http://www.lulu.com/content/3368515


http://www.lulu.com/content/3367951


http://www.lulu.com/content/3366897


http://www.lulu.com/content/3366008


Le voici le voilou... avec une autre couverture.

http://www.lulu.com/content/3290946


Commandez-le dès maintenant si vous voulez être vraiment sûr de l'avoir en Septembre... Lulu a des délais de livraison assez variables et capricieux.

Pourquoi un tigre me direz-vous ?... Et bien tout simplement parce qu'il émane de cet animal une impression de force et de calme - et que lorsqu'on s'organise, qu'on planifie et qu'on s'introspecte, ce qu'on cherche, c'est plus de maîtrise de sa vie.

La petite irrégularité de l'image (en bas à droite) est "hors" d'impression, et n'apparaîtra pas sur l'agenda réel.

Vous pouvez consultez l'aperçu - qui vous donnera une idée des citations contenues dans l'Agenda, et de la manière tout à fait originale dont il est conçu - en cliquant ici :

http://www.lulu.com/content/3363604

Et bien sûr, le commander !

Je suis exactement comme vous : je n'ai pas un gramme de volonté supplémentaire.

Et j'ai mes périodes de découragement, de "ça va JAMAIS marcher"... "je ne suis PAS CAPABLE d'y arriver..." je ne suis PAS A LA HAUTEUR..." "j'en ai MARRE..."

Mais - oui, il y a un mais - j'essaie de nourrir l'autre côté, le côté volontaire-optimiste-persévérant-patient. Et de déshydrater et d'affamer le côté vélleitaire-jemenfoutiste-nihiliste-désespéré.

Je nourris le bon côté par des lectures ; j'affame le mauvais côté en lui refusant toute nourriture (sauf un petit morceau de musique triste de temps en temps, le moins souvent possible).

Ce ne serait pas possible si je n'étais pas aidée dans cette tâche ; cependant, ce qui est déterminant au long terme, c'est cette volonté constante de devenir plus constructif/ive - et heu, oui, soyons honnête, l'aide reçue est tout aussi déterminante.

Il faut juste savoir où la chercher...

Un article sur le site Doctissimo : la dépression est-elle héréditaire ?... En voici un extrait :

"Comment déterminer les prédispositions à certaines maladies psychologiques ? Hérite-t-on du caractère dépressif de ses parents ? Pour tenter de répondre à ces questions, les 380 enfants participant à cette étude ont été divisés en quatre groupes :

  • Ceux dont les parents souffrent de dépression et de crises de panique ;
  • Ceux dont les parents souffrent uniquement de crises de paniques ;
  • Ceux dont les parents souffrent uniquement de dépression ;
  • Ceux dont les parents ne souffrent d’aucun des ces troubles.

En comparant ces échantillons, les psychiatres du Massachusetts General Hospital ont observé de légères différences :

  • Les crises de paniques et les tendances à l’agoraphobie des parents sont corrélées avec ce même type de problèmes chez l’enfant.
  • Les dépressions majeures des parents semblent entraîner chez leur progéniture des risques élevés de phobies sociales, de troubles majeurs du comportement et de la sociabilité ainsi que le développement de dépressions. Ces enfants ont neuf fois plus de risques d’être confrontés à des dépressions majeures que ceux dont les parents ne présentent aucun trouble.
  • Si les parents cumulent dépression et crises de paniques, les enfants seraient plus susceptibles de développer des crises d’anxiété de différents types. [...]
Si l’hérédité de ce trouble semble aujourd’hui se confirmer, il ne faut pas pour autant négliger la prise en compte des facteurs environnementaux."

C'est toujours la même rengaine. Est-ce que ce journaliste ne sait pas raisonner, ou est-ce qu'il le fait exprès ?... Difficile à dire.

Reprenons les choses à la base :

Hérédité : transmission des caractères d'un être vivant à ses descendants ; qui est transmis de génération en génération par voie de reproduction. Le développement de la génétique donne à la notion un contenu précis. Quand on parle d'une maladie "héréditaire" on parle d'une maladie qui est transmise par les gènes.

Hérédité a eu, par le passé, un sens beaucoup plus large : celui d'héritage (ce qu'on reçoit de ses parents). Mais de nos jours, c'est hérédité au sens moderne qui prime : le mot évoque quelque chose d'inéluctable, de fatal... de génétique. Et effectivement, lorsqu'on a reçu de ses parents des yeux bleus, rien n'y pourra jamais rien changer. Lorsqu'on croit que sa dépression est héréditaire, ce qu'on croit en réalité c'est que c'est foutu, on ne pourra jamais en sortir...

Ce qui est important ici, c'est de noter que l'hérédité est ce qui transmet de génération en génération par voie de reproduction. Qu'un bébé chinois se mette à parler chinois ne signifie pas qu'il a acquis cette langue par voie de reproduction, même si ses deux parents parlent chinois : il l'a acquise par voie d'éducation. Si le bébé chinois étaient élevé par des suédois, il apprendrait le suédois.

Autrement dit, il y a ce qui se transmet de génération en génération par les gènes (l'hérédité) et ce qui se transmet de génération en génération par l'éducation, le conditionnement, la culture, les traditions, etc. S'il fallait donner un nom à ce type de transmission, on pourrait parler d'héritage (au sens large : langue, idéologie, habitudes, etc.)

L'hérédité est une sorte d'héritage biologique ; l'héritage est une espèce d'hérédité sociale.

A la différence de l'hérédité, l'héritage n'a rien de fatal ou d'inéluctable : le chinois peut apprendre le suédois, le cannibale peut devenir végétarien, l'américain peut perdre son arrogance, l'arabe peut arrêter de se plaindre, le norvégien peut devenir expansif, le parisien peut apprendre à sourire, etc.!

L'être humain est - ou du moins peut être - en constante transformation ; il suffit qu'il le veuille et qu'il se donne les moyens de faire ou refaire son éducation sur de nouvelles bases.

Pour revenir à l'article incriminé, ce qui est contestable ce ne sont pas les faits rapportés (les enfants de dépressifs sont nettement plus dépressif que la moyenne) que la conclusion que le journaliste en tire, et qui n'est absolument pas conséquente :

"Si l’hérédité de ce trouble semble aujourd’hui se confirmer, il ne faut pas pour autant négliger la prise en compte des facteurs environnementaux"

L'hérédité dont il est question n'a rien de génétique ; c'est seulement un héritage : lorsqu'on vit et qu'on est élevé par des adultes dépressifs, on a bien évidemment beaucoup plus de probabilité de le devenir. De même que lorsqu'on est éduqué par des gens de la campagne, on a beaucoup plus de probabilité d'apprendre à se servir d'un tracteur ! Il est absurde d'opposer, ou même de distinguer, cette "hérédité" familiale et éducationnelle des "facteurs environnementaux" : le fait de vivre avec des parents dépressifs EST en lui-même un facteur environnemental !

Je résume.

L'auteur de l'article oppose "hérédité" et "facteurs environnementaux" (influence de l'entourage). Or cette opposition n'a pas lieu d'être : de toute évidence la dépression des enfants dont les parents sont dépressifs est un héritage qui se transmet par l'exemple, l'éducation..., autrement dit par l'influence de l'entourage - de même quelqu'un dont tous les amis sont dépressifs a plus de chances de le devenir ! Cette explication est tellement naturelle, qu'il n'y a aucune raison de la refuser tant qu'on n'a pas trouver des preuves claires qui la contrediraient.

Cette distinction artificielle entre "hérédité" et "facteurs environnementaux" conduit le lecteur à penser que la dépression est génétiquement héréditaire - ce qui n'est absolument pas le cas, ou du moins, ce que les faits relatés par l'article ne tendent absolument pas à prouver.

Pour prouver que la dépression est une maladie génétique, il faudrait prouver que les personnes dépressives ont un gène en moins, un gène en plus, ou un gène abîmé par rapport aux autres.

Cette démonstration n'a jamais été faite, et ne sera probablement jamais faite.

Vous avez déjà eu cette sensation ?... Celle de ne pas exister ; d'être loin, très loin de soi... Et quand le téléphone sonne dans un rêve, la personne qui nous parle à l'autre bout du fil, celle que l'on n'arrive pas à identifier, c'est nous-mêmes.

Lorsque j'avais 25 ans, j'ai rencontré une étudiante (de lettres, comme moi) qui était toute ronde, qui portait des robes colorées, et qui parlait, marchait... d'une manière naturelle.

Moi, j'étais mince, vêtue de gris ou de beige. Et je m'ennuyais sans trop oser en prendre conscience à des conférences si soporifiques que les professeurs qui y assistaient s'y endormaient pour de bon.

Il FALLAIT que j'y assiste - je ne sais même plus pourquoi...

Sur les photos de l'époque, je suis vraiment jolie et je souris. Mais ces photos-là me rappellent comment j'étais à l'intérieur, comment je me sentais, ou plutôt, comment je ne me sentais pas.

Je n'existais pas.

Et pourtant, j'étais née depuis pas mal d'années déjà... mais à l'époque, je croyais que je n'existais pas. Une simple excroissance de ma mère, son clone.

Une expression me faisait rêver, à l'époque : "forte personnalité".

Pour moi, il y avait tout un monde de désirs inassouvis et d'aspirations confuses dans ces deux mots.

J'étudiais une femme de lettres, philosophe du XVIIe siècle que tous les critiques littéraires méprisaient. Je m'identifiais à elle - je m'identifiais à n'importe qui, pourvu que ça ne se soit pas à moi... Comment s'identifier à soi-même, comment coïncider avec soi-même lorsqu'on n'est pas soi, et qu'on ne sait même pas qui c'est, "soi" ?

Cette étudiante de lettres ronde, colorée et naturelle m'a renvoyé douloureusement à la figure que ce que j'incarnais n'était qu'un joli, poli, et très conventionnel... mensonge.

J'aurais dû être comme elle - je le sentais.

Ronde, colorée, et naturelle ! Et je n'étais que cette espèce de pseudo-créature faisant semblant d'exister, faisant semblant d'être, ce vide intérieur caché par une façade plaisante à l'œil. Un leurre pour qui ?... Pas pour moi en tout cas, plus pour moi en tout cas, je n'arrivais plus à être ma dupe.

Après ces considérations autobiographiques en guise d'introduction, le thème du jour : l'existence.

Nous existons. Nous sommes là - et nous avons le droit d'y être. Notre présence est parfois contestée, parfois contestée par les autres, et parfois contestée par nous-mêmes, parfois niée, refoulée, oubliée, mise entre parenthèse... mais nous existons. Nous ne sommes pas simplement ce regard qui se porte sur un écran, cette imagination qui se perd dans un rêve : nous sommes cet être précis, cette liberté au carrefour des possibles.

On aimerait hésiter longtemps entre... ceci et cela..., mais le choix doit être fait, et quand bien même on ne voudrait pas choisir, on choisit. Aucun moyen de rester entre les deux, le pied que nous appuyons le plus fortement sur le sol nous emporte, nous détermine.

On se croit facultatif, inessentiel - on croit que nos choix n'engagent rien, ni personne, et c'est le contraire. Nous sommes cet être unique au passé unique, au présent et au futur uniques. Nos choix sont importants ; il n'y a RIEN de plus important. Que voulons-nous ?

Où allons-nous ?

Que devenons-nous ?

Où nous retrouverons-nous ?

Et lorsqu'il faudra faire preuve de la plus grande sagesse, de la plus grande circonspection et du plus grand courage, ferons-nous demi-tour ?

Allons-nous à l'aveuglette vers un avenir... inconnu, ou irons-nous vers la vérité ?

Bon... une fois n'est pas coutume, et pour ceux que ça intéresse...

Je compte me consacrer ces mois-ci à la mise au point de l'Agenda 2008-2009 - qui est beaucoup plus qu'un agenda, puisqu'il comporte des citations motivantes, une confrontation programme-réalité, un bilan constructif de chaque semaine, etc.

L'année dernière j'avais fait (et utilisé) un "Agenda perpétuel" qui avait deux défauts :1/il était trop gros ; 2/il fallait le compléter soi-même (dates). Celui de cette année n'aura aucun de ces défauts-là. Mais encore faut-il que je le finisse rapidement...

Je le publierai à ThebookEditions.com, qui présente un grand avantage sur lulu.com : la rapidité ! en 6 jours le livre est dans la boite aux lettres. Et la qualité est bien.

Dès que j'aurai fini l'Agenda, je reprends "Marre de la vie" - réécriture avec nouveau plan, plus structuré... (d'ailleurs je vais peut-être mettre l'ancienne version en libre service, gratuite).

Il se pourrait que je commence à la rentrée une nouvelle vie telle que je la rêve depuis longtemps : une vie d'écrivain...

à bientôt.

– Expliquez-moi comment vous poussez les gens au suicide.

– C’est très facile… D’abord, je sélectionne mes proies. Je ne choisis pas n’importe qui, n’importe comment. Les égoïstes, les avides d’argent, de pouvoir ou de sexe, les jouisseurs, les cœurs durs ne présentent aucun intérêt : ceux-là adorent la vie. Ils ont un moral d’enfer. (La langue a parfois des lapsus révélateur…) Ce sont ceux-là qui s’exclament : « Elle est pas belle, la vie ?! » en le pensant vraiment. D’ailleurs, ces gens-là travaillent pour Ma Cause : je ne vais jouer contre mon propre camp en leur tirant dans les pattes. A l’autre bout du spectre, il y a les monothéistes. Avec ceux-là non plus, je n’essaie même pas. C’est mission impossible. Je peux bien sûr essayer de les démoraliser… mais les pousser au suicide, non. Ce n’est même pas la peine que j’essaie. Ils en savent trop sur eux-mêmes, trop sur moi et trop sur Dieu pour que je puisse jouer avec leur tête. Si je profite d’un moment d’inattention pour mettre la pagaille dans leur mental, deux minutes après ils ont tout re-rangé soigneusement. Donc je me concentre sur les personnes ignorantes et sensibles, un peu idéalistes, et les jeunes bien sûr, toujours plus vulnérables. Le loup s’attaque en priorité aux agneaux… Les adolescents ne sont pas encore habitués à la souffrance et l’absurde : il n’en faut pas beaucoup pour les dégoûter de la vie. J’attends que la personne soit en situation de fragilité – un décès, un problème, n’importe quoi – et je passe à l’offensive.

– Comment ?

– C’est très simple, vraiment. Il me suffit de leur susurrer 24/24h ma propagande pro-suicide à l’oreille. Je leur dis : « Ce serait tellement simple… la fin de tous tes problèmes… tu sautes et c’est fini, plus de souffrance… » Comme ils sont déjà complètement déboussolés, je n’y vais pas avec le dos de la cuillère, je leur sors les plus énormes mensonges : « Continuer à vivre serait une lâcheté… il faut beaucoup de courage pour se tuer… Ne sois pas lâche, sois courageux, sois fort… » Ou encore : "Ta mort sera une noble protestation contre l'absurdité de la condition humaine... ton suicide sera la preuve de ta liberté, la preuve que tu es plus qu'un animal, que tu n'es pas qu'une marionnette... que tu as un libre-arbitre... tu es un être humain... C'est ta liberté, ta dignité de choisir l'heure et les circonstances de ta mort..." Bref, je leur présente le pire choix qu’ils puissent faire comme la preuve ultime (c’est bien le mot) de leur grandeur morale, le seul acte qui prouverait qu’ils valent vraiment quelque chose. Autrement dit, je fais passer le Mal pour le Bien : c’est ma stratégie de base. Comme ils n’ont aucune connaissance sur ce qu’il en est vraiment – j’y ai veillé – et que je leur bombarde incessamment l’esprit d’idées noires, ils n’ont quasiment rien à objecter à mes discours persuasifs. S’ils croient vaguement à une vie après la mort, je leur chantonne avec la voix de Michel Polnareff : « On ira tous au paradis… », ou je les leurre avec la réincarnation s’ils y croient déjà : ils auront une autre chance, ils pourront se réincarner en ce qu'ils voudront... N’importe quel bobard pourvu qu’il les pousse à commettre l’irréparable. Mais en gros, ce que je leur dis, c’est toujours : « ta vie est tellement nulle que ta mort ne pourra pas être pire, et au moins ce sera différent ». Mais bien sûr, je ne le dis pas à la deuxième personne : ça trahirait maladroitement ma présence. Je dis dans leur tête : « MA vie est tellement nulle que MA mort ne pourrait pas être pire ». Comme ça ils s’imaginent que c’est ce qu’ils pensent eux, et moi je garde l’incognito…

– C’est écœurant.

– La majorité des gens ne savent pas que j’existe : pour eux, je suis juste une figure pittoresque du folklore régional. C’est très pratique pour moi. Ça me permet par exemple de leur hurler sans aucune restriction ni censure des insultes, des menaces de mort, de leur ordonner de se tuer ou de tuer quelqu’un… et de passer ensuite, auprès d’eux-mêmes et de leurs psys, pour « leur inconscient » !… Mon inexistence officielle me donne une marge de manœuvre et une liberté de mouvement absolument fabuleuse.

– Hum.

– Ah oui… j’oubliais… Il y a aussi ceux qui n’ont aucun problème particulier ; à ceux-là, je leur explique que la mort est une grande aventure exaltante, quelque chose de vraiment extraordinaire et grandiose. Une plongée dans un univers complètement inconnu. S'ils sont du genre intellectuel, je leur fais lire les livres de Carlos Castaneda ou Le courage : la joie de vivre dangereusement d’Osho. Ce sont d'excellentes apologies du saut à l'élastique sans élastique dans le Grand Inconnu – c'est-à-dire, la Mort, puisque j'ai veillé à ce qu'ils en ignorent tout... Et pour ceux qui sont plutôt du genre émotif et sentimental, je saupoudre le tout d’une pincée de romantisme noir : un peu de gothique et d’Évanescence.

– Pour leur embellir le suicide…

– Exactement. Vous avez compris. Vous seriez étonné d'apprendre à quel point c’est aisé, de pousser les gens à se suicider… Il suffit parfois d’un tout petit rien pour qu’ils passent à l’acte… Un détail infime… Une facture, une dispute, un problème au boulot…

– Vous exagérez…

– Pas du tout. Et vous savez pourquoi c’est si facile, de les suicider ?

– Non, mais vous allez me le dire.

– Parce que leur personnalité, leur existence, leurs amours, leurs amitiés… tout ce qui est précieux pour eux, ne repose en réalité sur rien. Enfin, sur rien de solide. Un peu comme la maison des trois petits cochons. Une très jolie maison… en paille. Elle fait illusion tant que le soleil brille, mais au moindre coup de vent, elle s’effondre, elle s’éparpille…

– Mais pourquoi ?…

– Parce que moi, bien sûr !… S’ils en arrivent à se suicider pour des bêtises, des détails, c’est que j’ai sapé à la base le sens de leur existence. J’ai déraciné, arraché de leur âme tout ce qui pouvait les rendre forts.

– Je ne comprends pas très bien de quoi vous parlez, là.

– Dès l’enfance, je leur ai bourré la tête de mensonges démoralisants. Ils croient à tant de fables désespérantes, que ce qui est étonnant, c’est qu’ils ne soient pas plus nombreux à se suicider.

– En France, une personne se suicide toutes les cinquante minutes…

– Si les gens réfléchissaient davantage, ce serait une toutes les cinq minutes ! Ils croient qu'ils sont des singes mutants…

– On a un ancêtre commun avec les singes, c’est différent !…

– Non, c’est exactement pareil. Ils croient, et vous aussi, qu’ils sont des espèces de singes dégénérés, surgis du néant par hasard, comme ça, sans raison… et qui mourront aussi par hasard, réintégrant un néant qu’au final, on se demande bien pourquoi ils ont quitté…

– C’est un résumé un peu dur de la condition humaine.

– Dans ces conditions, est-ce que ça vaut la peine de vivre ? Si je me mets à leur place, je ne vois vraiment aucune bonne raison de supporter une existence insupportable. Autant retourner au néant tout de suite, comme ça on gagne du temps. Puisque de toute façon, il faut mourir un jour… pourquoi souffrir ?

– Enfin, tout de même… La vie a de bons côtés.

– Pas pour tout le monde. Bref… comme leur esprit est déjà saturé de mensonges, je n’ai pas besoin d’insister beaucoup pour les convaincre que c’est mieux de l’autre côté.

– Bon, j’ai compris comment vous faites pour pousser les gens au suicide. Maintenant, j’aimerais comprendre pourquoi… Pourquoi vous faites ça ?

– Et bien… C’est assez évident, il me semble. La vie est un test, un examen : si j’arrive à les convaincre de quitter la salle avant la fin de l’épreuve, ils se ramasseront une sale note, tandis que s’ils restent jusqu'au bout à plancher sur leur copie, je ne suis sûr de rien.

– Mais… c’est quoi votre intérêt là-dedans ?

– Adam n’était que de la boue ! Sa progéniture n’est que de la boue ! Moi je suis Noble, moi j'ai été créé à partir du Feu ! Tous ces bouseux ne valent rien, ils ne valent pas mieux que moi ! Et je le prouve… Je les entraîne avec moi… D’ailleurs, misère aime compagnie. Je ne serai pas seul en Enfer.

– Vous dites que la vie est un examen. Concrètement, ça signifie quoi ?

– Vous ne savez pas ce qu’est un examen ?

– Et bien… c’est une épreuve. On essaie de faire du mieux que l’on peut pendant un temps donné pour obtenir son diplôme.

– Exactement. Tant qu’un être humain est en vie, son examen continue et (malheureusement) il y a de l’espoir pour lui. Jusqu'à la dernière minute, ou presque, il peut se tourner vers Dieu, lui demander son aide… s’apercevoir que je leur ai bourré le crâne avec des mensonges scientifiques… et dans ce cas, c'est fini : j’ai perdu la partie. Mais ce n’est pas à moi de vous donner des détails sur la manière dont les gens peuvent se sauver. Ce n’est pas mon boulot.

– C’est le boulot de qui ?

– Je vous l’ai dit : ce n’est pas mon boulot… alors parlons d’autre chose.


9. Sangsue à taux variable

– Vous vouliez savoir comment je pousse les gens au suicide, si je me souviens bien ?...

– Oui, mais ça y est : vous me l’avez expliqué.

– Mes méthodes ne se limitent pas à ce dont je vous ai déjà parlé.

– Ah…

– Bien sûr. Par leur variété, leur ingéniosité, leur incroyable diversité, elles dépassent d’ailleurs les limites de votre imagination. D’autant que ce qui me permettra de tracasser les uns, me permettra de suicider les autres. Selon le degré de résistance de ma proie, avec le même couteau j’égratigne ou je tue. Mais prenez note de ce point : je ne laisse jamais, jamais personne tranquille.

– Pourriez-vous me parler de l’une de ces méthodes qui sert parfois à tuer, et parfois à égratigner, pour reprendre vos termes ?

– Oui. Vous êtes attentif ?

– Je suis toute ouïe.

– Cette méthode, c’est l’emprunt.

– L’emprunt ?

– L’emprunt. De préférence à taux variable c’est tellement, tellement plus drôle – mais à taux fixe c’est déjà très bien.

– Vous voulez dire que… les banques travaillent pour vous ?

– Je veux dire que l’emprunt est l’une de mes plus brillantes inventions – mais comme vous le savez déjà, toutes mes inventions sont brillantes.

– Il n’y a que la modestie que vous n’ayez pas inventée…

– Épargnez-moi votre ironie bon marché.

– Eh oui, je ne suis pas un emprunt à taux variable, moi.

– L’emprunt est au monde contemporain ce que la fosse hérissée de pieux aiguisés et recouverte de feuilles mortes est à la jungle : l’occasion d’une chute inattendue et mortelle. On pourrait dire aussi que l’emprunt est à l’homo modernicus (qui par la magie de l’évolution, mon évolution, se change progressivement en homo debilus) ce que le piège à souris est à la souris… c’est-à-dire le début de la fin.

– Ouf ! Et dire que j’en ai un sur le dos…

– Oui, vous avez un emprunt sur le dos, l’expression est juste. Mais cet emprunt n’est pas seulement un sac de pierres qui vous écrase, c’est aussi une sangsue géante qui pompe votre sève vitale en continu.

– Brrr…

– Vous riez, mais vous riez jaune… Vous savez très bien de quoi je parle.

– On n’a pas vraiment le choix, non ?

– C’est ce que vous croyez. Je vous ai donné la sensation que vous n’avez pas le choix. Je vous ai hypnotisé pour que vous n’ayez pas le choix. Et maintenant, effectivement, vous n’avez pas le choix.

– Vous voulez dire… qu’il y a moyen de vivre sans faire d’emprunt ?

– Chut… Ne le dites à personne !

– Mais pour acheter une maison par exemple…

– Oui, mon petit, pour acheter une maison. Et pour acheter une voiture. Et pour acheter un nouveau canapé. Et bientôt, ce sera pour faire les courses. Emprunter à taux variable pour acheter sa baguette… quelle brillante perspective !... « Prenez votre pain maintenant, mangez-le aujourd’hui, et payez-le pendant vingt ans… » J’en rêve !... Mais patience… avec le temps, tout arrive !

– Vous me faites peur, là.

– Vous n’avez pas remarqué que tout augmente – excepté les salaires ?... Et les gens sont si peu raisonnables… si peu logiques… Et puis, comme vous l’avez remarqué, ils ont oublié qu’ils ont le choix.

– Vous êtes sûr qu’on a le choix ?

– Mon petit ami, personne, jamais, n’est obligé de prendre la route que je lui ai préparée. Mais bien sûr, je fais tout pour que les êtres humains (à la volonté et l’intelligence rétrécies, ratatinées par les mensonges que je leur ai inoculés), se comportent comme des robots téléguidés. Il suffirait pourtant qu’ils se réveillent et qu’ils reprennent les rênes de leur existence, pour changer de route.

– Ce n’est pas si facile… On ne sait pas quelle direction choisir, on hésite, on est perdu.

– Oui, perdu… Pauvres brebis égarées !...

– Je ne trouve pas ça drôle.

– À tous ces petits moutons sans cervelle, dont vous faites partie, sans vouloir vous vexer…, je dis : « Vous avez besoin d’argent ?... Si vous me donnez le vôtre, celui que vous gagnez à la sueur de votre front d’ovin obtus, je ferai semblant de vous donner le mien. Au final, vous deviendrez mon esclave, mais pendant cinq minutes, vous aurez l’illusion d’avoir de l’argent et des possibilités. Et le principal, n’est-ce pas, c’est les sensations que vous avez là-maintenant-tout-de-suite. Les conséquences à long terme, on s’en fiche… »

– On s’en fiche… jusqu’à ce qu’on y arrive. J’en ai marre, moi, de voir un quart de mon salaire partir en fumée.

– Vous en avez marre, mais ce marre-là ne vous rend pas plus sage. Dès que vous en aurez fini avec cet emprunt, vous en ferez un autre.

– Je ne pense pas, non.

– Si, si. On y prend goût… comme on prend goût à la drogue : cinq minutes d’euphorie pour une longue et douloureuse descente. L’emprunt, c’est pareil : cinq minutes de richesse pour une vie de pauvreté.

Le livre Conversations avec le Diable-éd rev

Je ne sais pas trop comment le présenter... sauf qu'il correspond exactement à son titre : ce sont vraiment des conversations avec le diable, qui parle en toute liberté de ses stratégies.

Il y est question de mariage, de jeux vidéos, de pédophilie, de religion, et de bien d'autres sujets.

C'est une lecture distrayante et instructive - peut-être dérangeante ?