plus fort que moi. J'ai joué mon rôle dans cette brève tragi-comédie. J'aimais étaler mes émotions en public... même si ça me faisait mal et m'humiliait aussi.
Il y a quelques temps, j'ai repensé à cette scène, et pour me faire plaisir, j'ai inversé les rôles.
Sur le lit d'hôpital, en pyjama à pois, les pieds nus, ce n'était plus moi, c'était lui.
Et le Grand Chef, c'était moi (très élégante dans une belle robe noire brodée spécialement pour l'occasion par mon imagination). Les jeunes gens étaient là, comme la dernière fois... groupés autour de moi, ils m'écoutaient avec respect.
Et moi, j'accablais ce pauvre psychiatre désarmé et inoffensif : "Alors ? On fait le moins malin, maintenant ? On a bien avalé ses cachets ?... Où est le pouvoir, maintenant ? où est la gloire ? Tous les traitements que vous avez infligé à vos patients, on va vous les infliger... un par un ! Oeil pour oeil, dent pour dent et cachet pour cachet..."
Mais au bout de vingt minutes, la scène perdait déjà tout son sel... Au final, je préfère largement avoir été "la victime" (toute relative) que n'importe quel autre participant à cette scène.
La souffrance s'efface, mais la culpabilité - la vraie - ne s'efface pas.
L'important n'est pas caché dans hier, l'important est à chercher du côté d'aujourd'hui et de demain : quels choix faisons-nous aujourd'hui pour préparer demain ?
La vie n'est pas un paradis inaccessible, un lieu de lointains délices ; la vie n'est pas à atteindre, à rejoindre - la vie n'est rien de plus que votre vie ; elle n'est rien d'autre que ce que vous faites chaque jour de vos heures, rien d'autre que la manière dont vous employez les minute qui vous sont accordées.
Il n'y a pas de répétition : cette vie-là est la seule chance qui nous soit donnée.
Alors, est-ce la faute du psychiatre, si...?
Ou est-ce que cette question est tout simplement sans intérêt ?...
Oublions le psychiatre ; oublions tous ceux qui nous ont fait du mal. Ils n'ont aucun pouvoir sur notre avenir, qui nous appartient.
Que faites-vous aujourd'hui ?
Que voulez-vous pour demain ?
Comment harmonisez-vous ce que vous faites aujourd'hui avec ce que vous voulez pour demain ?
Vous avez été étiqueté "dépressif" ou "bipolaire".
(En fait, la liste des diagnostics possibles est beaucoup plus longue ; vous pouvez très bien remplacer par un autre nom, celui dont vous a affublé... la suite reste valable.)
Qu'est-ce qu'une malédiction ?... et quel rapport avec un diagnostic ?
Selon le dico, une malédiction c'est :
- "Un "Procédé magique qui utilise des formules à l'encontre d'une personne ou d'un animal dans le but de causer la ruine, la maladie ou la mort."
Cette magie, c'est, en l'occurrence, celle de la foi.
Car si nous n'accordions pas notre foi, notre confiance au diagnostic révélé, il ne pourrait pas nous faire du mal. C'est parce qu'on croit au pouvoir de la formule magique que celle-ci agit : quelqu'un qui a été diagnostiqué "bipolaire" mais qui ne croit pas à la pertinence de ce diagnostic est à l'abri de la malédiction qu'il contient...
Mais le dico donne aussi une autre définition de "malédiction" :
"Paroles par lesquelles on souhaite avec véhémence tout le mal possible à une personne, une famille, une ville, un pays, etc."
Les deux définitions se recoupent : souhaiter du mal à quelqu'un, c'est dans une certaine mesure lui en faire. La malédiction la moins magique l'est encore... elle est dotée de l'incontestable puissance du Verbe.
Je devine votre perplexité : Mais mon docteur (ou mon psychiatre) veut que je guérisse... il me veut du bien, non du mal!
C'est vrai.
Élargissons donc un peu, un tout petit peu, la définition de malédiction...
Convenons qu'une malédiction, c'est :
- des "Paroles par lesquelles on fait avec ou sans véhémence, volontairement ou involontairement, tout le mal possible à une personne, une famille, une ville, un pays, etc."
Avec cette définition-là - qui n'est pas si éloignée de celle du dictionnaire - le diagnostic psychiatrique est incontestablement une malédiction.
Car il fait énormément de mal (si on y croit : nous avons vu que c'est la condition sine qua non).
Comment ?...
Tout d'abord, on nous convainquant que "nous ne pourrons jamais guérir".
Pour comprendre comment la notion de "maladie mentale" (dépression, etc.) inclut inéluctablement celle de "maladie incurable", il suffit d'examiner ce qu'en disent les gens qui ont accepté un tel diagnostic : "mon état sera toujours très fragile...Snif." "On ne guérit pas de sa dépression... on apprend seulement à la gérer." Etc.
D'un point de vue purement logique, il y a aussi de bonnes raisons pour que toute maladie mentale soit - par principe - incurable... de même que toute guerre contre le terrorisme est - par principe - infinie.
Explication.
Dans la mesure où il n'y a aucune base biologique solide, aucun test qui permette de confirmer un diagnostic psychiatrique, il n'y a aussi aucun critère clair qui permette de l'infirmer.
En d'autres termes, personne ne peut jamais apporter la preuve qu'il est "guéri" - ou que quelqu'un d'autre est "guéri".
Pour mieux comprendre cette impossibilité, imaginons que - dans un univers parallèle au nôtre et présentant quelques similitudes avec le nôtre -, des psychiatres fous aient décidé de redéfinir la pauvreté comme une maladie mentale.
Dans ce monde parallèle, les pauvres gens qui souffrent de pauvropathie clinique, du syndrôme de la dèchose réactionnelle, ou encore d'un trouble financio-obsessionnel, sont tous soignés par leurs médecins avec des petits cachets aux noms évocateurs (Richamax, Luxotine, Sécuritasum, Vidoré).
Est-ce que ces médicaments les guérissent ?...
Vous vous doutez de la réponse.
Bien sûr, parfois, un ce ces pauvres gens gagne au Loto ou monte une entreprise prospère... mais comme il est persuadé qu'il souffre de pauvropathie clinique, il s'empresse de tout dépenser ou de tout perdre, et se retrouve gros jean comme devant.
Quand une étiquette est totalement inappropriée, il est d'autant plus difficile de la décoller : si par exemple, vous pensez que Julie est une blonde, le jour où elle se teint en brun vous n'aurez aucun mal à intégrer ce changement, et à décider que ce n'est plus une blonde, que c'est maintenant une brune. Mais si vous êtes persuadé que Julie est un poisson rouge, quel changement dans son apparence arrivera à vous faire changer d'avis ?... Aucun !
De même, lorsqu'on se met à croire qu'on est malade, qu'on souffre d'une "dépression" ou d'une autre maladie mentale, on accepte une étiquette qui, inadéquate à la base, ne se laissera décoller par rien.
On ne guérit pas des maladies qu'on n'a pas : ces maladies-là sont incurables.
C'est pour cela que les hypocondriaques ne sont jamais, jamais guéris et c'est pour cela que les maladies mentales ne sont jamais complètement terminées.
Enfin, si : elles sont terminées le jour où l'on décide qu'elles sont terminées - et c'est, en général, le même jour que l'on décide aussi qu'elles n'ont jamais commencées.
Résumons : un des premiers effets du diagnostic-malédiction, c'est nous convaincre que nous ne pourrons jamais guérir de la maladie qu'il nous assigne.
En d'autres termes, le diagnostic nous refile une maladie incurable.
Mais il ne s'arrête pas là.
Un extrait du Succès selon Jack.
ASSUMEZ L'ENTIÈRE RESPONSABILITÉ DE VOTRE VIE !
« Vous devez admettre votre responsabilité personnelle. Vous ne pouvez modifier les circonstances, les saisons ou le vent, mais vous avez le pouvoir de changer. » (JIM ROHN, Philosophe américain des affaires de tout premier plan)
L'un des mythes les plus fermement ancrés dans la culture américaine [et contemporaine, et française] d'aujourd'hui est que le succès est un droit acquis. D'une une façon ou d'une autre, quelqu'un (sûrement pas nous) se chargera de veiller sur notre bonheur, de nous offrir un plan de carrière épatant taillé sur mesure, d'organiser notre emploi du temps pour que nous puissions nous occuper de notre famille, harmonisera nos relations avec les autres, et ce, tout simplement parce que nous existons.
Mais la réalité - et il s'agit de la leçon centrale de ce livre - c'est qu'il n'y a qu'une personne responsable de la qualité de l'existence que vous menez.
Et cette personne, c'est vous.
Si vous voulez avoir du succès, vous devez assumer la pleine et entière responsabilité de tout ce qui arrive dans votre vie.
Ceci inclut vos réalisations passées, les résultats que vous obtenez aujourd'hui, la qualité de vos relations avec les autres, votre état de santé, votre condition physique, vos revenus, vos dettes, vos émotions - tout!
Et ce n'est pas toujours facile à accepter.
En fait, nous avons pris la mauvaise habitude de faire porter aux autres et aux événements la responsabilité des aspects de notre vie que nous n'aimons pas. Nous blâmons nos parents, nos patrons, nos amis, les médias, nos collègues de travail, nos clients, notre conjoint, le temps, l'économie, le signe sous lequel nous sommes nés, notre manque d'argent [notre dépression, nos maladies mentales] - toute chose, ou toute personne, à portée de la main, qui peut jouer le rôle de bouc émissaire. Nous ne nous tournons jamais vers la vraie source du problème, c'est-à-dire, nous-même...
Il est temps de cesser de chercher ailleurs les raisons de votre insatisfaction relativement à ce que la vie vous a apporté jusqu'à maintenant. Vous avez créé les circonstances dans lesquelles vous vivez aujourd'hui, vous êtes l'auteur de ce résultat.
Vous et personne d'autre !
Pour obtenir du succès - pour réaliser ce qui importe le plus à vos yeux - vous devez assumer la pleine et entière responsabilité de votre vie, et cela à cent pour cent. Rien de moins ne fera l'affaire.
Parce que si je vous le disais, ce serait seulement par peur de ne pas faire comme les autres ; par conformisme moutonnier et craintif autrement dit.
Noël est une fête dénuée de signification ; le 25 décembre n'est que la date d'une fête païenne, recyclée par le christianisme. Et même si les lumières, c'est joli, cette débauche de nourriture et de cadeaux obligatoires ressemble plus à une obligation qu'à un choix - du moins pour la plupart des gens... Les traditions sont une contrainte, et Noël est une tradition ; la seule marge de liberté qu'on s'autorise, en général, c'est la couleur des guirlandes.
Mais en réalité - pour ça comme pour le reste - on a un choix plus fondamental : guirlande ou pas guirlande ?
Certes, comme vous peut-être, j'ai envoyé quelques cartes à de la famille ; mais si je l'ai fait c'est pour préserver les liens familiaux, pas pour sacrifier au dieu Noël.
Mais ici - sur ce blog - ce n'est pas l'espace des conventions, c'est l'espace de la réflexion.
Une question pas du tout constructive : "Comment vivre malheureux ?"
Les arcanes de la pensée négative et positive...
Nos pensées nous guident, nous orientent. A grande question, grande réponse ; à question négative, réponse négative.
Si vous tapez sur Google "comment vivre malheureux", il n'est pas du tout certain que vous trouviez la recette du bonheur... car ce n'est pas dans cette direction-là que vous cherchez.
A travers cette question-là, on peut comprendre quel est le problème - le problème général :
On se demande "comment vivre... alors qu'on est malheureux ?" alors qu'il faudrait se poser la question "comment vivre... pour être plus heureux que je ne le suis actuellement ?"
Bref : dans la première question, on accepte son malheur comme une donnée de base qu'on ne pourra jamais modifier, on cherche juste à aménager sa dépression pour la rendre plus confortable (comme si c'était possible), alors qu'avec la deuxième question, on cherche réellement une solution.
Examinez attentivement les questions que vous vous posez, et reformulez-les si nécessaires, en remplaçant les termes négatifs par des termes positifs : au lieu de vous focaliser sur ce que vous ne voulez pas, focalisez-vous sur ce que vous voulez.
C'est l'un des principes de base de toute réussite...
[Lisez d'abord "Ma Coach Bien Aimée !".]
De retour à Paris, je compris, ou plutôt je sentis, que le décès de ma grand-mère avait changé quelque chose.
Non... je n'étais pas triste. J'avais été triste avant - mais là, c'était fini.
D'ailleurs... (et même si ça peut sembler choquant...) je n'avais jamais beaucoup aimé ma grand-mère ; peut-être même que je ne l'avais jamais aimé du tout.
Nous n'étions pas de la même espèce, elle et moi. Mais comme je ne savais pas à quelle espèce j'appartenais, je ne me l'étais jamais dit en ces termes.
Et puis, on était en été.
ça peut paraître un détail ; après tout, il y a un été chaque année. Il faut bien être dans une saison, non ?
Mais pour moi, l'été avait toujours signifié quelque chose de plus.
J'avais intitulé mon grand roman (le premier, celui que j'ai écrit pendant des années, sans jamais le terminer) "Avant l'été". L'été, c'était le moment où tout se révèle, où tout devient clair et réel.
Et puis surtout... on était en 2005.
Là aussi, on peut trouver ça dérisoire : après tout, il faut bien être dans une certaine année, non ?
Mais à ce moment-là - lorsque je fus de retour à Paris, après le décès de ma grand-mère - ce chiffre 2005 devint soudain significatif.
Je me rappelai soudain - j'avais complètement oublié - que j'avais écrit dans un texte, 5 ans auparavant, que l'année 2005 serait celle où je rencontrerais l'homme de ma vie. Ce n'était pas un objectif, mais une espèce d'intuition très catégorique que j'avais mise par écrit, dans un (mauvais) roman autobiographique...
Tout ça peut sembler dérisoire ; juste des souvenirs de mes écrits qui ressurgissaient et se réunissaient.
Mais ils s'assemblaient comme les pièces d'un puzzle d'une manière qui pour moi était impressionnante - comme si je prenais conscience que j'étais située à un point très important.
Comme si je m'apercevais que mes pieds étaient posés à l'intersection d'une croix géante : que j'étais au centre de quelque chose...
De ma vie, peut-être.
[Si mes souvenirs vous embêtent, arrêtez de lire... la suite va être encore plus bizarre, insaisissable et brumeuse. Et je m'excuse de m'étendre autant sur ces souvenirs personnels, mais bon, un blog c'est aussi pour se faire plaisir.]
Quel rapport avec ma grand-mère ?...
Je ne la voyais pas souvent ; mais son existence pesait lourd dans un plateau de la balance ; le plateau opposé ne faisait pas le poids. Son décès changea l'équilibre des forces en présence, comme lorsqu'on enlève quelque chose de pesant.
Pourtant, elle ne m'avait jamais tyrannisé... jamais forcé à rien...
Alors pourquoi je me sentais soudain - disons, non, ce n'est pas libre, ni libérée, mais... comment dire... plus riche en possibilités ?
J'eus encore une autre prise de conscience - là encore, liée à mes écrits intérieurs.
Une histoire que j'avais écrite adolescente, et qui m'avait même valu un prix littéraire... je m'aperçus que le vilain nain de mon histoire pouvait être comparé à l'homme de mes rêves - celui que je convoitais depuis 3 ans (en vain).
Comme le vilain nain... il avait une belle voix.
Comme le vilain nain... il était vilain - c'est-à-dire, pas beau.
Comme le vilain nain... ses discours séducteurs ne conduisaient que vers la mort et le sang.
L'homme de mes rêves ne m'était d'abord apparu que par ses mots : nos échanges étaient restés, pendant longtemps, purement virtuels. Et le vilain nain aussi séduisait l'héroïne par sa voix, tout en restant invisible.
Bref... je retrouvais plus ou moins, dans une histoire inventée lors de mon adolescence, la structure de l'histoire réelle que j'avais vécu 10 ans plus tard... et celui que j'avais pris pour mon prince charmant y jouait le rôle du méchant !
Autrement dit, je voyais soudain mon Grand Amour pour lui sous un tout autre jour. Lui n'était plus l'idéal inaccessible, mais plutôt le leurre mortel, le rêve qui tue, l'illusion qui mène à la mort.
Et du coup, le rôle du héros (il y en avait un dans mon histoire, qui finissait bien) restait vacant...
Ce qui s'arrangeait parfaitement avec mon auto-prédiction, puisque j'étais sensée le rencontrer en 2005.
D'ailleurs... lorsque j'avais rencontré l'homme-de-mes rêves [pour simplifier je vais lui donner un prénom, disons Damien], j'avais trouvé étrange qu'il soit en avance au rendez-vous fixé de 2005.
Maintenant, ça devenait logique : Damien était en avance au rendez-vous parce qu'il n'avait pas rendez-vous !
Ce n'était pas lui, l'homme de ma vie.
Une série de souvenirs qui s'emboîtent, et soudain, une prise de conscience : Damien - pour qui j'éprouve une passion unilatérale depuis des années, pour qui j'ai déménagé à Paris, pour qui je souffre l'enfer d'un amour dévorant et désespéré -, Damien, donc, n'est pas l'homme de ma vie.
Par un chemin assez mystérieux, j'arrive enfin à la conclusion qui est évidente pour tout le monde, et que ma coach essaie de me faire rentrer dans le crâne depuis des mois.
Nous sommes l'été 2005 et le Changement arrive.
Je sors du placard les précieuses pages où j'ai imprimé nos échanges virtuels, à Damien et moi... (Je les gardais là comme une relique) je les découpe avec des ciseaux par petits bouts, je jette certains bouts, puis finalement je jette tout...
L'équilibre des forces en présence change de plus en plus - ça reste subtil, ça reste invisible, mais c'est réel. Par ce geste - découper et jeter - je concrétise une intention toute nouvelle. Le Changement approche.
Bon allez cette fois-ci je dis stop ! à suivre peut-être.
[Titre provocateur qui va certainement en faire fulminer certains - le contenu est un peu moins à l'emporte-pièce, rassurez-vous. Je m'inspire ici encore de "La dépression est un choix"]
Nous ne pouvons pas dire "Je ne veux pas être déprimé" de la même façon que nous pouvons dire "Je ne veux pas faire un gâteau, je ne veux pas aller au cinéma" - pourquoi ?... Parce que nous ne pouvons pas "fabriquer" des sentiments directement.
(Enfin... si, dans une certaine mesure : si nous nous forçons à sourire, notre sourire stimule des hormones du plaisir. Le fait de sourire, se tenir droit, parler sur un ton dynamique, etc., est un artifice qui a des répercussions positives sur l'humeur.)
Mais lorsque le sentiment est là, il est là - on ne peut pas le faire disparaître d'un claquement de doigt.
Où est donc le choix ?...
Ce que nous pouvons faire, face à nos sentiments, c'est :
1/nous concentrer sur eux, leur consacrer toute notre attention ;
2/ou inversement détacher notre attention d'eux, regarder ailleurs.
Les sentiments ne sont pas sous notre contrôle direct comme l'est notre comportement. Quant un sentiment est là, nous pouvons seulement y faire attention (le condamner, le justifier, le dramatiser, nous concentrer sur lui, etc.) ou l'ignorer (au sens de : faire comme s'il n'était pas là).
Si - le jour de Noël - vos invités arrivent avec des chocolats et des fleurs et que vous les ignorez superbement, que vous faites exactement comme s'ils n'étaient pas là, il y a peu de chances qu'ils s'attardent, ni qu'ils reviennent. Les sentiments ne sont pas aussi susceptibles - ils reviendront - mais eux aussi sont découragés par l'indifférence qu'on leur manifeste.
Un sentiment est un invité qui nous sollicite, un représentant qui vient nous vendre sa marchandise : c'est à nous de choisir si nous sommes intéressé, ou non. Si nous ne sommes pas intéressé, le plus sûr est de ne pas prêter attention à l'importun. Surtout, ne pas se lancer dans de grandes justifications, ne pas entrer dans un débat avec lui - c'est ce qu'il cherche. Plutôt, l'ignorer superbement, faire comme s'il était déjà parti... il partira.
Les sentiments (pénibles) ne peuvent être gérés directement : on ne peut les manoeuvrer que de manière indirecte.
- Les ignorer quand ils sont là - ce qui impliquent qu'on se concentre sur autre chose, par exemple sur ce qu'on doit et va faire dans les minutes, heures, jours qui arrivent.
- identifier puis arracher leurs racines, c'est-à-dire les idées/croyances qui leur ont donné naissance.
- cultiver délibérément des croyances/idées/sentiments inverses.
Ce dernier point est important.
Pour ne plus penser à un éléphant rose, il ne faut pas se dire "je ne dois plus penser à l'éléphant rose", ce qui ne fait que renforcer notre focalisation sur le dit éléphant, mais concentrer son attention sur une souris verte (par exemple).
De même, pour se débarrasser de sentiments négatifs, il ne faut pas se focaliser sur les sentiments à extirper, mais sur d'autres sentiments, incompatibles avec ces sentiments négatifs...
C'est très basique ce que je dis là... mais concrètement, dans la vie de tous les jours (en fait, il n'y en a pas d'autre), on a tendance à l'oublier. On se focalise sur le problème au lieu de se focaliser sur la solution.
On pense "dépression... dépression... dépression..." au lieu de penser à... là ça devient plus personnel, au lieu de penser à tout ce qui nous rend heureux, ou tranquille, ou qui suscite en nous un agréable frisson d'anticipation. Le fait même de se concentrer sur un moment de bonheur vécu peut suffire à modifier l'orientation d'humeur d'une journée entière.
Mais si on se focalise sur la "dépression", c'est en général qu'on s'y identifie.
On croit qu'il y a là dedans, dans ce mot-là, dans les profondeurs vaseuses et ténébreuses de ce mot-là, une vérité à extraire - une vérité sur nous...
Un peu comme les mordus d'astrologie peuvent cogiter pendant des semaines sur leur thème natal, et dévorer tous les livres qui parlent de la conjonction saturne/mars : s'ils sont tellement fascinés, c'est qu'ils croient qu'une vérité essentielle, primordiale, centrale est cachée par là.
Une vérité sur eux - sur leur véritable identité.
Cette question de l'identité tracassent tous ceux qui ne savent pas très bien qui ils sont... et ça fait énormément de monde ! Lorsqu'on sait qui on est et qui on veut être (les deux se recoupent), on ne peut plus tomber dans ce genre de piège.
Qui peut nous dire qui nous sommes ?
Certainement pas les psychiatres. Ce sont des chineurs.
Ils vont au marché aux puces de l'HP (pas pour Hôpital Psychiatrique, mais pour Humanité Perdue) rachètent pour un prix dérisoire tous les vieux symptômes qui traînent, s'approprient aussi tous les petits ou grands états d'âme qui n'ont jamais été considéré comme des symptômes, puis bidouillent tout ça pour en faire de nouvelles maladies mentales.
Bricoleurs créatifs, artistes si vous voulez - mais certainement pas maîtres ès identité.
Ils ne peuvent pas nous dire qui nous sommes. D'ailleurs, savent-ils eux-mêmes qui ils sont ?... Rien n'est moins sûr. Et peut-être que la seule (mais elle est énorme) différence entre eux et nous, c'est que eux, ça ne les dérange pas.
Où en étais-je ?...
La question de l'identité est une question glissante ; et il est facile de s'y perdre. Tellement facile...
[à un réponse à un lecteur qui se demande quelle est la différence entre ma manière de broyer du noir et celle d'A. Solomon, l'auteur du Diable intérieur - Anatomie de la dépression]
Les mêmes mots peuvent avoir des sens très différents selon le contexte dans lequel ils sont employés, et selon les personnes qui les prononcent...
Quand A. Solomon explique dans "Le Diable Intérieur" qu'il broie du noir tous les jours et quand j'explique qu'il m'arrive d'en broyer, on ne parle pas du même genre de noir.
Broyer du noir (selon A. Solomon) revient à :
1/ percevoir son existence comme insignifiante ;
2/ être fortement tenté par le suicide.
Broyer du noir (quand je dis que j'en broie de temps en temps) signifie que :
1/ je me sens vaguement anxieuse ;
2/ j'ai la sensation que la réalisation de mes projets risque d'être reportés aux calendes grecques et que je manque de la volonté nécessaire ;
3/ je me sens un peu coupable et en tort en raison d'un comportement ou d'une parole précise que j'ai eues ;
4/ j'ai l'impression d'être à l'étroit, de manquer d'espace.
Autrement dit, je ne suis absolument pas tentée par le suicide et je ne perçois pas mon existence comme insignifiante (au contraire, elle me semble péniblement, lourdement significative dans les moments où je vais mal - et plaisamment significative dans les moments où je vais bien).
Le seul point commun que je peux voir entre Solomon et moi, c'est qu'il n'est pas insouciant et désinvolte, et que je ne suis pas insouciante ni désinvolte non plus.
Quant à ceux qui se demanderaient pourquoi je recommande si chaudement Le succès selon Jack... non, je n'ai pas d'intéressement financier dans cette histoire, c'est seulement que c'est réellement un livre qui vous sera extraordinairement utile si vous le lisez.
Et si j'insiste, c'est qu'avec le temps et certaines réactions de lecteurs, j'ai compris qu'un simple conseil donné en passant n'avait aucune espèce d'impact, et qu'il y a un long chemin (intellectuel, affectif, etc.) à parcourir pour aller jusqu'à l'achat et la lecture de livres qui sont très éloignés des chemins battus.
Si j'étais fonctionnaire, je me dirais peut-être "j'ai donné un bon conseil en trois syllabes, "lisez ce livre" ; j'ai fait mon boulot, s'ils ne le suivent pas c'est leur problème", mais je ne suis pas (enfin je ne suis plus) fonctionnaire, et donc je me dis plutôt :
"Si je n'insiste pas, si je n'explique pas mieux les tenants et les aboutissants de ce choix, ils laisseront courir et n'en tireront pas parti..."
J'avais déjà conseillé "Le succès selon Jack" dans des anciens articles (avec d'autres livres, qui sont dans les conseils de lecture) et je n'ai jamais eu aucun commentaire en retour d'un lecteur qui l'aurait lu... alors que "Principes de logique" et "Triomphez de vos soucis" a été lu et apprécié par plusieurs lecteurs.
J'imagine que c'est lié au titre du "Succès selon Jack" - lorsqu'on se sent au plus mal, le mot "succès" ne fait pas tilt du tout ; il ne s'intègre pas au cercle de nos préoccupations. C'est un étranger qui ne ressemble pas à nos pensées familières, qui ne s'y accroche pas, qui glisse...
Et puis, il y a aussi l'amertume de se dire : "lui a peut-être du succès, mais moi..." qui peut dégoûter du titre.
Tous ces facteurs peuvent jouer, et jouent. C'est pourquoi il est nécessaire que quelqu'un fasse un pont entre l'état d'esprit "dépressif" et ce livre si utile, si constructif.
Ce soir, il va être question d'identité.
Lorsque j'étais encore une très jeune fille, j'étais abonnée au magazine Astrapi.
L'un des numéros dont je faisais mes délices racontait en bandes dessinées l'histoire du poète par excellence : Rimbaud. Entre les bulles, des passages significatifs de ses poèmes étaient tracés à la plume, dans une écriture assez fleurie.
L'un d'eux m'a marqué ; il se terminait par ces mots : "...heureux comme une femme".
En fait, si vous connaissez le poème, vous savez déjà que ce n'était pas "heureux comme une femme" mais "heureux comme avec une femme". Mais moi j'ai lu "heureux comme une femme".
Ce qui a ouvert à mon imagination tout un monde de possibilités riantes...
J'étais une femme ; ou du moins, j'allais en devenir bientôt une. Je serais donc heureuse ! Heureuse par définition, comme le pinson est gai par définition. D'une erreur de lecture est née la croyance en mon bonheur futur...
Ce genre d'erreur ne fait que du bien ; mais on peut faire l'erreur inverse. Et dans ce cas, on n'a hélas même pas besoin de se tromper : il suffit de savoir lire.
Combien de livres suggèrent, impliquent ou disent qu'on peut être...
"malheureux comme une femme"
"malheureux comme un homme"
"malheureux comme quelqu'un d'intelligent"
"malheureux comme quelqu'un de sensible"
"malheureux comme quelqu'un qui a des hauts et des bas"
"malheureux comme un chômeur"
"malheureux comme une femme au foyer"
"malheureux comme un employé"
etc.!
Si on se laisse convaincre qu'on est essentiellement "dépressif", on interprètera ses moments de bonheur comme des parenthèses insignifiantes et sans conséquences ; si on se persuade qu'on est essentiellement "heureux", on interprètera ses moments de dépression comme des parenthèses insignifiantes et sans conséquence.
Se reconnaître "dépressif", s'identifier à cette étiquette, ce n'est pas comme se reconnaître alcoolique.
Un alcoolique qui ne s'avoue pas son alcoolisme n'a aucune chance de s'en débarrasser : il doit d'abord s'avouer son mal pour le combattre. Mais la dépression est quelque chose de nettement plus immatériel et subtil, et le fait même de s'identifier au mot conduit à pérenniser ce qu'il désigne. Se penser "dépressif", c'est mettre le malheur au centre de sa vie, au centre de son moi. Ce qui ne prépare par des lendemains qui chantent...
Je me suis trompée, c'est vrai.
Les femmes ne sont pas la référence en fait de bonheur ; en être une ne garantit pas une existence délicieuse.
Mais mon erreur m'a convaincu que le bonheur était quelque chose qui faisait naturellement parti de moi...
Croyance utile pour les mauvais jours : grâce à elle, la souffrance ne devient jamais "normale" ; grâce à elle, on continue à chercher sans relâche une solution, jusqu'à ce qu'on la trouve.
Inversement, de nos jours, beaucoup de personnes se laissent persuader que c'est le malheur qui fait naturellement parti d'elles...
Qu'il est inscrit dans leurs gènes (comme le bonheur était inscrit, selon moi, dans mes chromosomes XX) et dans leur cerveau.
Un dépressif heureux, est-ce que ça existe ?
Tant qu'on se considère comme "dépressif", le bonheur ne saurait être qu'un malentendu.
Cette étiquette poisseuse, "dépressif", collez-la sur votre frigo, sur votre chien ou sur votre psychiatre, mais ne la collez pas sur vous : elle ne vous fera pas de cadeau.
Le coeur a un champ électro-magnétique qui peut être perçu à plusieurs mètres ; peut-être que les livres récupèrent, par la force des mots, quelque chose du champs électro-magnétique du coeur de leur auteur - et que le lecteur le perçoit ?...
Hypothèse fantaisiste ; mais c'est vrai que chaque livre rayonne d'une aura qui correspond exactement à la personnalité profonde (et non apparente) de son auteur.
Par exemple...
Je n'ai rien contre l'auteur de "Guérir" (David S... j'ai oublié son nom) et ses idées me sont même relativement sympathiques, n'empêche que son aura à lui me donne mal au coeur. Question de feeling ?...
Oui et non ; les idées et la personnalité se font mutuellement écho.
A. Solomon, l'auteur de "Diable intérieur", a été perçu comme un auteur "positif" par certains, peut-être parce qu'ils étaient en parfait accord avec ses idées et sa personnalité profonde. Peut-être aussi parce que son dernier chapitre s'intitule "espoir" - mais est-ce que ça suffit ? Voilà quelques lignes tirées de la dernière page de son pavé étouffant (ce n'est pas moi qui le dit, ce sont ses lecteurs sur amazon.fr) :
"Presque tous les jours, je connais des éclairs de désespoir.. je souhaite être renversé par une voiture... je sens dans ma bouche le goût délicieux d'un canon de revolver, etc."
Le goût délicieux d'un revolver ! Non mais des fois ! Il devrait essayer les canons de revolvers en salade, à midi, sans vinaigrette, pendant quinze jours : ça lui rendrait peut-être le goût du pain !
Bon je fais de l'humour noir et ce n'est pas gentil, je sais, je sais...
Enfin juste pour dire que l'auteur ne clame pas vraiment le fait qu'il s'en est sorti - ou qu'il le clame d'une manière suffisamment ambigüe pour qu'on n'y croit pas.
Chaque livre que l'on lit est une direction que l'on prend ; lorsqu'on a pris plusieurs fois à gauche, il devient plus difficile de prendre à droite.
La plupart des gens passent leur vie entière en tournant dans le même cercle de livres : bien sûr, ils ne lisent pas toujours les mêmes, mais ils lisent toujours le même genre - et c'est ça qui les bloque là où ils sont.
Les grands changements sont réservés aux personnes qui font un pas hors du cercle de leurs préoccupations et de leurs lectures habituelles. Réservés à ceux qui osent - car il faut un courage intellectuel qui n'est pas moindre que le courage physique.
ça vous paraît facile, d'aller dans une librairie, d'acheter par exemple "Le Succès selon Jack" et de le lire ?...
Détrompez-vous.
Ce n'est pas facile du tout ; et la preuve : vous ne le ferez pas.
Malgré les apparences, c'est trop difficile.
Comment se lancer dans une lecture si loin de votre mode de pensée habituel ?... C'est comme faire le grand écart quand on a de l'arthrose, ou descendre le grand canyon en canoë quand on ne sait pas nager et qu'on a peur de l'eau.
Vous trouverez mille excuses pour ne pas vous le procurer - vous n'avez pas l'argent, ce n'est pas le moment, mieux vaut attendre votre anniversaire, etc. Et au final, vous laisserez tomber.
Vous suivez sans vous en rendre compte une route invisible, et "Le Succès selon Jack" est hors de votre route, en plein champs. Pour aller le chercher, il faut faire un effort énorme, enjamber la rambarde, traverser les ronces, contourner la clôture, etc.
Je le sais, parce que j'ai vécu le même genre de difficultés - pour ce livre-ci (le succès selon Jack) et pour d'autres.
Et j'ai constaté quelque chose : les livres qu'on hésite le plus à acheter, ceux qui provoquent en nous l'ambivalence la plus forte, sont presque toujours les plus décisifs, ceux qui déclenchent les plus grands changements.
Je me rappelle par exemple... de ce certain livre ; il me tentait terriblement, et en même temps il me semblait que ce n'était pas une bonne idée, pas le moment, que ça ne servait à rien - en fait, je me sentais vaguement coupable de le désirer... Finalement, je me suis décidée, je l'ai lu, et il a changé complètement ma vie !
Vous avez de la chance.
Vous avez la chance d'être tombé sur ce blog : en tant que "dépressif", vous avez droit à un discours psychiatrique qui plombe, enfonce, coule de toutes les manières possibles et imaginables ; mais ce blog vous indique une direction totalement différente, une direction dont votre médecin ou psychiatre ne vous dira jamais un traitre mot, la seule qui permette de construire une vie nouvelle, belle, un avenir enfin ! Et pas simplement une pâle photocopie de votre passé.
Ce que je veux dire par là, et si j'insiste c'est que c'est réellement très important, c'est que si vous faites l'effort (car ce sera vraiment un effort) de vous procurer "Le succès selon Jack" et de le lire, vous découvrirez des perspectives et des possibilités que vous ne pouvez même pas imaginer actuellement.
La plupart des gens ne se rendent absolument pas compte de l'importance des livres dans leur propre vie ; ils ne se rendent pas compte de l'impact que leurs lectures ont eu sur eux.
Moi je m'en rends compte - je m'en rends compte, parce que j'ai changé de lectures, et que ça m'a complètement changé.
Ce qui vous semble un détail (500 pages, 28 euros) peut faire dans votre vie une différence énorme... aussi énorme que celle qu'il existe entre le suicide et le bonheur.
ça vous paraît incroyable?...
Parce que vous n'avez pas encore lu les livres qui sauvent, éclairent, redressent.
On peut passer sa vie à lire des romans de manière boulimique sans jamais feuilleter le genre de livres dont je parle. Il faut y être d'une manière ou d'une autre guidée, car l'inertie et le diable intérieur dont parle Solomon (et qu'il ne déteste pas tant que ça) ne nous laissent pas faire.
Loin de moi l'idée de sous-estimer le coeur... c'est lui qui nous fait vivre et c'est de lui que l'on vit : sans émotion, nous sommes à demi-mort, et lorsqu'il s'arrête de battre, nous le sommes complètement.
Mais la logique - cette faculté mentale - est tout aussi importante.
Et lorsque le coeur entre en conflit avec elle... méfiez-vous du coeur !
On sait depuis longtemps que la dépression s'accompagne de confusion mentale : pensée ralentie et logique défaillante.
Mais est-ce que c'est la dépression qui cause ce manque de logique, ou ce manque de logique qui cause la dépression ?
Les deux.
C'est pour cela que la logique peut être, est dans une certaine mesure, un chemin vers le bonheur (comme le titre de cet article le suggère). Entre la dépression et le bonheur, il y a la logique.
Il n'y a pas qu'elle...
...Mais il y a elle.
Les émotions nous bousculent, nous emportent, nous secouent comme des pruniers, nous désorientent comme des girouettes - la logique, elle, nous équilibre ; grâce à elle, nous pouvons vivre comme ces culbutos qui toujours se relèvent.
Si Edith Piaf avait étudié la logique, elle aurait peut-être vécue un peu plus tranquille (et n'aurait pas chanté moins bien).
Il n'y a rien à perdre dans l'étude de la logique.
Car la logique n'est pas comme les antidépresseurs : elle ne supprime pas les émotions.
Elle exerce seulement un contre-pouvoir qui en modère l'expression et en canalise la force : au lieu de subir des inondations dévastatrices suite à des débordements émotionnels, on construit les digues et les écluses qui rendront le fleuve praticable.
Mais l'effet de la logique ne s'arrête pas là.
Car elle ne permet pas seulement de discipliner ses émotions, elle permet aussi :
1/ de sentir, de vivre, de ressentir sa propre intelligence (sensation délicieuse) ;
2/ de comprendre ce qui se passe en soi et hors de soi.
Le ventre a besoin de nourriture ; la tête aussi. La malbouffe industrielle est aux produits biologiques ce que sont les sophismes aux raisonnements rigoureux. Nourrir sa tête est encore plus important que nourrir son corps : la nourriture du corps nous donne de la force ; la nourriture de la tête nous donne une direction.
Et au lieu de chercher à vous convaincre... Je vais plutôt relire "Principes de logique", tiens !
La logique permet de penser, parler et agir selon les lois de la Sagesse – à laquelle j'accorde une majuscule parce qu’elle la mérite.
C’est du moins ainsi qu’on voyait les choses il y a soixante ans de cela.
Et quoique depuis, la logique d’autrefois ait disparu dans les oubliettes de livres poussiéreux pour renaître sous une forme méconnaissable et très allégée dans des tests et des jeux, que les voitures aient changé mille fois de formes et de couleurs, que les immeubles aient poussé comme des champignons, qu’on ait connu un choc pétrolier et le mazout sur les plages, que la lisière des jupes aient remonté au dessus des genoux et que les pantalons descendent toujours plus bas vers les fesses, qu’Internet ait fait son apparition, quelque chose n’a absolument pas changé : aujourd’hui comme hier ou avant-hier, la logique continue à être une proche cousine de la Sagesse.
En effet la logique n’a pas d’âge ; elle ne connaît pas la mode. Ce qui était logique hier continue à l’être aujourd’hui. La véritable définition de la logique reste donc stable. Elle ne peut changer avec la direction du vent ou le nouveau gouvernement : elle est immuable. Plus immuable encore que les châteaux Cathares, qui défient de leurs vieilles pierres obstinées des flots bariolés de touristes éphémères.
Certains savants fous ont bien tenté de mettre à la mode « la logique floue », concept aussi paradoxal que « la sphère cubique » et « le mammifère ovipare »... mais ça n'y change rien.
Quand bien même leur concept bizarroïde rencontreraient les acclamations de la foule en délire, la logique n’en changerait pas de nature pour autant. Est logique ce qui est clair, rigoureux, cohérent, irréfutable. Autrement dit, est logique ce qui est logique.
Le flou est parfois artistique ; il n'est jamais logique.
Ce sont les personnes calmes et réfléchies qui pratiquent et apprécient le plus la logique. Mais si vous n’appartenez pas encore à cette catégorie des « personnes calmes et réfléchies », rien ne vous empêche d’y entrer : il suffit de cultiver la logique dans votre jardin intérieur…
Votre jardin est déjà ensemencé de graines de logique, car la logique est une faculté innée, que chacun porte en lui à la naissance. Ensuite, la logique se développe et pousse plus ou moins bien, selon la nature du sol, selon la manière dont on s’en occupe, et enfin selon les autres plantes que l’on cultive dans son jardin. Choisissez de soigner votre logique, de l’arroser, de la bichonner, d’arracher toutes les plantes parasites qui pompent sa sève ou lui font de l’ombre, et vous verrez qu’elle se développera avec une vigueur inimaginable en l'état actuel des choses.
La modération, art du juste milieu, permet de raisonner clairement, en toute liberté. Ce précieux équilibre, c’est à la fois la condition et la conséquence d’un esprit logique : pour raisonner logiquement, on a besoin d’une certaine sérénité, mais c’est aussi lorsqu’on raisonne logiquement que l’on acquiert de la pondération.
Le monde extérieur influence toujours notre esprit ; un événement inattendu, la tristesse, la joie, la colère, le désir, le stress, un coup de blues… orientent notre sensibilité, se répercutent sur notre manière d’être et d’agir, troublent notre raisonnement.
La joie pousse à l’irréflexion et à l’imprudence ; la peur aveugle, paralyse, conduit aux actes les plus absurdes et contradictoires ; la colère fait prononcer des paroles et accomplir des actes incontrôlés dont on se repent souvent par la suite. Lorsqu’on se laisse happer par l’envie, la haine, les passions brûlantes, on cesse d’être logique : le jugement est un appareil de mesure délicat que les passions dérèglent.
Dans cet état-là, on ne comprend pas ce qu’est la logique, ni l’intérêt qu’elle présente – et pourtant, on en aurait bien besoin, pour éviter tous les pièges où l’on se rue tête baissée à cause de son impulsivité.
Voilà un livre qui peut vraiment faire une différence dans une vie... Plusieurs de mes élèves l'on lu. Ces élèves-là ont changé d'attitude. Ils sont devenus plus souriants, plus optimistes... une différence extérieure évidente et rapide ; mais c'est au long terme que "Le succès selon Jack" montre ses fruits.
C'est un livre extrêmement riche, collection de recettes éprouvées pour obtenir ce que l'on veut de la vie. Parmi les centaines, les milliers de livres que j'ai lu au cours de mon existence, celui-là est certainement l'un de ceux que je placerais en tête, parmi les meilleurs.
Pas les meilleurs d'un point de vue littéraire - à quoi ça sert ?... - mais les meilleurs du point de vue de l'aide qu'il apporte.
"Le succès selon Jack" de Jack Canfield est un livre utile.
Un livre extrêmement, considérablement, utile.
Toute personne qui a des rêves et qui voudraient les réaliser est concernée par ce livre, et devrait le lire de toute urgence.
Qui connait Principes de logique de Victor Thibaudeau ?
A part ses étudiants, je veux dire ?...
Personne. Et on n'en entendra jamais parler davantage, parce que tout le monde n'a pas intérêt à ce que tout le monde soit intelligent.
"Sois belle et tais toi/sois bête et vote, ou fais du foot..."
Posez des Gestes Hautement Symboliques !
Consommez nos rêves à très bas prix, qualité extra-fin !
Remuez-vous en cadence sur des pistes obscures, déchirées par des lumières artificielles !
Dévalez des pistes noires, rouges ou vertes, couvertes de neige artificielle !
Si vous vous foulez la cheville, ça vous occupera, et si vous ne la foulez pas vous Consommerez !
Vous remuerez !
Car il faut remuer, bouger ! Acheter ! Se remuer pour acheter, et acheter pour se remuer ! L'un ne va pas sans l'autre...
Trémoussez-vous !
Secouez-vous !
Dépensez pour vous trémousser, et trémoussez-vous pour dépenser vos calories excédentaires !
Soyez comme un lièvre lobotomisé, qui ne saurait même plus qu'il y a une course à gagner, et qui sauterait en tous sens sans savoir pourquoi... Mais si, il le sait : il bondit parce qu'il FAUT bondir !
C'est ça le BIEN !
Bougez, bougez, bougez !
Le divertissement est essentiel !
Le corps remue donc - et la tête, elle, posée sagement sur une étagère, accumule les toiles d'araignées.
Votre tête est fragile... ménagez-là.
Ne remuez pas vos neurones en tous sens, on ne sait jamais où elles pourraient vous conduire... méfiez vous de vos questions : ne les touchez pas.
Ne cherchez pas de réponse.
Restez mentalement tranquille.
Inerte.
Vous dites encore que 1 + 1 = 2 ?... En êtes vous bien sur ? Ne soyez pas trop affirmatif... Restez dans la zone que nous avons sécurisé pour vous : mentalement tout va bien, il ne s'y passe rien.
Que du relativisme mou et des énoncés juxtaposés comme ça, à la va comme je te pousse.
Ecoutez le blabla qui endort...
Votre corps remue mais votre tête, elle, somnole...
Entre dans le sommeil paradoxal...
Ne vous débattez pas, c'est pour votre bien : après cette opération, vous n'aurez plus jamais d'angoisse.
Non, ça ne fait pas mal : on ne vous extrait qu'un kist, une tumeur cancéreuse.
Un grose tumeur de matière grise qui occupe tout votre crâne... Vous comprenez l'urgence, n'est-ce pas ?... Si vous aviez attendu davantage pour vous faire soigner, ça en était fait de vous...
Voilà, ça y est...
Vous êtes guéri, vous êtes libéré : on vous a enlevé votre logique.
Pour découvrir l'effet de "Principes de logique" sur celles et ceux qui le lisent...
aller ici :
http://progresserpouravancer.blogspot.com/2008/12/lintelligence.html
Ce n'est pas mon domaine, et en cherchant sur le net on peut trouver toutes les infos nécessaires, mais je voudrais tout de même rappeler 2 points :
- arrêter d'un coup peut être problématique, surtout quand on en prend depuis longtemps (et "longtemps" varie selon les personnes) : une diminution progressive des doses est paraît-il plus facile à supporter ;
- tout sevrage, progressif ou non, est par définition pénible (y compris celui du sucre blanc...)
Voilà... pour prolonger le commentaire d'un lecteur : lorsqu'on garde les yeux constamment fixés sur la dépression, il n'est pas vraiment étonnant qu'on y reste. Solomon a consacré 5 ans de sa vie à écrire son "Diable Intérieur", et au final, il est toujours au même point.
Un passage de son bouquin, très révélateur, montre d'ailleurs que pour lui changement = dégradation.
Voici l'extrait :
"Les voix du passé reviennent comme les voix des morts pour compatir avec nos changements et au passage des ans."
"Compatir avec nos changements" ! Hum !
Autrement dit, tout changement est une dégradation, une perte, un échec ou un deuil ; l'amélioration de soi est un concept qui est totalement inconnu à Solomon...
Je ne dis pas ça pour le casser, juste pour mettre en lumière la personnalité de cet auteur, qui a mine de rien beaucoup d'impact, puisque son livre est considéré comme une référence (cf. les commentaires sur amazon.fr)
Et comme quelqu'un pourrait être tenté de dire : "et vous alors?! Toujours fourrée sur votre blog à parler de dépression ?! Vous êtes dans la même situation que A. Solomon !"
Je réponds à l'avance :
Pas du tout, ça n'a rien à voir...
J'ai commencé à m'intéresser à la dépression au moment précis où elle a cessé de s'intéresser à moi, et je ne m'y suis intéressée que pour aider les gens qui vont mal (ce n'est pas d'ailleurs de l'altruisme au sens désintéressé du terme, car il y a d'innombrables bénéfices à aider les autres).
Si j'ai lu tous les bouquins que j'ai lu sur la dépression, c'est uniquement pour savoir ce qu'ils racontent et pouvoir éventuellement m'inspirer de leur contenu ou y répondre - je n'ai aucune espèce de fascination pour le sujet en tant que tel.
J'ai trouvé malgré tout leur lecture assez démoralisante et attristante ; non pas tant à cause du sujet que de la manière dont il est traité (victimite, symptomite, morbiformation, médicalisation des problèmes existentiels, apologie des "médicaments", des électrochocs, etc.) - j'ai d'ailleurs pour projet, dans un avenir pas trop lointain, d'écrire un livre sur le bonheur... ne serait-ce que pour le plaisir de lire avant tous les bouquins qui ont été écrit sur le sujet, pour changer un peu !
De plus, j'ai ma recette secrète de l'équilibre intérieur à laquelle je fais appel dès que j'ai une baisse de régime ; c'est elle ma force invisible.
Pour revenir à Solomon... son apologie des cachets a quelque chose de pathétique ; elle est une auto-justification un peu trop évidente de son propre choix pas si satisfaisant... voire pas du tout satisfaisant...
Il dit lui-même : "J'ai décidé de ne pas arrêter les médicaments. Je ne suis pas sûr d'être accro mais je suis dépendant". Indépendamment du fait que la différence entre "accro" et "dépendant" est insaisissable, dans la mesure où il est dépendant, ce n'est pas tant lui qui a décidé de ne pas arrêter, que les médicaments qui ont décidé de continuer...
Car si on traduit sa phrase, voilà ce qu'elle signifie :
"J'ai décidé de ne pas arrêter les médicaments parce qu'ils ne veulent pas me laisser arrêter."
Est-ce vraiment ce qu'on appelle une décision ? Oui, mais seulement au sens minimal du terme. C'est une décision dans la mesure où il n'est pas capable d'en prendre une autre... rien de plus.
à la page 154, Solomon se lance dans une justification de la prise des médicaments qui n'est pas piquée des hannetons :
"Prendre des médicaments est une façon de se battre farouchement et les refuser serait aussi stupidement suicidaire que de faire la guerre à cheval au vingt et unième siècle... Ce n'est pas une faiblesse que de prendre des médicaments... c'est au contraire une preuve de courage."
Faut-il avoir la tête à l'envers pour écrire des choses pareilles...
Ce paragraphe est doublement ou triplement faux.
1/D'abord - toutes les études le montre - le choix le plus littéralement suicidaire est celui des "médicaments" : il y a plus de suicides chez ceux qui vont mal et se "soignent" que chez ceux qui vont mal et ne se soignent pas. Oui, c'est bizarre, enfin pas si bizarre quand on connaît les effets des cachets, mais c'est comme ça.
C'est prendre des médicaments qui est (stupidement ou non, à chacun d'en juger) suicidaire, pas s'en abstenir.
2/Dans la mesure où les "médicaments" sont efficaces contre la dépression, ils le sont exactement de la même manière que le cannabis, la morphine, la cocaïne, l'exctasy et le LSD (qui ont tous été, très officiellement, des antidépresseurs, chacun à leur époque, avant d'être rangé parmi les drogues). La phrase de Solomon a donc autant de sens, et le même sens, que celle-ci, aberrante de toute évidence :
"Prendre du LSD/de l'extasy/etc. est une façon de se battre farouchement et refuser d'en prendre serait aussi stupidement suicidaire que de faire la guerre à cheval au vingt et unième siècle... ce n'est pas de la lâcheté, c'est du courage."
3/Enfin, il y a dans la phrase de Solomon tout un monde de sous-entendus sur ce qu'est la dépression et ses rapports avec la modernité. La dépression serait - comme un adversaire à la guerre - capable de se doter d'armes de plus en plus sophistiquées, auxquels il faudrait riposter soi-même par des gadgets toujours plus élaborés. Bref... la dépression, c'est le docteur No : un méchant à la pointe de la technologie. Et nous, James Bond.
Inutile de dire (mais je le dis quand même) que la dépression n'est pas le docteur No, et que pour s'en protéger et s'en défendre, la technologie ne sert strictement à rien.
Enfin si : enregistrer sa propre voix affirmant "tous les jours à tous points de vue je vais de mieux en mieux" et l'écouter en boucle peut faire beaucoup de bien au moral (méthode Coué, ridiculisée mais efficace) et effectivement, pour ça, il faut un magnétophone ou l'équivalent. Mais à part ça, on n'a besoin d'aucune des découvertes récentes de la science. On a seulement besoin d'idées, de livres, d'un peu de volonté... enfin que des vieux trucs intemporels qui existaient déjà bien avant le vingt-et-unième.
Et pour revenir au point de vue de Solomon : qui peut prétendre sérieusement qu'avaler des cachets (ouvrir la bouche, un peu d'eau, gloups) est une activité qui peut être décrite par un groupe nominal tel que "une façon de se battre farouchement" ??
Se battre = échanger des coups.
Farouchement = D'une façon ferme, intransigeante, rude ou brutale.
Où sont les coups échangés? où est la fermeté, l'intransigeance? Les cachets sont et resteront, malgré tous les "progrès" passés, présents et futurs de l'industrie pharmaceutique, la solution de facilité, la solution molle.
Il est plus facile d'anesthésier sa conscience que de s'introspecter ; plus facile de se faire prendre en charge comme un bébé par une ordonnance que de mettre de l'ordre dans sa vie ; plus facile de fuir ses problèmes dans un mieux-être chimique que de leur chercher une solution ; plus facile de modifier son humeur à l'aide de drogues que de la modifier à l'aide de son libre-arbitre ; plus facile de faire confiance au discours officiel sur la dépression que d'apprendre à penser par soi-même, hors des chemins battus... et cette facilité c'est aussi, à long terme, ce qui détruit un être humain de fond en comble, ce qui ne laisse de lui que des ruines.
Le bon chemin monte ; le mauvais descend. Ça a toujours été comme ça et ce sera toujours comme ça : la route du bonheur n'est jamais, jamais celle de la facilité.
Il n'y a qu'à voir la personnalité de Solomon, telle qu'elle se révèle dans son livre, et celle des dépressifs englués dans les cachets, traitements, électrochocs, etc., dont il rapporte les témoignages : l'ensemble est poisseux et pathétique, suinte l'impuissance et la dignité perdue.
Et ce qui est affreux, dans l'histoire, ce n'est pas la souffrance dépressive (humaine, naturelle, compréhensible, logique même si les causes ne sont pas toujours évidentes) mais bien la manière d'y réagir, ce virage mortel sur la gauche qui a été pris et repris à trop de reprises.
Je m'excuse de vous choquer si vous prenez des cachets ; ce n'est pas vous que je juge en tant que personne - d'ailleurs tout le monde peut faire des erreurs, et tout le monde en fait - mais c'est ce choix-là, ce choix de chercher à fuir la vérité de ses sentiments dans des drogues hypocritement légales, qui m'écoeure et me révolte comme une démission de sa condition humaine, un renoncement à ce qui nous fait libre et virtuellement capable de grandes choses.
Au moins, un drogué sait qu'il se drogue ; il sait qu'il fuit ses problèmes dans un paradis artificiel. Mais un dépressif-sous-cachet?... Il peut se mentir à lui-même comme Solomon le fait, se raconter et raconter aux autres qu'en prenant des cachets il se "bat farouchement" et fait preuve de courage...
Cette question du courage, il y a une manière très simple de la résoudre.
Quand on se demande si tel ou tel choix est courageux, ou non, demandons-nous si nous pourrions vraiment le proclamer à la face du monde et en être réellement fier... si la réponse (la réponse honnête, débarrassée de tout faux-semblant) est "oui", alors c'est certainement du courage ; si la réponse est "non", alors ce n'est certainement pas du courage.
Est-ce que quelqu'un - n'importe qui - serait capable d'affirmer d'un ton détendu, et avec une satisfaction authentique et intime et la conscience profonde du courage qu'il lui a fallu pour faire ce choix, qu'il est "sous antidépresseurs" ?... Je ne crois pas.
Si l'idée d'une faiblesse, d'une lâcheté ou d'un échec rôde dans les esprits à cette annonce, ce n'est pas parce qu'un lobby cherche à discréditer les cachets ; au contraire, le lobby pharmaceutique fait tout ce qu'il peut pour leur donner une bonne image - c'est tout simplement parce que le bon sens, la logique et la saine nature nous indique, presque malgré nous, que ce choix-là est un mauvais choix, un choix faible, un choix indigne.
Et en disant ce que je dis là, je suis bien sûre de ne dire rien de plus que ce que votre conscience vous a chuchoté mille fois à l'oreille, que vous l'ayez écoutée ou non.
PS: je félicite tous les lecteurs de ce blog qui ont arrêté les "médicaments", et tous ceux qui s'y décideront un jour.
...que j'ai lus.
Déjà, pour commencer, une précision : le Développement Personnel, c'est la science (ou la méthode, ou la philosophie) de la "bonne vie".
Pas la "bonne vie" qui mène au Paradis après la mort - quoiqu'il y ait beaucoup de points communs, et que les deux se recoupent - la "bonne vie" qui permet de vivre bien sur cette terre.
Le Développement Personnel est le point fort des Américains. C'est grâce au Développement Personnel qu'ils se sont émancipés de l'Angleterre (je pourrai développer, une autre fois peut-être).
...et c'est grâce au Développement Personnel qu'ils sont actuellement les premiers sur la scène mondiale.
Juste pour dire que le DP n'a rien d'un détail !
Si je fais le bilan des livres de DP qui m'ont le plus marqué dans le bon sens, et que j'ai ou ai eu le plus de plaisir et de profit à relire et re-relire j'en trouve 3 :
- Penser pour changer, de John C. Maxwell ;
- Le succès selon Jack, de Jack Canfield ;
- Le succès par la pensée positive, de Clement Stone et Napoleon Hill.
Et je devrais probablement ajouter :
- Triomphez de vos soucis, vivez que Diable ! de Dale Carnegie.
Deux mots sur "Le succès par la pensée positive" (ou constructive, peut-être, ça dépend des traductions)... C'est vraiment un des livres les plus motivants, les plus profondément positifs que j'ai jamais lu. Il est gorgé d'une sagesse pratique, d'un bon sens profond, d'un optimisme équilibré et réaliste qui ne peut faire que du bien...
Et les innombrables histoires vraies dont il regorge sont une source inépuisable d'inspiration.
Pour ce qui est du "Succès selon Jack", l'une de mes élèves m'a confié que c'est grâce à ce livre (que je lui avais conseillé comme je vous le conseille) qu'elle a eu son bac.
En effet, très très malade, elle a eu malgré la force de passer les dernières épreuves, soutenue par l'optimisme Jackien !
En y réfléchissant, je devrais encore allonger la liste...
"La paranoïa se mit de la partie : à chaque fois que mon chien quittait la pièce, je commençais à craindre qu'il ne m'aime plus."
C'est drôle sans être drôle : oui, effectivement, on peut être paranoïaque à ce point-là. On peut éclater en sanglot "parce qu'il n'y avait plus de savon de douche" (p.93).
Mais énumérer tous les prétextes dérisoires d'être malheureux, à quoi ça mène ? à quoi ça rime ?...
C'est ce qu'on appelle "se noyer dans un verre d'eau" ou "faire une montagne d'une taupinière". ça ne signifie qu'une chose : que lorsqu'on rapetisse, les choses les plus minuscules deviennent immenses. Le monde vu par qqn qui est dans cet état-là, c'est l'univers décrit par un lilliputien. Le tout petit est énorme et l'énorme a disparu.
On en revient au rapport Cause/Conséquence.
Lorsqu'on efface, ou qu'on ne voit pas les causes, il ne reste plus que les conséquences qui paraissent mystérieuses, effrayantes.
C'est le principe de la magie : un lapin apparaît sans cause dans un chapeau haut-de-forme... et l'on s'émerveille. Une chauve-souris... et la stupeur le dispute à l'effroi.
S'attarder à décrire ce qui n'est qu'un résultat sans jamais en chercher l'origine, ou sans jamais la trouver (elle est "mystérieuse"), crée une impression de magie, de sortilège et d'impuissance.
C'est arrivé comme ça...
C'est venu d'un coup...
Sans prévenir...
Je ne sais pas ce qui s'est passé...
Un beau matin, je ne pouvais plus me lever...
Solomon est de bonne foi, enfin, il n'est pas de mauvaise foi, mais sa vision de ses propres souffrances est tellement tributaire du discours psychiatrique, que je ne vois pas très bien ce qu'elle peut apporter de plus que le blabla habituel. C'est vrai que son témoignage est authentique, c'est vrai qu'il raconte ce qu'il a vécu sans chichi, mais dans la mesure où il n'a rien compris à ce qu'il a vécu...
Voilà comment il parle de sa mère, et du Prozac qu'elle n'a pas avalé (selon lui, elle a raté quelque chose) :
"Elle faisait preuve d'une discipline personnelle remarquable. Je crois aujourd'hui que sa passion de l'ordre était commandée par la souffrance qu'elle reléguait méticuleusement à l'arrière-plan. [...] Qu'aurait été notre vie si le Prozac avait existé quand j'étais enfant ? [...] j'ai la chance de vivre à une époque où les solutions ont remplacé le combat. La sagesse dont ma mère a fait preuve pour vivre avec ses difficultés s'est révélée en grande partie inutile pour moi et, si elle avait vécu un peu plus longtemps, aurait été inutile pour elle. Cela semble poignant avec le recul."
Avant le Prozac, il fallait combattre la souffrance et faire preuve de sagesse pour y échapper ; depuis le Prozac, on n'a pas besoin de combattre parce qu'on a des "solutions" : Solomon pense que le Prozac remplace la sagesse.
Le courage et l'estomac, le Prozac et la sagesse : comment peut-on les mettre sur le même pied ?
Comment peut-on les considérer comme interchangeables ? Le paragraphe qui précède suffit à décrédibiliser tout le livre (d'ailleurs je ne suis pas sûre de réussir à le lire jusqu'au bout ; son ambiance est lourde, pesante, presque irrespirable).
Solomon croit aux cachets ; il y croit tellement qu'il continue à en prendre et qu'il a écrit Le diable intérieur alors qu'il était toujours sous Prozac - et sous quelques autres "médicaments". Il a pris la route qui mène l'atrophie affective, au ratatinement de soi. Il a traversé les états d'âme les plus douloureux sans renoncer à son orgueil, et continue à croire - il le dit à plusieurs reprises - que c'est cet orgueil qui l'a sauvé.
Sauvé ?
Alors qu'il s'est résigné à se droguer à vie ?
L'orgueil ne sauve de rien. L'orgueil ne protège de rien. L'orgueil ne construit rien. L'orgueil est néfaste! Et si vous en doutez, demandez-vous si vous avez envie de vivre, ou juste de parler, avec quelqu'un d'orgueilleux... vous verrez que la réponse est toujours "non". L'orgueil est ce qu'on appelait avant (à l'époque où l'on avait encore ce genre de catégories mentales) un "défaut".
L'orgueil n'est pas une bouée de sauvetage, c'est la brêche à fond de cale qu'on ne remarque pas, et qui nous précipite plus sûrement au fond que tous les icebergs croisés.
Je répète : l'orgueil est un défaut.
C'est-à-dire la "solution de continuité entre deux choses. Intervalle entre la cuirasse et les autres pièces voisines de l'armure; p. métaph., endroit non protégé, point faible d'une personne, d'un système de pensées."
Et lorsqu'on prend un défaut pour une force... comme Solomon... on n'est pas prêt de le corriger.
D'où les cachets à vie.
J'ai créé une rubrique "conseils de lecture" ; il manquait l'inverse : les lectures déconseillées.
Il y a tant de livres qui, d'une manière directe ou indirecte, brutale ou subtile, cassent le moral... la liste serait trop longue ! Et je ne prétends certainement pas être exhaustive.
Si j'attire l'attention sur eux, c'est qu'un point de vue critique et démystifiant peut aider à s'en distancer.
Car le problème, ce n'est pas tant de lire ces livres, ou de les avoir lus ; le problème, c'est d'y avoir cru et d'y croire encore.
De même que connaître une idée n'a jamais fait de mal (ni de bien) à personne ; c'est le fait d'y adhérer qui nous modifie dans un sens ou dans l'autre.
Ce ne sont pas des "mauvais livres" (mal écrits, pas intéressants) que je déconseille ; ceux-là se déconseillent d'eux-mêmes et il est donc inutile d'en parler ; ce sont de "bons livres" (bien écrits, intéressants) mais qui ont, à long terme, des effets destructeurs sur la personnalité.
[Je me suis enfin procurée "Le Diable Intérieur" - livre que plusieurs considèrent comme la référence sur le sujet de la dépression... Voici mes premières impressions de lecture.]
Andrew Solomon écrit bien, d'une manière agréable à lire, et présente ses idées avec beaucoup de clarté. Rien que par son style vivant et imagé, il sort déjà du lot (tristounet, médiocre et ternasse) des auteurs-qui-ont-écrit-sur-la-dépression.
Je n'ai lu encore qu'une vingtaine de pages du "Diable Intérieur"... donc ce n'est pas une impression globale que je vous propose, plutôt quelques remarques.
Plusieurs points suggèrent que Solomon ne parle pas en tant qu'ex-dépressif, mais plutôt en tant que dépressif-entre-deux-épisodes-dépressifs :
1/IL croit que l'orgueil peut permettre à un individu de se sortir de dépression, alors que quelqu'un dont la personnalité serait plus "douce" n'y résisterait pas.
2/Il est visiblement totalement inconscient du rôle joué par les idées dans la dépression.
3/Il décrit, comme s'il y croyait, la dépression comme une espèce de parasite géant qui réduit à l'impuissance celui qui se retrouve entre ses griffes (ou vrilles) : la dépression apparaît comme "quelque chose de beaucoup plus fort que [lui]", quelque chose qui menace de "pulvériser mon cerveau, mon courage et mon estomac."
Cette dernière image est d'ailleurs intéressante... elle met sur un pied d'égalité deux organes et quelque chose qui est nettement plus abstrait : le courage. C'est un effet de style tout à fait réussi, mais c'est aussi révélateur d'un point de vue qui a ses limites : glisser une ou des qualités morales parmi les organes, ce n'est certainement pas les ranger à leur vraie place.
Vous allez peut-être dire que je chipote...
Mais c'est dans le détail des phrases, dans la manière dont elles sont tournées, qu'une pensée (et ses failles) se révèle. A. Solomon a beau être très intelligent, il est totalement aveugle au monde des idées et des qualités morales, aveugle à leur réalité comme à leur puissance.
Autre citation (assez classique celle-là) : "Lorsqu'on est en état de dépression, toute entreprise, toute émotion, la vie elle-même perdent totalement leur sens."
Cette phrase-là est difficilement contestable, et elle exprime une idée qu'on retrouve un peu partout. Mais que suggère-t-elle ?...
Elle suggère que la dépression est la cause d'une perte de sens.
ça peut avoir l'air évident, ça peut avoir l'air vrai, mais... de mon point de vue du moins... c'est le contraire qui est vrai. Le contraire, c'est-à-dire que c'est la perte de sens qui est à l'origine de la dépression.
Andrew Solomon inverse cause et conséquence : il prend la dépression pour la cause (de la perte de sens, de courage, etc.) alors qu'elle n'en est que la conséquence.
Il n'y a d'ailleurs pas que lui qui fasse cette erreur ; c'est même l'un des malentendus les plus répandus à propos de la dépression.
Ainsi on accuse parfois la dépression d'être à l'origine d'idées noires... alors que ce sont les idées noires qui sont à l'origine de la dépression.
Imaginez qu'on décrive "la faim dans le monde" en disant que non seulement elle rend les gens squelettiques et finit par les tuer, mais qu'elle est aussi la cause d'un terrible manque de nourriture dans la population mondiale : est-ce que ça ferait avancer le chmilbick ? Pas vraiment.
Quand on inverse cause et conséquence, on met son esprit sur des rails qui partent dans la mauvaise direction. Promue au rang de cause, la conséquence prend des proportions nouvelles, telle une grenouille qui aurait réussi à se dilater suffisamment pour se faire passer pour un boeuf : elle cesse d'être un désagrément logique pour devenir une entité mystérieuse et toute-puissante.
C'est ce qui arrive à la dépression vue par A. Solomon.
Lorsque j'en aurai lu davantage, j'en dirai davantage.
[Je classe dès maintenant "Le Diable Intérieur" dans les livres déconseillés : un livre sur la dépression écrit par qqn qui y est encore ne peut pas faire de bien au moral. Même s'il peut donner l'impression fugitive qu'on est "compris", qu'on est "pas tout seul"... au long terme, ça enfonce plus qu'autre chose.]
J'y reviens encore une fois...
Même si on n'est pas d'accord avec le titre de A.B. Curtiss, même si on considère que la dépression n'est pas un choix, il en reste encore de nombreux à faire lorsqu'on se sent mal (voire très mal, voire atteint d'une "dépression clinique" ou d'un "épisode dépressif majeur").
Mais autant la "liberté" est attrayante, autant les choix peuvent être pesants... surtout lorsqu'on n'est pas disposé à faire les bons.
Tout auteur qu'on introduit dans l'intimité de sa conscience est un ami qui va nous influencer dans un sens ou dans un autre. Lorsqu'on en choisit un, lorsqu'on s'y réfère encore et encore, on choisit. On choisit, car dépression clinique ou pas dépression clinique, personne ne nous force à lire et re-lire cet auteur-là précisément. Ce n'est pas la dépression - entité mythique, goule ou sphinx encore jamais rencontré dans la vraie vie - mais nous qui choisissons. Personne ne nous met le couteau sous la gorge en nous disant : "lis!", personne ne nous force.
C'est notre choix.
Choix anodin ?
Sans conséquences ?...
Bien sûr que non !
Des livres aimés peuvent vous envoyer vivre et mourir seul en Alaska... c'est ce qui est arrivé à Christopher McCandless, qui s'est imbibé des livres de Thoreau et London jusqu'à mettre en pratique leurs idées.
Des livres aimés peuvent vous rendre pauvre et misérable...
Des livres aimés peuvent vous rendre riche et influent...
Des livres aimés peuvent vous rendre fou...
Des livres aimés peuvent vous rendre dépressif - ou vous garder dépressif...
Évidemment, il ne s'agit pas des mêmes livres. Mais ils ont tous un point commun : on les lit par choix. On s'y accroche par choix. La génétique, les déséquilibres chimiques, les noms impressionnants dont la psychiatrie décore ses victimes (bipolaire, schizophrène, etc.), tels des sapins de Noël de boules étincelantes, peuvent dissimuler aux regards, mais non effacer cette réalité-là : nous choisissons nos lectures. Nous choisissons la direction de nos vies. Et notre encombrante liberté n'est pas annulée par nos efforts pour la nier.
Lorsqu'on prend un livre (dans la perspective de le lire, et de croire à ce qu'il raconte), on devrait toujours se poser des questions sur son auteur...
Bien sûr, on ne peut pas toujours connaître sa biographie avant de démarrer sa lecture - mais dans l'idéal, ce serait souhaitable.
Car si le livre parle du suicide et que l'auteur s'est suicidé, on aura déjà une petite idée de son angle d'attaque... On saura déjà que le livre en question n'est pas un remède aux pensées suicidaires, car s'il en était un, l'auteur ne serait pas passé à l'acte. Ou si le livre parle d'alcool et que l'auteur est mort d'une cirrhose du foie... etc.
Imaginons par exemple que je veuille aller en Chine ; ce serait une bonne idée de choisir un livre écrit par quelqu'un qui y est allé, et qui raconte son voyage. J'aurai, comme ça, la possibilité de bénéficier de son expérience. D'autres que nous sont passés là où nous voulons aller, et en ont ramené des livres... et la sagesse, c'est de profiter de leurs connaissances.
Mais si je souhaite aller en Chine, pourquoi irais-je lire le journal d'un franc-comtois qui a toujours rêvé d'aller en Chine, mais qui n'a jamais pu réunir les fonds ?... ça ne servirait à rien qu'à me décourager.
Et maintenant, transposons.
Lorsqu'on veut réussir sa vie, et pour commencer retrouver le moral (c'est un bon début), vers quels genres d'auteurs faut-il se tourner ?...
- Vers ceux qui ont toujours été heureux ?
- Vers ceux qui ont toujours été malheureux, et qui le sont restés ?
- Vers ceux qui sont passé de la nuit au jour, de l'anxiété à la paix ?
- Vers ceux qui ont sombré dans la folie et le désespoir, malgré une aurore prometteuse ?
Ces quatre catégories de personnes ont écrit des livres ; et ces livres expriment, reflètent, communiquent les valeurs, principes, idées, croyances, etc., qui ont guidé leurs auteurs ; alors... faisons un choix conscient, ça ne peut pas faire de mal.
Lorsqu'on se tourne vers les auteurs qui ont sombré (Nietzsche, par exemple), on lorgne vers son propre naufrage.
Lorsqu'on se tourne vers les auteurs dont la vie a été belle, on dirige son regard vers le port.
Ce qui serait idiot, serait de prétendre qu'on "veut s'en sortir", qu'on fait "tout ce qu'on peut pour s'en sortir", alors même qu'on ne lit que des auteurs de la deuxième et quatrième catégories. Si on les lit, c'est que consciemment ou inconsciemment, on se les donne comme modèle...
Parmi les auteurs qui ont écrit sur la dépression, on peut distinguer plusieurs types :
- ceux qui en parlent parce qu'ils sont psy (chiatre, logue, chanalyste) ;
- ceux qui en parlent parce qu'ils sont dépressifs ;
- ceux qui en parlent parce qu'ils ont été dépressifs et ne le sont plus du tout.
Ceci dit, il y a des auteurs qui appartiennent à deux catégories à la fois...
De toute évidence, ceux qui sont toujours dépressifs vont dire, suggérer, impliquer ou insinuer que la dépression est une fatalité à laquelle on ne peut se soustraire - car c'est ce qu'ils vivent.
Donc...
Tout dépend du message que vous voulez entendre. Si vous souhaitez être confirmé dans votre impuissance, dans la toute-puissance de la Dépression Majuscule, Grand Mal Mystérieux et Tentaculaire, lisez donc les ouvrages d'auteurs dépressifs.
Et si vous souhaitez être confirmé dans votre optimisme et dans votre espérance... vous savez quoi faire.
[toujours les idées A.B. Curtiss - traduction libre + qq considérations perso]
Le secret de la dépression est un peu comme le secret de la lecture.
Est-ce que ce n'est pas simple et facile quand on sait?... Et est-ce que ça ne semble pas impossible à accomplir à ceux qui sont restés illettrés ?...
Et combien d'entre nous auraient réussi à apprendre à lire tout seuls, sans personne pour nous enseigner ?
Et qui a essayé de nous apprendre à gérer la dépression ?
Pour ceux qui y sont, la dépression est comme vivre sa propre mort.
Un jour - alors que j'étais en proie à un accès dépressif - j'ai décidé de contre-attaquer mentalement, et j'ai découvert que j'avais toujours eu le pouvoir d'échapper à la dépression - mais je n'étais pas au courant.
J'ai découvert que j'avais le choix.
Je n'avais pas à me soumettre comme un mouton à mes sentiments douloureux ; je pouvais me battre contre eux et en triompher !
Dans la santé mentale, le plus important c'est la perception.
C'est notre perception de la dépression qui est le problème, beaucoup plus qu'un faible niveau de sérotonine.
La plupart des gens s'imaginent que la dépression est causée par des processus et des pensées inconscients et qu'on ne peut donc rien y faire ; je pense que c'est faux. Nous devons apprendre à nous servir de notre esprit au lieu de nous prendre pour lui. Nous ne sommes pas notre esprit : nous sommes le capitaine qui doit apprendre à le diriger. Si notre "moi" (nous-même) ne prend pas le contrôle sur notre esprit, notre esprit va nous enterrer sous des pensées négatives et des états émotionnels cataclysmiques.
Oui, c'est vrai : la dépression est quelque chose de puissant et de pénible, et il est facile de se focaliser dessus lorsque nous ne laissons aspirer par la spirale descendante. Mais ce n'est pas obligé. Nous pouvons changer notre manière habituelle de réagir à la dépression (qui est de ne pas y réagir, justement, de nous laisser emporter comme des feuilles mortes par le vent), et de reprendre notre équilibre par un acte de volonté.
Lorsque nous comprenons que nous sommes gravement déprimé, nous pouvons prendre simultanément conscience que nous avons le choix ; il n'est pas nécessaire que nous restions au bord du désespoir. Où se cache le choix ?...
Le choix est caché entre la conscience et l'esprit, entre le début : "je suis" et la suite : "...déprimé".
On doit apprendre à scinder la phrase ; à isoler "je suis". Nous ne sommes pas un attribut du sujet ; nous sommes beaucoup plus que ces choses (la dépression, la colère, etc.)
Au lieu de laisser la dépression s'occuper de nous, nous devons apprendre à nous occuper de la dépression.
Notre être excède toutes les définitions que nous en donnons ; notre être est cet espace de clarté où nous prenons conscience de ce qui nous arrive. Mais nous n'avons pas à nous prendre pour ce qui nous arrive ; un état émotionnel n'est pas une identité - ou du moins, n'a pas à en être une.
Nous avons le choix, parce que nous sommes plus que ce que nous ressentons, plus que ce que nous pensons, plus que ce qui nous arrive.
Et à l'instant T, celui où nous prenons conscience que nous sommes mal, nous pouvons décider de ne pas suivre le courant, de ne pas glisser sur cette pente : halte-là !... Oui, je me sens actuellement mal, mais toujours moi qui décide. Je peux garder la tête froide, rationaliser, poser des actes concrets qui m'éloigneront de ces marécages-là ; ce n'est pas parce qu'ils me tendent les bras que je dois y plonger.
Plus on court, plus il est facile de courir ; plus on déprime, plus il est facile de déprimer.
Le cerveau s'entraîne à faire ce que nous faisons souvent : plus nous déprimons, plus nous lui enseignons à déprimer. Et plus il en prend l'habitude, plus le prétexte qui lui sera nécessaire pour sombrer dans la tristesse sera inconsistant et frivole.
L'habitude est plus que l'habitude : c'est une force puissante qui nous garde là où nous avons passé le plus de temps. Les connexions neuronales du cerveau se câblent en fonction de ce que nous avons fait, appris, pratiqué, etc.
Pour sortir de l'ornière où le cerveau patine (sans avancer), il faut poser des actes tout à fait délibérés, volontaires et volontaristes : car ce n'est pas en se laissant aller à suivre sa pente habituelle qu'on arrivera à sortir de la route trop connue de la dépression coutumière...
Considérez que le malheur est un territoire que vous connaissez bien, trop bien ; la seule manière de le rendre moins familier, c'est de vous familiariser avec un autre pays : celui du bonheur.
De la paix. De la quiétude. Du calme. De la joie. Du plaisir.
Et pour commencer... étudions le vocabulaire du bonheur ; c'est une manière de briser le charme qui nous fait contempler toujours la dépression, la tristesse, l'angoisse, etc. Regardons donc du côté du bonheur : un objectif, c'est ce qu'on a dans son objectif, ce qu'on regarde. Tant qu'on ne regarde que la misère, on ne vise que la misère.
Paix : bienveillance, agrément, permission, tranquillité, concorde.
Quiétude : repos.
Joie : aise, plaisir, volupté, réjouissance, bonheur intense, manifestation d'amour, caresse.
Est-ce que la joie est plus, ou moins réelle que la tristesse ?...
Les deux existent ; et même si on a passé des années à n'explorer qu'un seul côté, l'autre côté existe. Il y a des gens qui sont heureux sans douter qu'ils le méritent, sans douter qu'ils en ont le droit.
C'est une une forme de sagesse : celle de ne pas refuser les innombrables micro-occasions d'être heureux et reconnaissant que la vie présente. Pas besoin de courir pour les trouver : elles sont déjà là. Pour avancer, il faut du carburant : les fragments de joie et de plaisir sont ce carburant. Qui avance dans la souffrance ?... Même ceux qui y arrivent n'y arrivent pas longtemps.
Pensons à ceux qui n'ont pas ce que nous avons - non pour nous culpabiliser ("c'est pas juste ! j'ai trop de chance et je ne sais même pas à en profiter !"), mais pour nous mettre deux secondes à leur place, et réintégrer la nôtre avec soulagement. Privons-nous de boire jusqu'à ce que nous ayons soif : nous découvrirons que nous avons de la chance d'avoir de l'eau en abondance. Privons-nous de nourriture jusqu'à ce que nous ayons faim : nous comprendrons que nous avons de la chance d'avoir de quoi manger.
Vous croyez deux minutes qu'on vous a piqué votre portefeuille : est-ce que, lorsque vous le retrouvez intact au fond de votre sac, vous n'éprouvez pas un soulagement très doux ?... Il ne dure à peine un dixième de seconde, mais on peut le prolonger volontairement en disant :
"Ouf ! J'ai de la chance ! Quel soulagement..."
Insister verbalement et mentalement sur ces petits fragments de bonheur, de soulagement, de chance, c'est un moyen de les cultiver.
Et puis...
J'en ai déjà parlé ailleurs, mais ça fait longtemps...
Il y a le truc ultime, la botte secrète - le moyen imparable pour interrompre d'un coup une rumination morose...
"Si je suis heureuse, ce sera avec lui !... Je ne veux personne d'autre."
Et quand quelqu'un d'autre se radine, la gueule enfarinée, on lui claque la porte au nez - ou alors on l'accepte, pour le bassiner des mérites de l'Autre - l'absent inaccessible, le bien-aimé mal-aimant.
Le bon sens conteste :
"Si tu es heureuse, peu importe avec qui."
"Avec lui ! Avec lui !"
"Peu importe avec qui si tu es heureuse. Tu es bouchée ou quoi ? J'ai dit "heureuse"! Peu importe avec qui tu es heureuse, puisque par définition si tu es heureuse, tu es heureuse. C'est ça le but, tu as oublié ?"
"Avec lui ! Avec lui !"
"Mais lâche-nous un peu... Avec lui ou avec un autre, peu importe ! ou même seule, d'ailleurs, on s'en fout ! L'important c'est : heureuse !"
"Avec lui ou avec personne ! Avec lui ou la mort !"
"Remplace ton "ou" par "c'est" et tu auras décrit parfaitement ta réalité..."
"Hein ?"
"Avec lui c'est avec personne. Avec lui c'est la mort."
L'Amour s'obstine. Il est borné, bouché - mais est-ce vraiment de l'amour ?... ou juste une malédiction, un mauvais sort ?...
"L'être qu'on aime renferme-t-il un démon qui nous domine et nous torture tout le temps que dure l'amour ?" (G. Sand)
C'est bien possible ; car - malgré tout le Romantisme dont notre passion le pare - il n'y a rien de beau, rien de doux, rien de solide dans ce sentiment qui nous dévore comme un feu. Et si nous étions capable d'en retrouver l'origine, d'en déterrer les racines, nous verrions peut-être qu'il puise sa sève dans nos failles, nos faiblesses ; jamais nos forces.
Si nous aimons... c'est parce que le Bien Aimé nous a flatté, nous enguirlandé de mensonges parfumés, de compliments admiratifs, de commentaires si élogieux qu'ils nous ont grisé ; et s'il l'a fait, c'est peut-être seulement parce qu'il a l'habitude de le faire, que c'est une stratégie de survie qu'il a développé en internat, lorsqu'il fallait s'adapter ou mourir, plaire ou devenir bouc-émissaire ;
Si nous aimons... c'est parce que nous sommes du genre "une idole à la fois" - et comme justement, nous n'en avions plus depuis cinq minutes... la place était vacante ;
Si nous aimons... c'est parce que c'est la route étroite qui mène à l'humiliation complète, et qu'il était écrit que nous devions prendre cette route.
Mais voici qu'au quadrant des vies l'aiguille arrive le point où tout change, et la voix solennelle de minuit se fait entendre, vibrant à travers l'espace de la nuit comme la corne de brume d'un paquebot à travers la brume.
Et l'Amour Obstiné se déchire pour une capitulation plus noble ; la créature prend conscience d'en être une.
Dans notre monde, il est si facile de ne pas y penser !... De croire que "demain" sera toujours "demain" et jamais "aujourd'hui". De s'imaginer que l'heure ne viendra jamais ; que la vie se prolongera encore et encore, toujours.
Et puis, un jour, quelqu'un meurt.
Ce n'est pas seulement un mort virtuel au journal de 20 heures, un de ces anonymes qui font chiffre. C'est un ami, un père, une mère. C'est un proche.
Et voilà que la réalité de la mort nous rattrape... c'est la fin de l'insouciance.
Nous étions emmitouflé dans d'orgueilleuses croyances - la mort, c'est le néant ; croire autre chose c'est marcher avec des béquilles - et voilà qu'elles ne peuvent rien pour nous dans ce désarroi qui avance.
Ce n'est pas seulement un moment à traverser ; c'est un océan qui monte, monte, monte... Nous commençons à réfléchir, et quand on commence à réfléchir, on ne peut plus s'arrêter (ou du moins, on ne peut plus s'arrêter sans s'abîmer le cerveau).
Nous commençons à réfléchir, et rien de ce que nous pensons n'est satisfaisant.
Rien n'est logique, rien n'est cohérent.
Si la mort est ce point final, si nous ne serons rien... pourquoi sommes-nous quelque chose ? Et comment imaginer la fin de cette conscience vigilante, avide d'immortalité, qui est "nous" ?
Comment croire à sa disparition ?
Et d'ailleurs... comment croire à son apparition ?...
Car maintenant, cet état de fait que nous prenions pour acquis nous saute à la figure comme problématique : pourquoi existons-nous ? pourquoi sommes nous ? Ce n'est pas plus logique que cette mort programmée, annoncée, qui nous attend. Rien n'est logique dans cette histoire ; rien n'est cohérent.
Si tout va au hasard, pourquoi quelque chose plutôt que rien ?
Pourquoi cet ordre minutieux, cette organisation ?...
Car nous avons suffisamment étudié la biologie et la physique à l'école pour savoir qu'il y a des lois, des mécanismes, des principes. Des pièces d'horlogerie soigneusement agencées dans d'autres.
Mais on nous a montré aussi la photo de nos aïeux - enfin, de nos cousins : une bouille sympathique, ridée et poilue qui certes n'a rien de méchant, mais rien de bien exaltant non plus. Rien de bien motivant...
Un bête hasard nous a fait bêtes ; un hasard mortel nous fera mort ; entre les deux, qui nous a fait intelligent et consciencieux, préoccupé par la liberté, le bien, le mal, le sens de tout ça ?... Personne.
Non, vraiment : rien n'est logique dans cette histoire.
Et la mort - la mort réelle, celle d'un proche - ouvre cette boite de Pandore, cette boite pleine de points d'interrogations agressifs et aiguisés qui nous harcèlent comme des mouches vombrissantes, jusqu'au jour où...
Jusqu'au jour où quoi ?
Où nous la refermeront d'un coup sec - d'un coup de Lexomil ou de Prozac ?
Où nous irons nous déchirer aux ronces à la recherche des réponses ?
Rien n'est facile ; sauf le Pire.
Rien n'est simple ; sauf le Vrai.
Et la route est longue...
Je me rappelle bien de ce qui se passait en moi lorsque, désespérée par le non-amour que m'opposait l'homme de mes rêves, je passais mes jours et mes nuits à sangloter convulsivement.
En fait, mine de rien, j'étais en train de négocier.
Ou plutôt, j'étais en train d'essayer de négocier.
Avec qui ?
à l'époque je n'avais pas de nom à lui donner... La vie, peut-être ! Ou le destin. Cette puissance qui avait décidé de ne pas me donner ce que je voulais, et dont j'étais intimement convaincue d'avoir besoin.
Mais voilà : on ne négocie pas avec le destin.
On ne négocie pas avec ce qui est.
Les larmes, la souffrance, l'angoisse, les "pourquoi, pourquoi ?" les "c'est pas juste!" les Il faut que ça soit comme ça et pas autrement !..." ne servent à rien.
Le chantage au suicide ("si je n'obtiens pas telle ou telle chose, je me tue : avis à Celui Qui Décide!") ne sert à rien non plus.
Le destin n'est pas ému par nos larmes, il continue à se dérouler avec la même sérénité imperturbable, tel un rouleau de papyrus sur une table en marbre... Et toutes nos protestations, tous nos cris, toutes nos angoisses n'en modifient pas une ligne, pas une virgule.
Ce qui ne veut pas dire que nos clameurs de désespoir sont sans conséquences ; elles ont des conséquences - sur nous.
Elles abîment notre estomac, nos yeux, notre foie, notre coeur. Elles nous gangrènent de l'intérieur comme une maladie grave - elles sont pour notre organisme l'équivalent d'une maladie grave.
Comme des enfants qui pleurent pour obtenir de leur papa un bout de gâteau supplémentaire, nous pleurons pour obtenir du destin tel ou tel souhait. Mais ça ne marche pas, et ça nous détruit.
Alors mieux vaut remettre les choses en perspective ; ce malheur implacable dont nous nous croyons victime est peut-être une chance. Oui, une chance.
Si, aujourd'hui, l'homme de mes rêves de cette époque (2005) venait frapper à ma porte pour me déclarer son amour, je ne lui ouvrirais même pas. Quelle catastrophe, s'il avait répondu à ma flamme!... J'aurais tout perdu ; grâce à son non-amour, j'ai tout gagné.
Et c'est le temps, seul, qui nous donne une juste perspective sur ce qui est.
[en réponse à un commentaire de Camille...]
Il y a la dépression classique - celle que rien ne semble justifier - et la "dépression réactionnelle" : celle qui s'explique par des causes évidentes et incontournables.
La mort d'une personne aimée entre de toute évidence dans cette dernière catégorie.
Le discours officiel sur la dépression aimerait bien redéfinir comme pathologique, anormale, cette souffrance-là ; ça lui permettrait d'ouvrir encore un peu l'éventail de ses prescriptions. C'est pourquoi des psychiatres ont récemment décidé que la durée d'un deuil devait être de six mois (ou deux, je ne me souviens plus) : si vous osez dépasser d'une larme cette limite... allez vite chez votre docteur.
L'amour le plus légitime, le plus naturel, se retrouve aussi calibré ; et malheur à celui dont la tendresse excède les mesures réglementaires! Il n'est pas sensible, il n'est pas aimant : il est malade.
Craindre et anticiper le décès d'une personne qu'on aime, c'est simplement faire preuve d'une certaine prévoyance (au sens littéral de "voir à l'avance"). Se faire du mouron, du souci, s'angoisser et s'attrister à cette perspective est naturel.
Ce qui nous rassure sur notre normalité, mais ne nous donne aucune solution quant au mal-être qu'on ressent...
Il faut donc creuser le sujet un peu plus.
Ce qu'on craint dans la mort de quelqu'un qu'on aime, c'est la séparation et la perte (incontestables) mais aussi son caractère définitif.
Autrement dit, lorsqu'on s'angoisse à l'idée que quelqu'un qu'on aime va mourir un de ces jours, on a deux éléments qui se mêlent :
- une certitude, que la mort est irréversible ;
- une croyance, celle qui n'a rien après la mort, ou qu'il n'y aura aucune réunion heureuse dans l'après-mort pour cette personne et nous.
Evidemment, il ne suffirait pas de se répéter par la méthode Coué "après la mort, on ira tous au Paradis" pour que ce soit vrai. Et, sur un sujet pareil comme sur tous les autres, ce dont on a besoin c'est de vérité.
Car il n'y a que les vérités qui rassurent, qu'elles qui apaisent ; les espoirs illusoires ne font que des anesthésies...
A ce propos (non, ce n'est pas une digression), tout laisse à penser que les mensonges ne rendent pas heureux. Bien sûr, quand ils sont peints en rose, ils peuvent susciter pendant un certain temps un certain bien-être, mais ce bien-être-là est toujours hésitant, et bouge dans le coeur sans y trouver de place. Le mensonge ne "colle" pas ; il ne se cale jamais sur les vérités assurées, et l'intervalle de vide impossible à résorber qui l'entoure nous signale toujours que... il y a quelque chose qui cloche.
Alors revenons à l'angoisse, à cette idée que quelqu'un qu'on aime va mourir - que ce soit bientôt ou dans longtemps ne change, au fond, rien à l'affaire.
Il y a plusieurs moyens de s'en débarrasser...
La première est volontariste : elle consiste à se raisonner de façon draconnienne, à se convaincre sur tous les tons que notre broyage de noir ne changera rien à l'affaire ; on ne marchande pas avec le destin : tous nos états d'âme ne retarderont pas d'une heure, pas d'une minute, le décès de ceux qu'on aime - pas plus d'ailleurs que leurs propres angoisses à notre propos ne retarderont l'heure de notre propre mort.
Le destin, la fatalité... tout ce qu'on veut... est déjà écrit ; imaginez qu'il y a quelque part un immense livre, et que sur ce livre, le moindre détail de nos vies ait été déjà mis noir sur blanc il y a des millions d'années, déjà écrit avant le commencement du monde. L'encre a séché depuis longtemps ; ce ne sont pas nos larmes qui vont y changer quoi que ce soit.
Alors pourquoi se créer des angoisses qui abimeront inévitablement notre santé - causons ainsi à d'autres (ceux qui nous aiment) les mêmes angoisses que nous ressentons actuellement ?...
Si on réfléchissait à tout ce que ça représente, d'être malheureux ou angoissé, peut-être qu'on parviendrait à s'interdire de l'être, ou du moins à limiter la durée de ces moments de spleen.
La seconde manière de limiter ses angoisses, c'est de les partager - sans insister lourdement - avec la personne qui nous les fait éprouver.
Communiquer ce que l'on ressent est un des moyens de le dédramatiser, quand on communique avec la bonne personne. Les sentiments que l'on entretient en circuit fermé ont tendance à devenir plus acide, plus douloureux ; les partager à la personne concernée, ou aux personnes concernées, leur ôte un peu de leur piquant.
Enfin... la troisième manière de limiter ses angoisses est de prendre le taureau par les cornes, et de se renseigner sur la mort.
L'intérêt est qu'on ne reste pas passif - ce qui est toujours mauvais ; l'intérêt est aussi qu'on peut avoir une bonne surprise : peut-être que la mort n'est pas un point final, après tout ? Et peut-être aussi qu'il y a "quelque chose" à faire pour l'avenir - celui qui suit la mort ?...
C’est une rumeur qui court : la dépression serait due à un déséquilibre chimique.
Certains prétendent que lorsqu’on a trop de sérotonine dans le cerveau gauche, et pas assez dans le cerveau droit, il est impossible de garder son équilibre quand on marche. D’autre, mieux renseignés, disent que lorsqu’on n’a pas assez de sérotonine dans le lobe préfrontal, l’arrière du crâne est trop lourd par rapport à l’avant et du coup la tête part en arrière. Selon les plus sceptiques, il y aurait une petite balance au milieu du cerveau, juste au dessus de l’hippopotalamus ; cette balance de haute précision pèserait au millième de gramme près la quantité de sérotonine en circulation, et lorsqu’elle décèlerait un déficit dans le stock, elle enverrait un message d’alerte au cerveau (enfin, à une autre partie du cerveau) qui serait interprété de travers par les amygdales qui, du coup, ordonnerait au cerveau de dire à la tête de débuter une dépression.
Bien sûr, le discours officiel a un point de vue plus autorisé que ceux-là sur le sujet. Plus éclairé. Plus crédible. Plus cru.
Pas cru au sens de « non cuit ».
Il n’y a rien de cru dans le discours officiel. Rien de libre, rien de naturel. Tout y est au contraire très très cuit. Non, cru le participe passé de croire : la plupart des gens croient ce que le discours officiel raconte ; ils croient que la dépression a pour cause un déséquilibre chimique.
Or il n’en est rien. Toutes les expériences qui ont été menées pour prouver que la dépression est causée par des altérations neurochimiques se sont conclues par un échec. Et pourtant, ce n’est pas faute d’essayer ; on a commencé à chercher dans cette direction-là dans les années soixante, et depuis, on continue et on continue et on continue. Mais le résultat est toujours le même : rien, nada.
Par contre, ce qu’on sait depuis longtemps et que les dernières découvertes sont venues confirmer, c’est les pensées négatives, les paroles négatives et les expressions faciales négatives déclenchent des changements neurochimiques dans le cerveau - la position du corps et l’intonation de la voix ont un impact, elles aussi.
Ainsi, lorsqu’on « fait la tête », le cerveau se met à sécréter les hormones du stress (cortisol, adrénaline, et noradrénaline) qui elles-mêmes augmentent la pression artérielle et affaiblissent le système immunitaire. Lorsqu’on rumine des pensées négatives, le cerveau réagit tout aussi mal.
Comme de juste, ça marche aussi dans l’autre sens : le fait de sourire, de se tenir droit ou de nourrir délibérément des pensées positives (ou de regarder un film comique, ou de lire un livre optimiste, etc.) influence dans le bon sens la chimie du cerveau.
Toutes ces modifications neurochimiques du cerveau ont ensuite des répercussions sur l’humeur : les hormones du stress, stressent ; les hormones du plaisir, réjouissent.
Que peut-on en déduire ?... Que les modifications et déséquilibres chimiques habituellement blâmés ne sont que des intermédiaires. Ça sera plus clair avec un tableau :
Le discours officiel
sur la dépression
Modifications neurochimiques
↓
Dépression
La réalité
Pensée négatives,
Paroles négatives,
Expressions faciales négatives, Attitude physique négative,
Intonation de voix négative
↓
Modifications neurochimiques
↓
Dépression
Comme on le voit, ce qui est déterminant, ce ne sont pas les modifications neurochimiques, mais les pensées, expressions et attitudes qui les ont déclenchées.
Ce qui ressort des découvertes scientifiques les plus récentes, comme d’ailleurs d’autres moins récentes, c’est que la dépression est, au bout du compte, causée par ce qu’on pense, ce qu’on dit et ce qu’on fait (bouder, se tenir voûté, parler d’une voix mourante, etc.)
Il est donc vain de se focaliser sur les modifications neurochimiques : elles ne sont qu’une conséquence de nos propres choix. Choix inconscients pour la plupart - c’est pour ça qu’ils sont si mauvais - mais qui n’en demeurent pas moins des choix.
Il est tout aussi futile de présenter le manque de dopamine ou n’importe quel autre « déséquilibre chimique » comme une cause de la dépression que d’accuser un verre d’eau d’avoir inondé la nappe… quand c’est nous qui l’avons renversé.
Le discours officiel s’acharne pourtant à montrer du doigt le méchant cerveau et sa chimie défaillante, en dépit de ce qu’a démontré la science. C’est, au minimum, un mensonge par omission, puisque ainsi le véritable responsable (nous-même) est occulté.
Chaque fois - enfin, souvent - que quelqu'un qui déprime apprend que je suis une EX-dépressive, il ou elle me demande si j'ai eu un "déclic" ou quel a été le "déclic"...
Ce fameux déclic, il en aussi question devant les écoles ; quand des parents sont anxieux de voir que leur rejeton ne sait toujours pas lire (il est au CP et on est au milieu de l'année) le professeur des écoles les rassurent en leur disant : "ne vous en faites pas, il va avoir le déclic..."
Mais c'est quoi, un déclic ?
Selon le dico,
- Mécanisme disposé pour faire cesser, à un moment donné, la solidarité qui existe entre deux pièces d'une même machine.
- Bruit provoqué par le fonctionnement de ce mécanisme : Le déclic d'un appareil photographique.
- Ce qui provoque une réaction intellectuelle, psychologique ; moment où elle se fait : Il s'est produit un déclic, il a trouvé la solution du problème.
Notez le vocabulaire : "provoque" et "réaction". Lorsqu'on a un déclic, on réagit à quelque chose, comme un appareil photographique qui réagit sous le doigt de son utilisateur en faisant "clic".
Je ne sais pas si vous voyez ce qu'il y a de gênant là-dedans...
Attendre ou espérer le "déclic", c'est attendre que quelque chose vienne de l'extérieur et nous pousse, nous enclenche. La notion même de "déclic" suppose une conception mécaniste et passive de l'Homme, machine dotée de boutons sur lesquels le monde extérieur appuierait.
Un déclic, c'est le contraire d'une décision.
Il n'y a pas de déclic.
Personne ne peut nous forcer à comprendre, à prendre des décisions intelligentes, à revendiquer notre existence. Rien ne va, de l'extérieur, changer ce qu'il y a en nous-même ; il n'y a que nous qui ayons ce pouvoir.
Le changement commence à l'intérieur, dans l'invisible ; il commence par des prises de conscience et des décisions. Pour que que quelque chose change pour le mieux dans une existence, il faut que la personne en question le veuille, le décide, s'engage activement dans un processus de transformation.
Attendre ou espérer le déclic, c'est attendre les poules à dents de sabre de la Saint Glin-Glin.
Les coachs ne sont pas sensés s'occuper des gens malheureux sans raison apparente (les "dépressifs") mais plutôt des ingénieurs, sportifs, etc., des gens qui ont déjà des objectifs clairs et qui veulent seulement qu'on les aide à les atteindre.
Les coachs sont imbibés de développement personnel - c'est leur formation.
Les coachs donc n'ont rien à voir avec des psychiatres...
Et c'est précisément pour ça qu'ils peuvent être utiles.
Rationnels et tournés par la réalité et l'obtention de résultat concret, ils peuvent aider qqn qui se noie dans son mal-être à reprendre pied sur la rive du réel, à se poser quelques questions précises et concrètes, telles que :
- qu'est-ce que je veux ?
- pour moi, le bonheur, concrètement, c'est quoi ?
- qu'est-ce que j'espère ?
- que faudrait-il que je change, et comment, pour obtenir ce que je veux ?
etc.
Bien sûr, ils parlent un langage qui est totalement étranger aux gens-qui-se-noient ; un langage où l'efficacité, les résultats, les objectifs, etc., ont une place. Mais c'est tout l'intérêt : apprendre cette langue, regarder sa vie sous cet angle, c'est changer de perspective, c'est s'ouvrir à une vision plus terre-à-terre et plus constructive de soi et du monde.
Et les étapes nombreuses.
Nourrissez votre esprit de ce à quoi vous voulez tendre ; c'est une manière de préparer l'avenir.
Ne lisez pas trop sur la dépression (ça déprimerait n'importe qui), lisez plutôt sur le bonheur, la manière d'atteindre ses objectifs, etc.
[J'ai déjà cité les rares livres consacrés à la dépression qui font du bien au moral]
Parmi les lectures qui aident à se construire, il y a...
- Principes de logique, de Victor Thibaudeau
- Le succès selon Jack, de Jack Canfield (excellent! à lire et relire et rerelire)
- Pensez pour changer, de John C. Maxwell
Bon je vais m'arrêter là, même s'il y en a beaucoup d'autres.
Pourquoi est-il important de lire ce genre de livres ?
Parce que le fait même de choisir de les lire imprime à votre trajectoire de vie un virage significatif dans le bon sens. Rien de spectaculaire, mais c'est votre avenir qui s'en trouve invisiblement modifié.
Si vous persistez, si vous lisez d'autres livres du même genre, vous confirmez ce virage. Si vous appliquez certains des conseils contenus dans ces livres, si vous les mettez en pratique (même si ce n'est que très partiellement), la modification que vous imprimez à votre existence devient visible.
Comprenez que tout commence dans l'invisible.
Tout commence dans votre tête.
Tout commence par vos décisions.
Et... tiens... voilà l'idée que je cherchais qui revient.
Je change de sujet pour l'attraper au vol, avant qu'elle ne reparte encore.
Lorsqu'une idée noire se présente à nous, elle n'est encore qu'une fiction.
(je ne parle pas des vérités indiscutables telles que : "je vais mourir un jour", mais des idées noires discutables telles que : "ce n'est pas juste" ou "c'est la faute de...")
Rien ne nous oblige à croire en elle.
Si nous lui faisons confiance, elle va prendre petit à petit de l'épaisseur, de la consistance, jusqu'à prendre vie. Mais cette créature de ténèbre, c'est notre oeuvre.
Nous disons : "c'est bien ce que je pensais..."
Il faudrait plutôt dire : "c'est bien parce que je l'ai pensé..."
Exemple.
Si je m'imagine que la vie est une tragédie, et que je repousse cette idée comme un fruit maladif de mon imagination, ma vie ne sera pas une tragédie, quand bien même elle serait émaillée d'épreuves. Elle sera un test.
Si je m'imagine que la vie est une tragédie, et que j'y crois, petit à petit ma vie va devenir une vraie tragédie.
Notre attitude mentale est ce que nous devons surveiller de plus près ; car c'est elle qui a le pouvoir de rendre réelles des croyances qui ne sont d'abord que des fictions.
Croire à sa malchance, c'est créer son malheur.
Croire à l'injustice de la vie, c'est se créer un statut de victime.
Méfions-nous des images et des idées qui nous viennent à l'esprit ; personne ne nous oblige à y croire.
Lorsqu'on croit que le malheur est déjà chez nous, et qu'il y restera toujours, on invite le malheur (qui n'étais pas encore entré) à s'installer chez nous pour un long bail.
Autrement dit, croire que les choses sont déjà - et horriblement - ainsi, c'est commencer à rendre les choses ainsi. Notre erreur, c'est de confondre l'effet et la cause : nous croyons que nous pensons que tout est foutu parce que tout est foutu, alors que tout est foutu parce que nous pensons que tout est foutu.
Nous croyons que la réalité a précédé l'image, alors que c'est l'image qui a précédé la réalité.
Nous agissons négativement sur le monde et sur nous-mêmes alors que nous croyons seulement réagir à ce qui est.
Nous projetons des croyances sur le monde, puis nous prenons ces croyances pour la réalité, et enfin nous changeons ces croyances en réalité.
Un bon exemple de cela est le paranoïaque.
Il croit que tout le monde lui est hostile ; il ne sourit pas à ceux qu'il considère comme des ennemis ; les gens finissent par ne plus le blairer ; tout le monde lui devient hostile.
Nous fonctionnons tous un peu comme lui. Le mauvais film qui nous traverse la tête, nous le croyons réel - jusqu'à ce qu'il le devienne.
Méfions-nous de nos pensées, de nos idées ; si nous nous y fions, nous risquons fort de les rendre réelles.
J'avais une idée importante et voilà que je ne la retrouve plus...
En attendant qu'elle revienne, voici quelques considérations désordonnées sur le malheur et le bonheur.
"Il n'est pas bon d'être malheureux, mais il est bon de l'avoir été" : qu'est-ce que ça veut dire?... Que la souffrance nous apprend des choses - à condition de faire l'effort d'en sortir.
La souffrance morale est comme un adversaire coriace ; si nous arrivons à en triompher, nous serons fort. Si nous refusons la lutte, nous serons faible. Et si nous acceptons la lutte et que l'adversaire nous met au tapis, c'est que le combat n'est pas fini. Nous ne pouvons pas devenir fort par un autre moyen que par cette lutte.
L'identité est un refuge illusoire ; se raconter qu'on est né comme ça, que c'est notre personnalité... (mélancolique) c'est simplement pérenniser un mauvais choix.
Nous sommes la somme de nos choix.
Nous ne sommes responsables que de nos choix.
Mais nous sommes responsables de tous nos choix.
Deux erreurs : croire que nous pouvons choisir ce que nous ne pouvons pas choisir (de se réincarner par exemple) et croire que nous ne pouvons pas choisir ce que nous pouvons choisir.
L'Humanité dans son ensemble s'illusionne en sous-estimant sa part de liberté... sa part de responsabilité. Les deux se confondent.
On dort au volant ; on se laisse porter par les événements au lieu de diriger son existence.
On ne se demande pas assez : "qu'est-ce que je veux ?... Qu'est-ce que je veux vraiment ?"
Il faudrait se poser la question tous les matins ; et ne pas répondre par un caprice ("j'ai envie de...") mais par une volonté, toujours la même ou presque.
Avant d'être une qualité morale, l'altruisme est une qualité intellectuelle.
Il faut voir les autres avant de les aider, les aimer ; les voir non plus seulement en fonction de soi (que peuvent-ils m'apporter ? en quoi ont-ils le pouvoir de me faire du bien... ou du mal ?) mais aussi en fonction d'eux-mêmes : que vivent-ils ?... Qu'espèrent-ils ?
S'imaginer à leur place, dans leurs chaussures - sans oublier qu'on existe aussi, être séparé et distinct. Sympathiser sans se fondre.
Bref: embrasser la vision générale, celle qui nous englobe nous et qui les englobe eux.
Cette vision est libératrice ; la souffrance est égoïste, l'égoïsme est douloureux.
En remplaçant l'obsédant "et moi ?" par un "et eux ?", on ouvre une porte qui renouvelle l'air que nous respirons. Et c'est nous qui sommes les premiers bénéficiaires.
Derrière votre écran, avec peut-être un verre de quelque chose sur votre bureau, vous lisez ces lignes. Je ne vous connais pas, mais il y a une chose dont je peux être sûre : vous existez autant que j'existe. Vos espoirs, vos souvenirs ont autant de réalité que mes espoirs, que mes souvenirs. Votre vie est importante ; et si vous êtes malheureux, si vous souffrez, ce n'est pas un détail.
Chacun d'entre nous est pris dans un réseau complexe dont il n'a qu'une idée très limitée ; réseau de faits, d'événements, de causes et d'effets, de gens. Nos mauvais choix comme nos bons choix se répercutent comme des ondes de choc sur une eau tranquille, en cercles toujours plus larges.
Le bien que vous arrive ne vous arrive pas par hasard ; le mal non plus.
Et ce qui nous semble un mal, dans une vision plus vaste, plus panoramique, en serait-il encore un ?...
C'est à cette vision qu'il faut s'accrocher quand ça va mal ; ou du moins à la certitude qu'une telle vision existe - que, si l'on savait davantage, que si l'on comprenait davantage, on dirait : "Oui. C'est bien."
Voilà une échelle intéressante (elle est de Marci Shimoff) :
1.Heureux pour de mauvaises raisons ; 2.Heureux pour de bonnes raisons ; 3.Heureux sans raison.
A gauche, vous avez le bonheur qu'on s'achète à un prix trop élevé : drogue, cigarette, orgie de nourriture ou de télé.
Au milieu, vous avez le bonheur raisonnable : heureux parce qu'on gagne bien sa vie, heureux parce qu'on est en vacances, etc.
A droite, vous avez le vrai bonheur : un état intérieur qui n'a pas besoin de justification extérieure pour fleurir, un contentement vraiment intime.
Voici une autre échelle :
1.Anesthésie artificielle ; 2. malheur naturel ; 3.bonheur réel.
Au milieu, vous avez la dépression sauvage : un état d'angoisse et de souffrance qui ne doit rien au discours obsédant sur la dépression, rien aux considérations des psychiatres, rien à leurs diagnostics, symptômes, etc.
A gauche, vous avez le faux bonheur qu'ils proposent : une anesthésie chimique de tous les sentiments par le biais d'antidépresseurs et autres cachetons mauvais pour le cerveau et le reste.
A droite, vous avez le bonheur réel, qui se conquiert de haute lutte sur le malheur.
Lorsque, étant au milieu, on choisit le chemin de gauche, celui de l'anesthésie, on s'éloigne du bonheur réel.
Les gens heureux ne sont pas ceux qui ont choisi l'amputation affective (les cachets) mais ceux qui ont pris le parti de se colleter avec leurs sentiments négatifs.
Ils ont compris que c'étaient eux qui se rendaient malheureux - et qu'ils avaient le pouvoir de se rendre heureux comme ils avaient eu le pouvoir de se désespérer.
Ils ont choisi (c'est un choix) de voir le verre à moitié plein, de croire que ce qui leur semblait un malheur absolu pourrait bien se révéler, par la suite, une chance, et qu'il y a au-dessus eux une Providence qui organise les choses au mieux,l'essentiel étant de lui faire confiance.
Un être humain complet n'est pas un être humain qui s'est amputé de ses émotions sous prétexte qu'elles lui font mal - décision aussi absurde que celle de s'amputer de la main droite sous prétexte qu'elle est blessée.
Perdre, par la consommation de produits chimiques, la capacité à être malheureux, ce n'est pas seulement perdre cela, c'est aussi perdre :
- la compassion qui est étroitement liée à la capacité à être malheureux. Ne comptez pas sur la sympathie d'un ami shooté aux antidépresseurs, il n'en a plus à donner.
- la capacité à être naturellement heureux, amoureux, etc. (ce sont toutes les émotions qui sont bloquées par les antidépresseurs, et pas seulement les émotions négatives... les seuls sentiments "positifs" qui surnagent sont ceux causés par la drogue.)
- une partie de ses facultés intellectuelles et décisionnelles, car raison et volonté sont étroitement liés aux émotions, comme les neurologues l'ont montré. Sous antidépresseurs, les choix que l'on fait sont moins bons, car on n'a plus les émotions et les sensations physiques qui nous guideraient dans nos choix si nous étions dans un état normal.
Ce qui fait de la condition humaine un défi et une occasion sans cesse renouvelée de s'améliorer, c'est la puissance des émotions que l'on ressent, ainsi que la difficulté - mais non l'impossibilité - de les contrôler par la raison.
Les émotions nous poussent et nous tirent ; elles nous donnent du feu, de la vitalité. La raison est, dans l'idéal, le conducteur du char. Si elle parvient à maîtriser et diriger les émotions, chevaux fougueux, rien ne l'empêche d'atteindre ses objectifs.
Mais ces chevaux impulsifs sont aussi intuitifs : ils voient ce que le conducteur du char ne voient pas, et par leurs écarts, le sauvent bien souvent de la chute. C'est la collaboration harmonieuse du maître (la raison) et des serviteurs (les émotions) qui assure la bonne marche de l'équipage.
Notre civilisation émotionnelle, antirationnelle, voudrait que le conducteur du char renonce à le conduire, qu'il se laisse traîner à hue et à dia par des chevaux dont l'un tire à gauche et l'autre tire à droite, quand le troisième veut juste brouter l'herbe là où il est.
Et lorsque le résultat est pitoyable - il l'est forcément -, voilà la société qui nous agite sous le nez ses petits cachets roses et bleus : "ça ne marche pas ?... Alors voilà la solution !"
Si nous les prenons, les chevaux s'arrêtent net. Le conducteur lui-même perd toute motivation pour avancer. Qu'avons-nous gagné ?... Rien. Qu'avons-nous perdu ? toutes nos émotions et une bonne partie de notre raison.
Un être humain complet n'est pas un être humain dont l'humanité a été chimiquement anesthésiée ; un être humain complet n'est pas non plus la marionnette hystérique de ses moindres passions et de tous ses caprices ; un être humain complet est un être chez qui les émotions sont puissantes, et la raison encore plus puissante.
Ce qui amène à une troisième échelle :
1.émotions ; 2.raison ; 3.principes
Si on garde les émotions en bas, la raison au milieu et les principes en haut, on peut réussir sa vie, ou une partie de sa vie.
La raison contrôle les émotions ; les principes orientent la raison.
Mais de nos jours, c'est : émotions en haut ; raison en bas ; principes aux abonnés absents.
Petit résumé des idées du livre... (quelques unes des miennes s'y mêlent certainement).
Chaque fois qu'on est malheureux, il y a derrière ce sentiment un discours, une histoire, une croyance, une idée, un mot.
Même si c'est à un niveau assez refoulé, on se dit presque toujours : "je souffre... parce que... (quelque chose)"
La justification qui suit le "parce que" nous permet de légitimer à nos propres yeux notre mal-être ; elle en est l'excuse.
Les raisons sont infinies ; ça va d'une catastrophe à venir à une catastrophe passée, en passant par la liste de tout ce qu'on n'est pas, ou n'a pas, ou de ce qu'on est, ce qu'on a.
"Je suis malheureux... parce que je suis célibataire."
"Je suis malheureux... parce que je suis marié et que je n'ai plus ma liberté de célibataire."
"Je suis malheureux... parce que je suis pauvre."
"Je suis malheureux... parce que je suis riche alors que tant de gens bien sont pauvres, et que je ne mérite pas cette chance."
Etc.
La dépression fonctionne comme une justification au carré ; elle est la justification suprême :
"Je suis malheureux... parce que je suis dépressif."
Ce qui a autant de sens que :
"Je suis malheureux... parce que je suis malheureux."
Mais dans notre société imbibée (pour le pire beaucoup plus que pour le meilleur) de psychologie, le mot "dépression" fonctionne comme l'Excuse Absolue. Grâce à ce mot - car ce n'est qu'un mot - on peut se débarrasser de l'encombrante responsabilité de ses états d'âme, évacuer son libre-arbitre, faire l'impasse sur notre self-contrôle.
- Mais, dites-vous, je ne choisis pas d'être déprimé ! ça m'arrive !
Certes, certes.
Mais qui choisis de parler d'une petite voix mourante ? qui choisis de se plaindre ? qui choisis de rester au lit dans le noir pendant toute la journée ? qui choisis de se considérer comme une victime ?
C'est vous.
Les idées noires arrivent, c'est vrai. Est-ce une raison pour les nourrir et les loger à l'oeil ?
Derrière chaque morosité il y a une histoire - une histoire qu'on se raconte. Le choix intervient lorsqu'on décide de croire à cette histoire - ou qu'on décide de la mettre en doute.
Deux loups se combattent en chaque être humain ; le premier est haine, tristesse, colère, jalousie, rancoeur, découragement ; le deuxième est courage, amour, humilité, gratitude, générosité ; lequel gagnera ?... Celui que tu nourris.
Cette parabole m'a rasséréné il y a de cela quelques années, lorsque j'étais au plus mal ; je la trouve toujours aussi pertinente. Elle a le mérite de mettre en lumière le choix que nous avons, en ce qui concerne les émotions comme en ce qui concerne le reste.
Pas celui de choisir quelle pensée nous arrive (par définition, si elle nous arrive c'est que nous ne la choisissons pas) mais celui de choisir quelle pensée nous gardons, quelle pensée nous entretenons, cultivons, soignons avec amour - et quelle pensée nous arrachons sans pitié de notre jardin mental.
Je reviens au livre.
L'auteur insiste beaucoup sur l'idéologie malsaine dont notre société est le vecteur... individualisme effréné, quête d'un bonheur égoïste, expression incontrôlée des émotions, etc.
Elle oppose avant (disons, les années 50) et aujourd'hui.
Avant, les gens avaient pour ambition d'être de bons père/mère/voisin/employé/patron/fils/fille/etc., bref ils s'investissaient dans leurs relations avec autrui, cherchant à donner le meilleur d'eux-mêmes aux autres, mettant leur amour-propre à assumer du mieux possible leurs responsabilités.
Aujourd'hui, les gens ont pour ambition d'être HEUREUX, d'être eux-mêmes, de vivre pleinement leur vie... autant d'objectifs dont les autres sont cruellement absents. Ces nouveaux objectifs détournent les gens de leurs responsabilités réelles, qui ne se sont pas évaporées pour autant.
Car - et c'est l'une des idées fortes du livre - si nous ne sommes pas, disons, de "bons voisins", que seront-nous ?...
De mauvais voisins.
C'est un point important, et délicat à saisir.
Aujourd'hui comme dans les années 50, nous sommes en contact avec les autres et nous avons des responsabilités vis à vis d'eux.
Les parents ont toujours les mêmes responsabilités vis-à-vis de leurs enfants et les enfants vis-à-vis de leurs parents.
Ce qui a changé, ce ne sont pas les responsabilités, c'est seulement la vision que nous en avons.
Elle était nette et complète, elle est devenue floue et fragmentaire - car notre attention n'est plus focalisée sur notre rôle (dans la société, la famille, bref notre utilité vis-à-vis des autres) mais sur cette quête présentée comme valable d'un bonheur totalement égocentré.
Comme nous ne voyons plus, ou nous voyons mal, nos responsabilités, nous ne les assumons plus, ou nous les assumons mal. Et comme ces responsabilités demeurent, cela fait de nous des "mauvais" quelque chose : mauvais parent, mauvais enfant, mauvais employé, etc.
La société actuelle est une matrice à dépressions, et elle l'est par son idéologie.
Les "valeurs" qu'elle promeut sont des ferments de désespoir.
D'abord parce que notre vrai bonheur est étroitement lié à celui des autres, et que donc chercher exclusivement son bonheur à soi, c'est se condamner à ne pas le trouver, ensuite parce que la société actuelle valorise les émotions au détriment de la raison.
Ceci est un point important.
Placer les émotions (et leur expression) au dessus de la raison est un choix romantique - pas au sens "diner au chandelle", au sens "le mouvement romantique" - et les Romantiques étaient bien connus pour leurs tendances suicidaires.
En effet, ce qui permet de faire le tri entre les émotions négatives et les bonnes, c'est la raison ; lorsqu'on renonce à se servir de sa raison pour les discriminer, c'est comme lorsqu'on renonce à s'occuper de son jardin : ce ne sont pas les arbres fruitiers qui se mettent à pulluler, ce sont les ronces.
Les sentiment négatifs sont des sentiments forts ; lorsqu'on laisse libre court à toutes ses émotions, ce sont les émotions négatives qui triomphent, pas la joie.
Inversement, placer la raison au dessus de ses émotions, c'est-à-dire chercher à garder toujours une attitude rationnelle malgré les tourbillons émotionnels que l'on peut traverser, chercher aussi à distinguer les sentiments que nous voulons conserver de ceux dont nous voulons nous débarrasser, c'est se garantir un certain équilibre affectif.
Le bonheur nous arrive-t-il, comme la pluie ou le soleil ?...
Ou le choisissons-nous ?
ça dépend du bonheur.
Un certain genre de bonheur nous arrive ; un autre genre du bonheur est le résultat d'un choix - notre choix.
Allez... les chiffres font toujours plus sérieux (même s'ils sont bricolés à la maison)... Disons que 5 % du bonheur global nous arrive de l'extérieur, sans qu'on y soit pour rien, et que 95 % du bonheur global est choisi, cherché, voulu par ceux/celles qui s'en saisissent.
Un petit exemple personnel datant d'il y a quelques heures à peine.
Ma maman a mal au genoux ; elle est fatiguée. Bon, jusque là, ce n'est pas une tragédie - mais en y réfléchissant, il y a derrière ces symptômes de quoi se déprimer...
D'habitude, elle est en forme ; peut-être que c'est un signe que le temps passe pour elle comme pour tout le monde ? Ce qui n'aurait rien d'une révélation fracassante, après tout, tout le monde vieillit, tout le monde meurt. Mais bon. C'est ma maman !
Une angoisse sourde croît, monte ; un désaveu du destin, de la fatalité ; un refus de ce qui (inéluctablement) sera.
Whaou ! Relisez la phrase précédente, on dirait que ça sort d'un bouquin du dix-neuvième siècle. Mais je continue...
Etant anxieuse, je ne peux plus travailler.
Etant anxieuse, je commence à trouver que mon mari a tort de... ne devrait pas... devrait... etc.
Etant anxieuse, je propage mon mal-être autour de moi.
Bon.
Mais - comme tout le monde - je suis un être libre. J'ai le choix.
Alors quand mon mari me propose de regarder un film comique, j'accepte. Je serais c... de refuser. Et ensuite, j'ouvre le livre que je n'ai pas encore ouvert : "Happy for no Reason - 7 steps to Being Happy from the Inside Out".
"Heureux sans raison - 7 étapes pour devenir heureux de l'intérieur à l'extérieur"
Ce n'est pas beaucoup, mais ça suffit.
Deux petits choix pour corriger une mauvaise direction mentale...
C’est dans le contexte de la médicalisation de l’existence à des fins mercantiles que s’inscrit le discours officiel sur la dépression.
Ce qu’on appelait avant tristesse, mélancolie, problème existentiel, errance spirituelle, questionnement, inquiétude, angoisse métaphysique, chagrin, deuil, maussaderie, pessimisme, peur de la mort, désespoir, fatalisme, misanthropie, sensibilité, malheur, crise, épreuve, etc., a été rassemblé et morbiformé [modelé en forme de maladie] en une maladie portant le nom de dépression.
Et c’est cette dépression qui protège de son corps gigantesque toutes les petites molécules chimiques qui se cachent derrière elle.
La "dépression" est le fruit d’une vaste campagne publicitaire s’étalant sur des dizaines années. Cette créature a été créée de toutes pièces par les docteurs Frankenstein de l’industrie pharmaceutique ; grâce à elle, des millions leur affluent dans les poches.
Dans le jardin fertile de la dépression, le blabla psychiatrique pousse à foison ; ses fleurs blanches ressemblent à s’y méprendre à de petites blouses de médecin, mais lorsqu’on les examine de près, on s’aperçoit que leur tissu est végétal : un leurre pour insectes patraques. Ce discours n’est pas scientifique (sauf sur les bords ou en surface) et il n’est pas non plus médical.
S’il se rattache à un genre, c’est à celui du publi-reportage : sous un emballage à l’air objectif, de la réclame.
Ou n'importe quelle autre mauvaise habitude...
Voici ma méthode - elle marche (sous certaines conditions).
Définissez précisément votre mauvaise habitude. Exemple : vous mangez trop de sucreries.
Maintenant, ouvrez Google et tapez "Sucre + danger" ; lisez tout ce que vous trouvez. Puis cherchez "sucre + mort" ; lisez tout ce que vous trouvez. Puis : "sucre + santé", "sucre + maladie", "sucre + cancer", etc.
Normalement, chaque recherche vous donne d'autres pistes.
Quand vous avez tout lu, faites-vous un document de quelques pages qui résume tous les inconvénients, toutes les conséquences négatives de votre mauvaise habitude.
Pourquoi ça marche ?...
Parce qu'il y a une différence entre une connaissance vague, telle que "fumer est mauvais pour la santé", et une connaissance détaillée et précise de la composition réelle des cigarettes, de tous les effets du tabac sur les poumons, sur d'autres organes, etc. Si vous connaissez en détails tout ce qu'il y a à connaître sur les méfaits de la cigarette, vous ne la verrez plus du même oeil.
Celle que vous considériez comme un soutien vous apparaîtra soudain comme une sale petite empoisonneuse qui ne vous veut que du mal, sous son air gentil.
La seule difficulté de cette méthode, c'est que lorsqu'on est dépendant à telle ou telle mauvaise habitude, on ne veut tout simplement pas savoir les détails de ses conséquences. On raisonne à l'envers, en partant du principe que rien ne nous fera décrocher, donc qu'il est inutile de nous "faire peur" en nous renseignant davantage - mais c'est l'inverse : on ne décroche pas parce qu'on ne se renseigne pas.
Alors un peu de courage... il en faut toujours pour regarder la vérité en face, mais c'est un exercice libérateur.
Les gens courent après ce qui correspond à leur définition personnelle du bonheur.
Pour certains, ce sera une belle maison ; pour d’autres, beaucoup d’argent ; pour d’autres, la gloire ou du moins, une solide réputation dans leur quartier ; pour d’autres, la fête avec des amis ; pour d’autres, des vacances en Martinique ; pour d’autres, changer de métier…
Si, par chance ou malchance, ils parviennent à attraper le lièvre qui les fait courir, la forme adorable de leur rêve se dissout tout de suite entre leurs doigts comme un peu d’écume… Déçus, ils s’aperçoivent que ce n’était pas ce qu’ils imaginaient ; ce n’est pas ce bonheur qu’ils s’en promettaient. Aussitôt, ils repartent en chasse après une nouvelle proie. Leur déception ne les a pas rendu plus sages ; ils s’imaginent toujours que le bonheur est dans un joujou…
Les Hommes s’essoufflent derrière des illusions, des chimères.
Mais si la plupart d’entre eux cherchent le bonheur dans une circonstance, un événement, un objet ou une réalisation concrète, c’est qu’ils jouissent - en toute inconscience - d’une certaine tranquillité d’âme qui leur donne la liberté d’imaginer le bonheur caché dans tel ou tel lieu. Or lorsqu’on souffre profondément, on perd et cette jouissance, et cette inconscience.
Lorsqu’on dérive dans l’angoisse, le désespoir et la perte, lorsque le chaos règne dans la tête et le cœur, toutes les définitions capricieuses et personnelles qu’on a pu se faire du bonheur commencent à s’écailler. Erodées par la souffrance, elles s’effacent petit à petit.
Un nouvel MP3, des chaussures de marque, un voyage autour du monde, un premier rôle dans un film… Il est de moins en moins facile de se laisser leurrer par les promesses de la société de consommation, ou par ses propres caprices.
Lorsqu’on souffre de dépression, on a l’opportunité de découvrir que la plupart des buts que la société nous propose ne sont pas valables.
Un dépressif n’a pas besoin de devenir très riche, très célèbre ou très puissant pour vous apercevoir que l’essentiel n’est pas là. Un dépressif n’a pas besoin de s’épuiser à poursuivre des appâts scintillants pour comprendre que le jeu n’en vaut pas la chandelle. Il peut sauter directement à la fin du chapitre Déception. Il peut se dire dès maintenant : « Tout ça pour ça ! » avec un sourire amer. Inutile d’y passer dix, vingt ou trente ans.
La richesse, la gloire, les exploits sportifs, etc., ne sont que des moyens. Mais des moyens de quoi ?
Pas de trouver le bonheur, non. Seulement de l’étoffer ou de le pimenter un peu. Le bonheur n’est pas le pompon du manège ; ce n’est pas une chose qui virevolte au dessus de notre nez, et que nous pourrons attraper si nous sommes assez leste ; ce n’est pas une chose.
L’essentiel ne se voit pas, ne se touche pas, ne se sent pas avec le nez. L’essentiel est immatériel.
En nous permettant d’évaluer à leur juste et piètre valeur les hochets que l’Humanité surévalue, la dépression nous aide à gagner du temps, beaucoup de temps, parfois toute une vie. Nous pouvons lui dire merci.
A une période de sa vie, G. Sand a pensé très sérieusement au suicide.
Elle souffrait de ressentir une aspiration vague, mais très puissante, à un idéal de justice qu'elle ne savait pas rendre clair, et dont elle n'a jamais pu cerner le contour définitif.
"Tu sais - disait-elle à un ami - que si quelque chose m'élève au-dessus de tant d'être méprisablement médiocres dont le monde est encombré... c'est par la forte passion du vrai, le sauvage amour de la justice.
Et bien, que ferai-je de ce caractère?
Que produira cette force d'âme qui m'a toujours fait repousser le joug de l'opinion et des lois humaines... en ce qu'elles ont d'odieux et d'abrutissant ?
A qui les ferai-je servir? Qui m'écoutera, qui me croira ? Qui vivra de ma pensée ? Qui, à ma parole, se lèvera pour marcher dans la voie droite et superbe où je voudrais voir aller le monde ? Personne.
Eh! si du moins je pouvais élever mes enfants dans ces idées, me flatter de l'espoir que ces êtres, formés de mon sang, ne seront pas des animaux marchant sous le joug, ni des mannequins obéissant à tous les préjugés, mais bien des créatures intelligentes, généreuses, indomptables dans leur fierté, dévouées dans leurs affections jusqu'au martyre ; si je pouvais faire d'eux un homme et une femme selon la pensée de Dieu ! Mais cela ne sera point.
Mes enfants, condamnés à marcher dans la fange des chemins battus, environnés d'influences contraires... se retourneront peut-être pour me dire : "Vous nous égarez, vous voulez nous perdre avec nous!... Ne nous parlez plus de vertus austères et inconnues, qu'on appelle folie, et qui ne mènent qu'à l'isolement et au suicide."
Voilà ce qu'ils me diront. Ou bien s'ils m'écoutent et me croient, où les conduirai-je ? Dans quels abîmes irons-nous donc nous précipiter tous les trois ? car nous serons trois sur la terre, et pas un avec !"
Ce cafard métaphysique-là, Sand l'a ressenti dans son intégralité ; mais d'autres qu'elle ont pu en vivre des fragments.
Au début de sa vie, chacun de nous prend pour acquis que les « grands » qui l’entourent (parents, aînés…) savent parfaitement ce qu'ils font, et sont les détenteurs d'une sagesse et d’un savoir illimités : eux savent ce que nous ignorons encore : ils ont percé tous les secrets de l'existence.
Cette confiance que nous leur accordons d’office, parce que nous ne sommes encore naïfs, fait que, s'il y a une divergence innée entre eux et nous au sujet de ce qui est important et de ce qui ne l'est pas, nous croyons naturellement que c'est nous qui sommes dans l’erreur et eux qui ont raison
Quand vient le jour où nous remettons en cause ces vérités révélées de notre enfance, de notre milieu, de notre famille, qu'avons-nous à proposer de mieux à la place ?...
Rien qu'une vague aspiration à plus de vérité et plus de justice.
Cafard métaphysique : pressentiment d'une échelle de valeurs plus satisfaisante que celle en cours ; aspiration à un idéal qu'on n'arrive pas à définir ; frustration de ne pas trouver d'emploi à ses capacités faute de cette échelle de valeurs et de cet idéal encore inconnus.
Peut-on, doit-on rêver lorsqu'un petit quelque chose qui n'est peut-être pas si minuscule réclame notre attention ?... Dans les brumes mauves et violettes l'éclat vert d'un phare semble bien seul, bien méconnu. L'insouciance est tentante parce qu'elle est légère, mais c'est l'esprit de sérieux qui nous soutient lorsque les temps sont durs.
La frivolité est un mauvais refuge - aussi mauvais que la maison de paille du petit cochon finalement dévoré par le loup.
Seul dans une nuit qui nous banalise, nous devrons chercher, chercher encore, avant de trouver - et nous devrons faire des efforts, faire des efforts avant d'atteindre notre objectif, quel qu'il soit. Il serait facile de se laisser porter par le courant, surtout quand il est tiède et confortable, à visage humain. Mais ce serait perdre le Nord.
Dans un bien-être qui estompe les contours, dans une brume qui brouille les repères, il faut encore chercher, chercher ; il faut encore faire des efforts, faire des efforts. Seule la récompense est délicieuse ; les plaisirs volés laissent un goût amer.
Vous n'avez peut-être pas remarqué, mais depuis qq mois, dans la librairie (en bas à droite) il y a "Conversations avec le Diable".
C'est un livre que j'ai commencé à écrire avant même de commencer ce blog...
Je ne le conseillerais pas à n'importe qui, mais il peut certainement apporter quelque chose à un certain genre de personnes. D'après une lectrice enthousiaste, il "ouvre l'esprit".
J'ai dû pour l'écrire me couper encore plus du monde extérieur que pour "Marre de la vie", ce qui n'est pas peu dire.
Alors... voici le profil du lecteur ou de la lectrice qui peut être intéressé par "Conversations avec le Diable" ; voyez si vous vous reconnaissez :
- Ce lecteur n'est pas trop jeune et/ou pas trop naïf ;
- Il n'est pas un athée convaincu, plutôt un croyant ou quelqu'un qui ne sait pas trop s'il croit en Dieu ou non ;
- Il est frustré de ne pas comprendre, ou de ne pas suffisamment comprendre, les rouages secrets de notre monde ;
- Il n'est pas du genre à se satisfaire des roses apparences, plutôt du genre à gratter pour savoir ce qui se cache derrière ;
- Il a aimé "Marre de la vie" (blog ou livre) et serait content d'aller plus loin ;
- Il est prêt à être caressé à rebrousse-poil.
Si je n'ai fait quasiment aucune pub pour "Conversations avec le Diable" c'est que je crains un peu les réactions des lecteurs... - quand j'ai fait mon premier blog, j'y ai mis des extraits de "Conversations avec le Diable" - deux jours après, le blog était fermé pour cause de non-respect de la charte. Chat échaudé craint l'eau froide.
Juste pour vous annoncer - si vous n'aviez pas encore regardé à droite - que maintenant les derniers commentaires sont visibles, ce qui va je pense arranger tout le monde, et peut-être favoriser les échanges inter-lecteurs.
La dépression (pot-au-feu de tristesse, de déception, d’angoisse) est une maladie, dit le discours officiel.
Qu’est-ce que cela présuppose ?...
Tout simplement que les sentiments négatifs n’ont aucune utilité. Ce sont des sentiments déchets, des anomalies du fonctionnement humain.
La joie est l’état naturel ; la tristesse est pathologique. Voilà ce que le discours officiel présuppose en douce, sans le dire explicitement. Pathologique, c’est-à-dire anormale et néfaste.
Cette thèse implicite est quelque peu contredite par les faits.
La douleur psychologique est universellement connue, universellement vécue. Si quelque heureux privilégié y échappe pendant quelques années, elle finit toujours par le rattraper à un moment ou à un autre, pour un bref instant ou pour de longues années.
Quant à la nature purement nuisible de la souffrance morale, c’est une thèse que tous les grand penseurs ont rejeté. Voyons leurs avis sur le sujet.
Selon le Chevalier de Méré, philosophe du dix-septième siècle, « Il n'est pas bon d'être malheureux, mais il est bon de l'avoir été. » Autrement dit, le malheur est une expérience dont il y a quelque chose de valable à tirer.
D’après George Sand, écrivain du dix-neuvième siècle dont on reparlera, « Dieu qui voit nos larmes à notre insu, et qui, dans son immuable sérénité, nous semble n'en pas tenir compte, a mis lui-même en nous cette faculté de souffrir pour nous enseigner à ne pas vouloir faire souffrir les autres. » Nos souffrances auraient donc un but : nous guérir de la cruauté et de l’indifférence.
Les grands penseurs du vingtième siècle sont du même avis que leurs prédécesseurs.
Herman Hess (romancier, poète et penseur allemand du vingtième siècle) dit : « La douleur, les déceptions et les idées noires n'ont pas pour but de nous aigrir, mais de nous mûrir et de nous purifier. » Ainsi, nous ne souffririons pas pour rien, mais pour devenir meilleur.
Selon Van Minh, l’ancien Président du Vietnam du Sud, « Ceux qui ne savent pas perdre ne savent pas gagner. » Il faut être capable de perdre, c’est-à-dire d’être déçu, pour être capable de triompher : une certaine forme de souffrance morale prépare à vaincre l’adversité.
Robert T. Kiyosaki, investisseur, éducateur et maître à penser, affirme : « Tout comme il y a une occasion sous chaque problème, il se trouve des trésors de sagesse sous chaque déception. » Ainsi la peine suscitée par la déception conduirait conduit à des trésors de sagesse.
Un proverbe japonais (fruit d’une sagesse collective et immémoriale, comme tous les proverbes) dit quant à lui que « le malheur peut être un pont vers le bonheur. » Et s’il n’y avait pas d’autre moyen de franchir le fleuve ?
Sans le pont du malheur, pourrait-on atteindre la rive bienheureuse ?... Pas sûr. Les contes, les romans, les films racontent toujours les épreuves et souffrances d’un héros ou d’une héroïne : n’est-ce pas parce que toute existence significative en comporte ?... « Tout est bien qui finit bien » – et pas « tout est bien qui ne fait pas trop mal ». L’important n’est pas d’éviter la souffrance ; l’important est de marcher bravement sur les braises jusqu’à l’heureux dénouement. L’or ne se débarrasse de ses impuretés qu’en passant par le feu.
En réponse à l'hédonisme : "Laissez les incapables chercher le plaisir"
Voici quelques considérations sur le bonheur tirées de "L'homme de neige", un roman de George Sand.
(j'aime beaucoup George Sand. C'est le seul auteur qui, à l'époque, m'ait réellement fait du bien - elle en ferait à beaucoup d'autres si on la lisait davantage.)
Ces considérations sont particulièrement percutantes, surtout sur la fin : elles constituent une réponse à la philosophie de l'hédonisme.
L'hédonisme fait du bonheur, ou du plaisir (il confond les deux et il a tort) le but ultime de l'existence. La philosophie hédoniste génère un sentiment de culpabilité chez les gens qui souffrent : sous le régime hédoniste, on s'imagine que ne pas être heureux est une espèce de faute morale - un péché contre le Sacro-Saint Bonheur, cette idole qui fait beaucoup de mal... comme toutes les idoles.
Parenthèse - vous avez remarqué comme il est bien plus douloureux, bien plus pénible d'être déprimé à Noël, qu'à toute autre période de l'année ?... Je parie même qu'il y a augmentation du nombre de suicides aux alentours de Noël. C'est qu'à ce moment-là le bonheur est une espèce d'obligation. Ce qui prouve que l'hédonisme - festif ou autre - est une source de souffrance. L'idolâtrie du bonheur rend malheureux. Fin de la parenthèse.
La philosophie hédoniste confond le bien que l'on fait et celui que l'on ressent. Elle pose en valeur ce qui n'est qu'une récompense, un produit dérivé.
Voici ce que G. Sand, par la bouche de l'un de ses personnages, prêche à un jeune homme un peu perdu, qui a l'impression d'avoir gaspillé sa jeunesse :
"Le peu de jours que nous avons passés ensemble m'a suffi pour vous connaître et vous apprécier ; mais ne soyez pas inquiet ni découragé de votre avenir. Il sera beau s'il est utile, car, voyez-vous, je vais vous tenir un langage tout opposé à celui du monde, et dont vous reconnaîtrez le bon sens, si vous faites comme je vous conseille.
D'autres vous diront: sacrifiez-tout à l'ambition. Moi, je vous dis : sacrifiez avant tout l'ambition, comme l'entend le monde, c'est-à-dire ne vous souciez ni de fortune ni de renommée ; marchez droit vers un seul but, celui d'éclairer vos semblables, n'importe dans quelle condition et par quel moyen. Tous les métiers sont beaux et nobles quand ils ont ce but. Vous n'êtes qu'un bouffon, et moi je ne suis qu'un sorcier! Rions-en et continuons, puisque les marionnettes et la fantasmagorie nous servent à de bonnes fins. Ce que je vous dis là, c'est le secret d'être heureux en dépit de tout.
Pour moi, je ne connais que deux choses, et ces deux choses ne font qu'un seul et même précepte: aimer l'humanité et ne tenir aucun compte de ses préjugés. Mépriser l'erreur, c'est vouloir estimer l'homme, n'est-il pas vrai ? Avec ce secret-là, vous vous trouverez toujours assez riche et assez illustre. Quant au temps perdu que vous regrettez, vous êtes assez jeune pour le regagner amplement. Moi aussi, j'ai été un peu frivole, un peu vain de ma jeunesse, un peu enivré de ma force. Et puis, après avoir un peu follement dépensé mon patrimoine et mes belles années, je me suis relevé, et je marche. Je suis vigoureusement constitué, vous l'êtes aussi. Je travaille douze heures par jour, et cela est possible à quiconque n'est pas chétif et souffreteux.
Jetez-vous dans l'étude, et laissez les incapables chercher le plaisir. Ils ne le trouveront pas où ils croient, et vous le trouverez là où il est, c'est-à-dire dans la paix de la conscience et dans l'exercice des nobles facultés."
Les hédonistes cherchent le plaisir ; ils ne le trouvent pas où ils croient ; les justes cherchent à être utiles ; ils trouvent le plaisir où il est. Et c'est à chacun de choisir, ou re-choisir, son camp.
Ce n'est pas une règle absolue, mais en général, on ne trouve que ce que l'on cherche. Car même si on trébuche sur quelque chose de très précieux, si on n'a pas cherché ce quelque chose, il y a de forte chance qu'on se relève, qu'on s'époussette, et qu'on continue sa route comme si de rien n'était.
En effet, on ne mesure pas la valeur de ce qu'on n'a jamais cherché.
Qui sait ce que vaut l'argent ? Ceux qui en manque et qui peinent pour l'obtenir. Qui sait ce que vaut la vérité ? Ceux qui la cherchent et peinent à la trouver. Qui sait ce que vaut l'amour ? Celui qui a été privé de câlin quand il était enfant, et qui a cherché partout le sentiment doux et chaud qui lui a manqué petit.
Donnez un trésor à quelqu'un qui n'a jamais cherché aucun trésor, et il le laissera là - croyant que si on le lui offre gratuitement, c'est qu'il ne s'agit que de pacotille sans valeur. Ou peut-être qu'il jugera que le poids du trésor, qu'il devrait ramener chez lui sur son dos, est trop lourd pour lui...
[en réponse à un avis - mais après ce sera fini pour ce soir]
Ce qui a changé entre l'ancien moi (angoissé, larmoyant, paniqué, humilié, désorienté) et le nouveau :
- d'abord, ce qui a changé en premier... les croyances. Les priorités. Les valeurs. Les projets.
- ensuite... presque en même temps... l'alimentation (fin du macdo ; début des fruits-et-légumes)
- enfin... en dernier... les habitudes de vie (aucune, ou du moins aucune constructive ; maintenant, une certaine discipline du genre 1/2heure de ceci, 1/2 heure de cela, etc. Un programme, quoi.)
Pour ce qui est de mon agenda... il est très utile, mais ce n'est pas lui ma recette du bonheur - il est trop terre-à-terre pour donner le cadre général, quoiqu'il comporte des citations motivantes et inspirantes qui sont importantes.
Ce qui a changé en premier est ce qui a permis les changements suivants.
Et si vous voulez connaître de toute urgence mon secret cherchez "Lucia Canovi" sur Google (je me répète, je me répète...) Ce n'est pas forcément dans la première page. Cherchez, ça veut dire : cherchez jusqu'à ce que vous trouviez. Mais ce n'est pas forcément une bonne idée, parce que si vous n'êtes pas prêt ça ne vous servira à rien ou à pire que rien.
Notre société est euphoricentrée : obsédée par le bonheur, elle croit, ou veut faire croire, que la joie est l'état naturel et normal de l'être humain, et que toute souffrance est une déviation pathologique de cette norme.
Rien n'est plus faux.
Que l'on soit malheureux pour de "bonnes raisons" ou "sans raison", il n'y a dans les deux cas pas raison de prendre sa souffrance au tragique. Il suffit de la prendre au sérieux.
Dans une certaine mesure, elle fait partie de l'ordre des choses, comme la nuit, la mort, la séparation et la perte.
Le "sans raison" lui-même n'est qu'une illusion : il y a derrière des causes secrètes et déterminantes. Personne n'est triste sans raison.
Tiens, par exemple.
(La suite est une histoire vraie, rapportée par un psychiatre dans un livre).
Il était une fois une jeune femme qui laissa par inadvertance la porte de son appartement ouverte ; son chat s'enfuit ; partit sur la route ; se fit écraser par une voiture.
Dans les jours qui suivirent, la jeune femme se culpabilisa dans des proportions démesurées ; et finit par arriver à la conclusion qu'elle ne méritait pas de vivre.
ça paraît vraiment une raison dérisoire de mettre fin à ses jours n'est-ce pas ?...
Mais ce n'est que la pointe de l'iceberg.
Voici ce qu'il y avait en dessous.
Dans son enfance et son adolescence, son père incestueux abusait d'elle. Une fois, elle partit passer la soirée chez des amis ; par méchanceté, jalousie et vengeance, le père tua son chat (l'animal sur lequel elle avait rapporté toute sa tendresse). Il lui dit ensuite que de toute façon, elle n'était pas assez disponible pour s'occuper correctement d'un animal.
La jeune femme ne s'est PAS suicidée. Elle a fait la paix avec son passé.
Toute souffrance a des causes, même lorsque ces causes sont inconnues.
La prendre au tragique, c'est s'affoler et perdre la tête ; la prendre au sérieux, c'est passer à l'action pour trouver une solution.
Ce passage à l'action n'implique pas forcément quelque chose de spectaculaire ; ça peut être :
- entrer dans une librairie et commander un livre ;
- entrer dans une église et demander à Dieu ;
- entrer dans un groupe d'alcooliques anonymes et demander de l'aide ;
- entrer dans sa famille et avoir une explication à coeur ouvert avec l'un de ses membres ;
- entrer dans une secte ;
- entrer dans le cabinet d'une voyante ;
- déménager ;
etc.
Bon - vous vous doutez que certaines de ces "solutions" ou plutôt actions sont meilleures que d'autres. Je les livre en vrac à votre perspicacité. Vous avez aussi la lecture assidue de ce blog ; il ne constitue pas une solution en elle-même (sauf pour ce qui est de dégoûter du suicide, si vous lisez tous les posts de ce blog l'envie devrait vous passer comme elle est déjà passée à d'autres) mais plutôt une introduction à une solution.
Mais parfois, on a besoin d'une longue introduction pour être prêt-e. Cette longue introduction, c'est la vie qui la donne - avec ses baffes, ses bonnes et mauvaises rencontres, ses déceptions et ses satisfactions - mais aussi les lectures.
Conseils :
- Prendre sa vie au sérieux sans la prendre au tragique ;
- accepter sa souffrance puisque de toute façon elle est là (et se souvenir qu'on n'est pas le seul à être malheureux) ;
- chercher activement une solution ;
- lire ;
- réfléchir ;
- faire preuve de logique dans la mesure du possible, car lorsqu'on renonce à la logique, on renonce à son cerveau, ce qui est toujours dommage.
Considérer que la tristesse – la dépression – peut partir toute seule est une autre manière de la minimiser. Les proches, qui se veulent encourageant, disent : « Peut-être qu'avec le temps, ça ira mieux… peut-être que ça passera tout seul… » Parfois c’est la personne déprimée elle-même qui se l’imagine.
Cette attitude présente un intérêt immédiat, et un gros inconvénient au long terme. Sur le coup, elle suscite une détente, un soulagement. Finalement, se dit-on, ce n’est pas si grave… on va s’en sortir, il suffit d’attendre. L’inconvénient, c’est la passivité qui en résulte : si le temps est capable de résoudre le problème sans aide, à quoi bon se préoccuper d’agir ? Il suffit d’attendre qu’il fasse son travail…
Or mis à part les rhumes, la plupart des problèmes ont une fâcheuse tendance à ne pas se résoudre eux-mêmes. D’ailleurs, même les rhumes ne se guérissent pas tout seuls : c’est l’organisme qui leur livre une guerre acharnée. Le rhume ne choisit pas gracieusement de s’annuler : il est ratatiné lors d’un combat sans merci par les soldats bien entraînés du système immunitaire.
Même si la théorie de l’évolution donne l’impression un peu magique qu’il suffit de laisser mijoter des créatures unicellulaires assez longtemps dans l’eau pour qu’en surgissent des cœlacanthes aux poumons embryonnaires, puis des mammifères dotés des options les plus perfectionnées, de nos jours et à l’échelle d’une vie humaine, le temps seul n’améliore pas grand-chose.
Lorsqu’il y a une fuite dans le toit, cette fuite ne se répare pas « toute seule ». Deux semaines après, la voiture qu’on a laissée dehors n’a pas développé un autoradio ou une vitre teintée à l’arrière : elle a seulement accumulé de la poussière, des fientes de pigeon et des amendes pour stationnement interdit.
Lorsqu’on laisse ses états d’âme en l’état, en espérant que le temps les améliorera tout seul, ils font rarement mieux que cette voiture laissée à elle-même.
Un témoignage résume assez bien le côté positif des électrochocs - car oui, il y a bien un côté positif, du moins pour certaines personnes et pour un certain temps :
« C’est un traitement fantastique si vous avez besoin de vous sentir bien pendant cinq minutes – autrement ce n’est pas la peine. Lorsqu’on m’a prescrit l’E.C.T. pour la première fois, on m’a posé un dépliant sur les genoux, c’est toute l’information que j’ai reçu. On m’a prévenu que des pertes de mémoire étaient possibles, mais on ne m’a pas prévenu que l’oubli de tous les souvenirs d’enfance était possible. L’E.C.T. est super pour une après-midi, si vous réussissez à faire abstraction d’une atroce migraine, mais à part ça je considère l’E.C.T. comme inutile et nuisible. Si on vous propose ce traitement, refusez-le. L’E.C.T. peut vous faire sentir mieux pendant un petit moment, mais vous perdez votre capacité à vous souvenir des gens, des lieux et des événements et du passé. Si vous voulez vous sentir mieux, aidez-vous vous-même, c’est le seul moyen. »
Dans la mesure où les électrochocs sont efficaces, ils le sont parce qu’ils abîment le cerveau, comme le fait une lobotomie.
Pendant quelques jours ou quelques semaines le patient peut se sentir euphorique ou exalté ; c’est l’une des conséquences possibles d’un traumatisme au cerveau. Cet état peut être interprété par celui qui le ressent comme une amélioration : on se sent « mieux ». Les personnes extérieures sont souvent effrayées et consternées de cette euphorie étrange, révélatrice d’une personnalité amoindrie et d’une conscience en berne. Le dicton "heureux les simples d’esprit" prend alors tout son sens.
Le « mieux » en question (qui n’est d’ailleurs pas systématique) dure rarement plus de quatre semaines ; à terme, le patient devient apathique et exprime moins de plaintes ou de revendications. Sa personnalité et ses facultés intellectuelles sont drastiquement amoindries – parfois si amoindries, qu’il ne peut même plus s’en rendre compte.
La fin de la dépression dépend de nous – mais pas au sens étroit qu’on peut imaginer. Il ne s’agit pas de serrer les dents et de s’en sortir, pouf, comme ça, sans rien faire d’autre que de se raidir contre la souffrance. Non, le mécanisme est plus complexe, sans être d’ailleurs outrageusement compliqué.
Mais quoiqu’en disent des psychiatres bien intentionnés (dans le doute, il faut toujours supposer que les gens ont une bonne intention), pour sortir de dépression il faut faire preuve de volonté.
Ne vous méprenez pas : on n’a pas besoin d’une volonté de fer et d’un menton carré.
Le mien, du genre mollasson, ne dénote aucune énergie. Je me décourage vite ; je perds espoir très facilement. J’ai l’impression que ce qui ne marche pas tout de suite ne marchera jamais. J’ai tendance à penser : « A quoi bon ?... Dans cent ans de là on sera tous morts. »
C’est du moins ainsi que j’ai été pendant la plus grande partie de ma vie, et que je suis encore par moments…
Même avec une volonté faible, velléitaire et changeante, on peut arriver à ce précieux bien-être intérieur qu’est la paix mentale ; on n’a pas besoin d’être fort et déterminé pour s’en sortir. La force est quelque chose qui vient après, lorsque les nœuds (psychologiques ou autres) qui garrottent et qui étranglent sont dénoués.
Mais pour voir la fin du tunnel, il faut tout de même faire preuve de volonté.
Et si vous n’en avez pas du tout ?...
Bien sûr que vous en avez - à moins d’avoir été amputé d’une partie de votre cerveau, et encore, tout dépend de la partie. C’est par votre volonté que vous faites tous les choix que vous faites ; c’est elle qui fait de vous un être libre et responsable.
Une ex-maniaco-dépressive a écrit un beau livre sur le sujet : Depression is a choice (La dépression est un choix).
Nos choix, nos mauvais choix, nos choix inconscients, nous précipitent dans les marécages glauques de la dépression ; nos choix, nos bons choix, nos choix conscients, nous en arrachent.
A propos de la fin tant attendue de la dépression, la première illusion dont on doit se débarrasser est donc : la fin d’une dépression ne dépend pas de la volonté du dépressif.
Nous ne sommes pas les victimes impuissantes d’une puissance maléfique sur laquelle nous ne pouvons rien ; nous sommes la victime de ce que nous avons cru, pensé, choisi et agi jusqu’à aujourd’hui. Nous nous sommes mis nous-mêmes dans ce bourbier ; c’est aussi nous qui devons nous en sortir.
